‹ Histoire de la Troisième République de 1887 à 1894Chapitre 8 sur 14 · ET DE LEURS · texte numérisé non relu

ET DE LEURS

Origines de la conquête.

Dès le xive siècle, des Dieppois et des Rouennais avaient installé des comptoirs au Cap-Vert, à Rufisque et même au delà de Sierra-Leone. De 1470 à 1026, Français, Portugais et Anglais organisèrent de nombreuses expéditions sur cette partie du littoral, et ces rivaux se livrèrent de nombreux combats. Le Sénégal, qui est devenu le noyau de l’Afrique occidentale française, est la plus ancienne de nos colonies. Une compagnie normande s’y établit dès 1626 et fonda Saint- Louis. Le traité de Nimègue, en 1678, reconnut l’île de Corée à la France. André Brüe fonda la Compagnie royale du Sénégal, Cap-Nord et côte d'Afrique. Homme très énergique et d’une haute intelligence, il donna beaucoup d’extension à cette colonie française, qu’il gouverna de 1694 à 1724. Les Anglais s’efforcèrent de nous enlever ces possessions. Tous nos établissements, sauf Corée, leur furent abandonnés en 1763, mais ils nous les rendirent, par le traité de Versailles, en 1783. L’Angleterre nous les reprit encore

pendant les guerres clc la Révolution et de l’Empire; elle nous les restitua de nouveau par le traité de Paris, en 1814. Une escadrille, commandée par le capitaine de vaisseau de Chaumareix, partit pour les réoccuper et se perdit en mer. Ce fut le fameux naufrage de la Méduse (juillet 1816).

Après 1815, nous n’avions plus que Saint-Louis avec l’ile de Gorée. En 1821, on créa les postes de Dagana et Bakel, sur le Sénégal. La situation de nos colons, jusqu’en 1854, fut des plus misérables; ils étaient molestés, pressurés par les chefs indigènes, sans être secourus par le gouvernement. Enfin, Faiclherbe parut, et la situation changea. C’est à lui que nous devons réellement cette admirable colonie (1).

Faidherbe (1854-1865).

Nommé chef de bataillon et gouverneur du Sénégal en 1854, il comprit l’importance de cette posses-

(1) Faidherbe, né à Lille en 1818, fut élève de l’Ecole polytechnique et de l’Ecole d’application de Metz. II servit d’abord dans la province d'Oran ,de 1841 à 1847, et, nommé capitaine, passa à la Guadeloupe. Il revint en Algérie où il prit part à diverses expéditions. En 1854, il fut nommé chef de bataillon et gouverneur du Sénégal, qu’il organisa et dont il acheva l’exploration et la conquête. Lieutenant-colonel en 1855, colonel en 1858, il quitta le Sénégal en 1861, mais il y revint comme général en 1863. En 1865, il retourna en Algérie. Pendant la guerre de 1870, Gambetta le nomma général de division et commandant de l’armée du Nord. Elu député du Nord en 1871, il donna sa démission pour protester contre le rôle de Constituante que s’attribuait l’Assemblée nationale. En 1879, il fut élu sénateur du Nord, mais bientôt la paralysie le contraignit à l’immobilité. Il fut nommé grand-chancelier de la Légion d’honneur en 1880 et membre de l’Académie des inscriptions en 1884. Il a publié de nombreux ouvrages très estimés. Il est mort en 1889, et ses funérailles ont été faites aux frais de l’Etat.

sioa qu’on méprisait en France sans la connaître, la considérant comme trop malsaine, sans valeur et sans avenir. Faiclherbe établit des relations constantes avec les chefs indigènes et, quand il ne put se les attacher, n’hésita pas à employer la force.

Il rejeta les tribus maures sur la rive droite du Sénégal et leur imposa le fleuve comme frontière, par plusieurs campagnes pénibles et heureuses. Des postes fortifiés sur la rive gauche relièrent Bakel à Saint-Louis. Il obtint la soumission des tribus maures qui, en 1858, s’engagèrent à ne plus violer notre territoire sur la rive gauche.

