L EMPIRE COLONIAL DE LA FRANCE
Délimitation de nos possessions africaines.
La France cl la Grande-Bretagne conclurent, le 10 aoûl 1889, un arrangement pour la délimitation de leurs possessions respectives sur la côte occidentale d’Afrique.
L’article premier délimita la région de la Gambie et laissa à l’Angleterre le cours du fleuve avec une bande de quelques kilomètres sur les deux rives jusqu’à Yarbatenda.
L’article 2 délimita les Scarcies. Le Bennali, le Tamisso, le pays des Iloubbous et le Foula-Djalon furent reconnus possessions françaises. Une route nous était assurée au sud du Foula-Djalon pour relier à nos établissements du Niger les rivières du Sud.
L’article 3 délimita les établissements de la Côte d’Or. La France eut le libre usage des lagunes, ainsi que la possession de la rive droite de la rivière Tanouë jusqu’au point où elle cesse d’être navigable, celle des pays de l'intérieur liés à nous par des traités, notamment les Etats de Kong, de Djimini, etc., où le capitaine Binger et M. Treich-Laplène avaient planté le drapeau français.
Enfin, notre protectorat à Porlo-Novo cessa d’être contesté; Y \ngleterre nous reconnut les passes reliant le lac Denham à la lagune de Porto-Novo, le royaume de Cotonou et la plus grande partie de celui d’Appah. La limite nous séparant de la colonie de Lagos fut prolongée jusqu'au 9e degré.
Affaire de Zanzibar. — Accords anglo-allemands et anglo-français.
En 1884 et 1885, l'Angleterre et l'Allemagne s’étaient emparées de l’ancien Zanguebar appartenant au sultan de Zanzibar. Après un conflit, elles signèrent un accord délimitant leurs zones d’influence dans l'Afrique orientale. L’Allemagne obtint la partie continentale des Etals du sultan de Zanzibar, ainsi que l’île de Mafia. En échange, elle reconnut le protectorat anglais sur Zanzibar et Pemba (1). Or, par une convention du 10 mars 1862, confirmée en 1886, la France et l’Angleterre s’étaient interdit d’attenter à l’indépendance du sultanat de Zanzibar. L’accord anglo-allemand était conclu en violation de la convention de 1862, et sans qu’aucun avis eût été donné à la France. À la suite de sa réclamation, une convention fut signée à Londres le 5 août 1890 : la France acceptait le protectorat britannique sur les îles de Zanzibar et de Pemba; l’Angleterre acceptait le protectorat français sur Madagascar et reconnaissait la zone d’influence de la France au sud de ses possessions méditerranéennes, jusqu’à une ligne de Sajq sur le Niger, à Barroua, sur le lac Tchad, tracée de manière à englober dans la zone d’action de la Compagnie du
(1) Le traité de Berlin consacra celte prise de possession, laissant le Zanguebar à l’Allemagne, sur le continent, et accordant le sultanat de Zanzibar à l’Angleterre, qui rendit à l’Allemagne l'ile de Helgoland dans la mer du Nord, moyennant 4 millions de marks (1" juillet 1890). L’Es,' a[ricain allemand se trouva ainsi constitué.
l’empire COLONIAL DE LA FRANCE
Niger (anglaise) tout ce qui appartenait au royaume de Sokoto (2).
L’immense région désertique du Sahara était reconnue à la France. Elle était méprisée du marquis de Salisbury, mais l’explorateur Stanley l’appréciait mieux cl jugeait qu’elle rendrait d’inestimables services à la France quand elle relierait le Niger à la Méditerranée par un chemin de fer.
Le 17 novembre 1890, la France et l’Allemagne donnèrent leur adhésion aux arrangements que les deux nations avaient respectivement conclus avec l’Angleterre au sujet de l’Afrique aux mois de juin et d’août. La France accepta l'acquisition par l’Allemagne des possessions continentales du sultan de Zanzibar et de l’îlc de Mafia. L’Allemagne, de son côté, reconnut le protectorat de la France sur Madagascar avec toutes ses conséquences.
Stanley et Emin Pacha.
Les administrateurs de l'Etat libre du Congo n’étaient pas parvenus à l’organiser et à le défendre. Le poste des Chutes-Stanley avait été enlevé en 1886, et un chef arabe, Tippo-Tib, s’était taillé un empire entre le lac Tanganyika et la côte de Zanzibar. Inquiet, le roi Léopold fit appel à Stanley à la fin de 1880. Celui ci, qui faisait des conférences en Amérique, retourna en Afrique, sous le prétexte de porter
(2) La convention franco-anglais^ du 5 août 1890 fixa nos zones d’influence entre le Niger et le lac Tchad; elle fut complétée par la convention du 14 juin 1898.
secours à Emin-pacha (Edouard Schnilzer), Autrichien devenu musulman, qui avait reçu de Gordonpacha, en 1878, le poste de gouverneur de la Province de l'Equateur et qui , resté seul depuis plusieurs années à Wadelaï, avait cessé de donner de ses nouvelles.
Le 18 mars 1887, Stanley partit de l’embouchure du Congo avec 709 hommes, gagna Stanley-Pool, arriva à Léopoldville le 21 avril et aux chutes Jambuya, sur l’Aruvimi, le 20 juin. Le major Barttelot y resta avec 257 hommes. La colonne de Stanley, comprenant 389 hommes, continua sa roule le 28 juin 1888, cl, après de cruelles épreuves, parvint sur les bords du lac Albert. Elle retrouva Emin-pacha et revint sur ses pas pour se porter au secours du poste du major Barttelot. Ce dernier avait été assassiné par les indigènes. Stanley rejoignit ensuite Emin-pacha (janvier-mai 1889), qu’il décida, avec beaucoup de difficultés, à revenir vers la côte avec. lui. Le 4 décembre 1889, Stanley et Emin-pacha, avec les derniers survivants de l’expédition, arrivèrent à Bagainoyo, sur l’océan Indien.
Emin-pacha, passé au service de l’ Allemagne, se rendit, avec une nouvelle troupe, dans son ancienne province, en 1891. Le 13 mars 1893, en se dirigeant du lac Albert vers le Congo, il fut tué, avec son escorte, au bord du fleuve Ituri, à Wadelaï, par des indigènes qui prétendirent s’être vengés de ses cruautés.