Faidherbe s’avança sur le haut du fleuve et, en 1855, fonda le poste de Médine.

Luttes contre El Hadj Omar. — Siège de Médine (1857).

Faidherbe eut à lutter contre un redoutable adversaire : le marabout El Iladj Omar, qui fanatisait et soulevait les populations et qui s’était créé, sur la rive gauche du Niger, un empire s’étendant vers le Sénégal.

Le marabout résolut d’attaquer les Français qui s’étaient avancés jusqu’au point où le Sénégal cesse d’être navigable, étant barré par des rapides. Là s’élevaient déjà le fort et la ville de Médine. Sidi cl Iladj- Omar (Mgr le Pèlerin) en décida le siège avec 15.000 Toucouleurs.

Un mulâtre catholique français, nommé Paul Ilolle, défendit le fort de Médine du 19 avril au 18 juillet 1857. Cette défense héroïque de 95 jours est le plus beau fait d’armes de notre conquête. La garni-

son du fort ne comprenait que 7 Européens, 22 soldats noirs et 30 laptols ou marins de Saint-Louis. Le village était défendu par mille Khassonkhès du roi Sambala, notre allié.

Plusieurs assauts furent repoussés, et l’ennemi, qui subit de grandes pertes, fit un blocus rigoureux. Les approvisionnements se trouvèrent bientôt épuisés. Vers la fin de juin, il n’y avait plus qu’un peu de mil, quelques arachides, avec un peu de biscuit. Mais il n'y avait plus de combustible pour faire du feu. On en était réduit à manger une pâte grossière de mil pilé et d’arachides. Paul Holle et les sept Français, soutenus par le haut sentiment de leur devoir de représentants de la France, dont ils défendaient le drapeau, se multipliaient, donnant à tous l’exemple de la bravoure et de la résistance aux tortures des privations. Pour comble d’infortune, les cartouches étaient devenues rares, et on ne s’en servait qu’à courte distance, pour frapper à coup sûr les assaillants. Lorsqu’il n’y en eut plus, dans les premiers jours de juillet, Paul Holle prit des dispositions pour faire sauler le fort si l’ennemi y pénétrait. Il communiqua sa résolution aux sept Français qui occupèrent les postes qui leur étaient assignés. Le sergent Desplat se chargea de l’explosion de la poudrière, où il devait s’enfermer.

Les assiégeants, enhardis par la cessation du feu, s'approchaient de plus en plus, et lançaient des injures menaçantes au roi Sambala, qui défendait toujours le village avec un courage stoïque, malgré les pertes, malgré les cadavres d’hommes, de femmes et d’enfants qui faisaient d’affreux charniers, aux exhalaisons pestilentielles.

Le colonel Faidherbe préparait des secours. Deux avisos avaient été armés à Saint-Louis et on attendait la crue des eaux, qui, par bonheur, se produisit plus tôt que d’ordinaire. Le 2 juillet, le colonel Faidherbe put s’embarquer. Il dut surmonter beaucoup d’obstacles. Les habitants du Foula avaient constitué un barrage avec des pierres, près de Matam, sur l’ordre d'El Iladj. Heureusement, les eaux emportèrent une partie de ce barrage, ce qui permit à la flottille de passer. La marche était très lente, malgré tous les efforts, et l’on désespérait d’arriver à temps au secours des défenseurs de Médine. Enfin, on approcha.

A cinq kilomètres, le colonel fit attaquer l’ennemi par terre et par eau: Il prit le commandement d’une colonne de 500 hommes, dont 100 blancs, suivie d’un obusier; elle s’élança à l’assaut de la position ennemie et mit les Toucouleurs en fuite. On continua la poursuite. Bientôt on recueillit Paul Holle et les défenseurs du fort, qui s’avançaient en poussant des cris de joie. Dans le village, le spectacle était horrible. Les survivants, entassés au milieu des immondices et des cadavres, n’avaient même plus la force de remercier leurs libérateurs.

Pacification. — Progrès de nos conquêtes avec Faidherbe.

Le gouverneur Faidherbe poursuivit El Hadj Omar sur la route de Sabouciré et lui infligea une sanglante défaite. Le marabout, devenu sultan, se vit contraint à demander la paix. Il continua à guerroyer contre les nègres du Niger et constitua l’immense empire loucouleur, profond de 500 lieues, de Médine à Tom

bouctou. En 1864, menacé d’être pris par des rebelles, il se fit sauter avec un baril de poudre. Il laissa trois fils qui se partagèrent son empire. Le plus ambitieux et le plus guerrier, Ahmadou-Scheikou en eut la plus grande partie et devint sultan du Segou et du Kaarka, entre le Niger et le Sénégal; Tidiani eut le royaume du Macina; Aguibou, celui du Fouta-Djalon.

Après avoir vaincu El Hadj Omar, Faidherbe soumit le Cayor et conçut le projet de relier nos possessions du Sénégal à celles du Niger pour assurer notre domination dans tout le Soudan occidental.

Un traité, du 1er février 1861, nous céda toute la côte du Cayor, entre Saint-Louis et Gorée. Les 'vallées de la Casamance, du Rio-Nunez et du Rio-Pongo devinrent aussi françaises. Les deux rives du Sénégal furent définitivement occupées et mises en exploitation (1854-1865).

En 1863, Faidherbe envoya une première mission pour étudier la région du Haut-Niger. Le lieutenant de vaisseau Mage et le docteur Quintin passèrent par Bafoulabé, Kita et atteignirent le fleuve à Nyamina. Ahmadou n’osa se déclarer en hostilité ouverte, mais il retint cependant la mission à Segou, pendant vingtsept mois, sans qu’elle pût pousser plus loin. Elle revint à Médine, notre poste le plus avancé, par Nioro et Koniakary.

Faidherbe rentra en France, ayant vraiment créé la colonie du Sénégal dont la possession nous était assurée, grâce à lui, depuis le fleuve jusqu’à la Gambie anglaise. Des postes étaient installés sur tous les points importants; des routes étaient tracées pour les relier; des lignes télégraphiques étaient installées. Le port de Dakar était fondé en face de Gorée. Des

constructions nombreuses avaient fait de Saint-Louis une belle ville, avec des écoles, des hôpitaux et des casernes.

A l’arrivée de Faidherbe, le Sénégal n’avait que quelques comptoirs mal défendus; quand il partit, il laissa la colonie pacifiée, et des traités reconnaissaient l’autorité de la France sur une étendue d’environ 600.000 kilomètres carrés.

Conquête du Soudan.

A la suite de la guerre franco-allemande, nos colonies se trouvèrent délaissées parce que toutes les préoccupations se portaient vers notre frontière de l’Est. Après la réorganisation militaire, on recommença à s’occuper de nos possessions africaines. En 1878, le colonel Brière de l’Isle reprit les projets de Faidherbe d’extension vers le Niger.

De 1880 à 1885, on construisit la première voie ferrée de 260 kilomètres, pour relier Dakar à Saint- Louis. Le Sénégal étant le plus souvent navigable jusqu’à Ivayes, en aval de Médine, on commença un chemin de fer pour relier Kayes à Bammako.

Pour la réalisation de ses projets, le colonel Brière de l’Isle avait besoin d’Alnuadou auquel il envoya une mission de 5 officiers, 30 tirailleurs et quelques spahis sénégalais, sous les ordres du capitaine Gallieni. Elle partit de Médine le 20 mars 1880, arriva à Kita et fut attaquée, à 50 kilométrés de Bammako, par les Bambaras soulevés contre Ahmadou. Le convoi fut enlevé avec une bonne partie de l’escorte. Le capitaine Gallieni ne se rebuta pas et parvint à Bammako. Ahmadou refusa de voir la mission et la

garda prisonnière pendant dix mois à Nango près de Segou.

Le lieutenant-colonel Borgnis-Desbordes, commandant supérieur sur le Haut Sénégal avait été envoyé à la même époque, avec une colonne vers le Niger. Il partit de Médine le 9 janvier 1881, et fonda le poste de Bafoulabé, au confluent du Bafing et du Bakhoy dont la réunion forme le fleuve Sénégal, puis il installa deux autres postes, l’un à Badambé, le second à Kita (à 1.250 kilomètres de Saint-Louis et à 342 de Médine). Ce dernier point, situé seulement à 140 kilomètres du Niger, était une position stratégique de premier ordre, au croisement des routes des caravanes entre le Haut Sénégal, le Haut Niger et le Sahara (1880-1881). Le lieutenant-colonel Borgnis- Desbordes avait châtié les Bambaras compromis dans l’attaque de la mission Gallieni.

Ces nouvelles inquiétèrent Ahmadou. Il reçut une lettre menaçante du gouverneur du Sénégal et se décida alors à renvoyer la mission Gallieni, qui rentra à Saint-Louis au mois de mai 1881.

Massacre de la mission Flatters dans le Sahara

Un événement malheureux eut à ce momènt une grande répercussion dans le monde musulman et favorisa un soulèvement africain contre la domination française.

En 1879, le lieutenant-colonel Flatters avait sollicité' la direction d’une expédition qui devait rechercher un tracé de chemin de fer transsaharien partant d’Algérie et aboutissant au Soudan, entre le Niger et

le lac Tchad. En 1880, il avait conduit une première mission qui s’était bravement avancée jusqu’au lac Menkhough, mais qui avait été contrainte, par les Touareg, de rentrer en Algérie. A la fin de la même année, Flatters recommença sa tentative, en se proposant, celte fois, de gagner la région explorée des Hoggar. Il avait une escorte de 93 hommes. Du 4 décembre 1880 au 16 février 1881, il ne rencontra aucun obstacle important. Mais, le 16 février, à Bir-el-Garama, il fut attaqué au fond d’un ravin par 600 Touareg. Le lieutenant-colonel Flatters, le capitaine Masson, les ingénieurs Roche et Béringer, le docteur Guyard, le maréchal des logis Dennery et 20 soldats furent massacrés (1). Ceux qui purent s’échapper, s’enfuirent vers le nord, dirigés par le lieutenant de Dianous qui fut tué dans un nouveau combat. Les derniers survivants, après avoir enduré les plus atroces tourments et avoir été même réduits à s’entredévorer, atteignirent le poste de Messeguen d’où une escorte les ramena à Ouargla.

Samory.

A ce moment se dressa contre nous un nouvel adversaire, le plus habile et le plus dangereux de tous

(1) Flatters était né à Laval en 1832. Il avait fait les campagnes de 1859 et de 1870; il avait servi longtemps en Algérie.

Les trois tribus qui avaient pris part à ce guet-apens furent châtiées, mais l’instigateur nous échappa longtemps. Enfin, après trente et un ans. il fut pris par la compagnie saharienne du Tidikelt qui ôtait entrée dans l'oasis de Djanet. Le capitaine avait envoyé à Tarât une section et, le 15 décembre 1911, une reconnaissance, sous les ordres du lieutenant Sigonnev, surprit le campement d’Attici, chef des Hoggar, l’auteur du massacre de la mission Flatters. Att ici fut envoyé aux autorités militaires du Soudan pour être jugé.

ceux que nous eûmes à combattre : Samory. Il avait conquis toute la rive droite du Haut Niger, et il s’avançait vers le nord pour soumettre le Haut Sénégal. On repoussa facilement ses premières attaques qui n’étaient que le prélude d’une guerre acharnée de dix-sept années (1882-1898).

Samory était né’, d’après Binger, en 1835, à Bissandougou, où son père et sa mère étaient de pauvres diables vivant du commerce des kolas. Sa mère ayant été emmenée prisonnière à Médina, par Sori Ibrahinla, roi du Konia, il offrit à ce dernier ses services en échange de la liberté de la vieille femme. Le roi les garda tous les deux, et incorpora Samory dans ses troupes où il se distingua bientôt. Après avoir servi sept ans Sori Ibrahima, Samory parvint à mettre sa mère en sûreté à Sanancoro, et, déjà réputé, devint le chef de l’armée de Bitiké Souané, roi du Toron, qu’il remplaça bientôt. Il commença la conquête des pays qui allaient constituer son empire, enleva le Konia à Sori Ibrahima et fit de Sanancoro sa capitale. Il obtint succès sur succès, et, de 1874 à 1877, prit possession du Sankaran, du Diouma et du Kouroulamini. En 1880, il marcha contre Sori Ibrahima, son ancien maître, qu'il défit et garda prisonnier. En 1889, il avait encore auprès de lui ce marabout qu’il forçait de prier pour obtenir d’Allah la continuation de ses victoires.

« En huit ans de conquêtes, il a fondé un empire de 400.000 kilomètres carrés, il ne lui reste qu’à l’organiser. Après s’être montré conquérant, il va devenir organisateur. Il débute par la réforme religieuse qu’il regarde comme la plus importante pour asseoir son pouvoir. Il est fétichiste de naissance et il règne

sur un million et demi de fétichistes, Madingues et Bambaras, mais il sait la force de la religion musulmane... Il décrète la religion musulmane religion officielle de ses Etats; dans chaque village il fait construire une mosquée... 11 n’hésite pas à emprisonner son père, fétichiste impénitent... Au point de vue financier, il exige peu de son peuple... Tous les produits des impôts et des pillages passent dans le budget militaire, qui est l’unique budget.

« C’est, en effet, sur son armée que Samory porte tous ses efforts, et la division qu’il donne à son territoire est le résultat des nécessités de son commandement. Dix corps d’armée sont créés; les généraux sont les gouverneurs des dix provinces correspondantes; en temps de guerre ces corps d’armée seront réunis par trois, et chacun des trois groupes sera placé sous les ordres d’un frère du sultan; le 10e corps constituera la réserve dont disposera l’almamy (1). Les corps, de 5.000 hommes environ, se fractionnent eux-mêmes en divisions de 1.000 hommes qui se subdivisent en compagnies de 100 hommes, formées de dix escouades; tous les chefs sont à cheval. De plus, les commandants de corps entretiennent à leurs frais une garde d’élite de 200 à 300 hommes, les « sofas », et quelques cavaliers. La garde particulière de l’almamy est composée de 500 jeunes gens choisis pour leur intelligence et d’après leur conformation physique; ils sont élevés à côté du sultan et fanatisés par l’idée du sacrifice de leur vie au maître. Enfin, la garde d’honneur est

(1) Almamy, contraction des mots arabes amir cl moumenin, commandeur des croyants.

réservée aux 56 sofas les plus braves de l’armée. » (Colonel Baratier, d’après les renseignements donnés par le capitaine Péroz, au retour de la mission qu’il remplit auprès de Samory en 1886-1887.)

C’est en 1880 que Samory prit le titre d’émir d’El- Moumenin (almamy). Il avait conquis toute la rive droite du Niger; sur la rive gauche, la partie du Manding, qui avait pour capitale Kangaba, reconnaissait son autorité, et il menaçait l’autre partie, dont la capitale était Niagossola, placée sous notre influence. Notre prestige et bientôt notre conquête allaient être compromis.

Campagne de 1882.

Au commencement de 1882, l’almamy assiégeait Reniera, sur la rive droite du Niger. Le lieutenantcolonel Borgnis-Desbordes lui dépêcha le lieutenant indigène Alakamessa, des tirailleurs sénégalais, pour obtenir la fin des hostilités. Samory menaça de mort ce parlementaire et le garda prisonnier. Heureusement, ce dernier parvint à s’enfuir. Le lieutenant-colonel Borgnis-Desbordes organisa aussitôt, à Kita, une colonne qui traversa le Niger le 25 février 1882 et mit en fuite les troupes de Samory, à Reniera, le 26. Avec nos faibles forces (221 combattants), il était imprudent de poursuivre les bandes ennemies, qui comptaient 4.000 hommes. Nos troupes rentrèrent à Rita le 17 mars.

Campagne de 1883.

Une nouvelle colonne fut organisée à la fin de

1882. Le 7 janvier 1883, elle s’avança de Kita vers le Niger, par les régions du Fouladougou et du Bélédougou. Elle comprenait 521 combattants et 4 canons. Le 16 janvier, elle enleva le village de Doba et, le 1er février, arrivait à Bammako, où un fort fut élevé. Des troupes de Samory reprirent l’offensive à la fin de mars, et des cavaliers s’avancèrent jusqu’à Bammako. Le colonel Borgnis-Desbordes (promu colonel le 3 mars), attaqua, au marigot de Oueyoko, avec 400 combattants, 3.000 hommes des bandes ennemies. Ce combat violent, par une chaleur torride, nous coûta le dixième de notre effectif (avril). Nos troupes revinrent à Bammako d’où elles remarchèrent à l’ennemi le 12 avril; elles le mirent en fuite et incendièrent son camp.

La colonne laissa 145 hommes à Bammako et rentra à Kayes. Elle avait fait 1.575 kilomètres de marches (1).

« A la fin de la campagne, le colonel Borgnis-Desbordes conseillait la continuation des opérations contre Samory et la destruction complète de ses bandes. Et, pour nous donner une base d’action plus solide, il recommandait la construction d’une ligne de forts sur le Niger.

» Les événements prouvèrent que cette politique eût été sage. Malheureusement, en France nous avions d’autres préoccupations; la question soudanaise était jugée secondaire par nos hommes d’Etat

(1) Beaucoup de détails des campagnes contre Samory sont empruntés à un ouvrage très intéressant et très documenté de M. André Mévil : Samory, et à deux autres récits émouvants du colonel Baraticr : A travers iA[rique et A la poursuite de Samory.

qui ne la connaissaient qu’imparfaitement et s’y intéressaient peu. Nous allions suivre une politique pleine de tergiversations et de demi-mesures. Le résultat fut de rendre Samory plus puissant que jamais. » (André Mévil.)

Explorations du docteur Bayol (1883).

Le docteur Bayol. qui avait autrefois accompagné le capitaine Gallieni dans ses missions et qui secondait le lieutenant-colonel Borgnis-Desbordes, fut chargé par celui-ci, occupé à la construction du fort de Bammako, de longer le Niger, pour explorer la contrée et pour s’efforcer de nous rallier les chefs indigènes (1).

Le docteur Bayol, avec 1 officier et 20 indigènes, reconnut, en quarante-cinq jours, 363 kilomètres de pays ignoré, et signa des traités d’alliance avec les chefs indigènes de la rive gauche, ennemis des Toucouleurs. 11 pénétra dans le Beledougou, à N’Kara, visita Nossombougou, Koumi, capitale des Bambaras, puis Boro et Dampa, dans le Fadougou, enfin, le pays de Mourdia, et revint par Kocljau.

(1) Précédemment, le docteur Bayol avait fait une brillante expédition dans le Fouta-Djalon, entre le Sénégal et le Haut Niger, et était parvenu à faire accepter notre protectorat aux indigènes. Il avait reconnu les sources de la Gambie, du Rio-Grande, avait gagné Tirnbo, puis la côte, à l'embouchure du Rio-Nunez, au sud de la rivière Casamance (1S81-1882).

Offensive de Samory (1885).

Le lieutenant-colonel Boilève et le chef de bataillon Combes, qui commandèrent successivement, reçurent l'ordre du gouvernement d’agir pacifiquement (1883, 1884, 1885). Ils n’osèrent donc pas inquiéter Samory, qui cherchait à étendre son action jusque dans le Haut Sénégal.

Un détachement, commandé par le capitaine Louvel, fut chargé de protéger Niagassola (entre Kita et le Niger), où nous construisions un fort. Samory fit attaquer, au mois de juin 1885, par son frère Malinkamory ce détachement isolé, qui perdit 15 hommes et qui se replia sur le poste de Nafadié, où se trouvaient 25 tirailleurs. 3.000 sofas entourèrent nos troupes (120 combattants), qui, malgré de dures privations, eurent l’énergie de repousser tous les assauts. Le commandant Combes, averti par un noir qui accomplit une marche de 136 kilomètres en vingt-quatre heures, accourut en toute hâte et sauva les assiégés (10 juin 1885).

La colonne Combes se replia ensuite sur Niagassola, harcelée par les bandes de Samory.

Commandement du lieutenant-colonel Frev.

Le lieutenant-colonel Frey, nommé commandant de la colonne du Haut Sénégal, réclama et obtint des moyens d’action. Il arriva à ICayes au mois de novembre 1885 (1).

(1) Frey. né en 1847, entra en 1866 à Saint-Cvr, d’où il sortit sous-lieutenant dans l’infanterie de marine. Lieutenant-colo-

Ilist. République.

Les difficultés allaient augmenter, car trois chefs puissants soulevaient les tribus contre nous ; à l’est et au nord, Ahmadou Scheikou, fils et héritier d’El Iladj; au sud, l'almamy Samory; enfin, sur nos derrières, entre Sénégal et Gambie, le prophète Mahmadou-Lamine, qui assiégea bientôt Bakel, dont la garnison repoussa ses assauts furieux (du 1er au 4 avril 1886).

Malnnadou-Lamine, homme remarquable, avait fanatisé les indigènes, après un voyage à La Mecque, et leur avait annoncé qu’il jetterait tous les Français à la mer. Il eut l’audace d’engager ses opérations sur notre propre territoire.

Opérations contre Samory.

Le lieutenant-colonel Frey résolut d’agir d’abord contre Samory, qui voulait nous enlever Bammako et Nyamina, sur la rive gauche du Niger, et il s’efforça d’écraser l’armée de Malinkamory. forte de 8.000 hommes. Elle était concentrée à Galé. non loin du Bakoy, à 70 kilomètres de Kita.

Le lieutenant-colonel Frey, avec les 546 combattants dont il disposait, forma deux colonnes : l’une sous ses ordres, l’autre sous ceux du commandant Combes, chargée de couper la retraite à l’ennemi.

net en 1884, il dirigea, l'année suivante, la campagne dans le Haut Sénégal et le Haut -Niger. Colonel en 1887. il fit campagne au Tonkin en 1890 et 1891, dans le Yen-Thé. Général de brigade en 1893, il commanda une des brigades du corps expéditionnaire de Chine en 1900. et coopéra à la prise de Pékin. Il a publié d’intéressants ouvrages : Campagne dan* le Haut Sénégal cl le Haut- Niger (1888); Côte occidentale d Ajrique (1890); Pirates et rebelles au Tonkin (1892). etc.

Malinkamory s’enfuit de Galé et fut poursuivi à toute vitesse par le lieutenant-colonel Frey avec 300 soldats indigènes seulement. Ce dernier surprit son camp pendant la nuit et jeta l’ennemi en complète déroute (18 janvier 1886). En un seul combat, l’armée de Samory était dispersée.

Samory allait être menacé dans sa capitale; il sollicita la paix. Il dut nous reconnaître la possession de toute la rive gauche du Niger, dont la rive droite lui était abandonnée. Il accepta le protectorat de la France et lui confia son fils Karamoko, qui vint visiter Paris (1).

Le lieutenant-colonel Frey avait appris, par le télégraphe, le soulèvement des Saracolais conduits par Mahmadou-Lamine,. et il avait fait brusquer les négociations avec Samory pour envoyer des troupes contre ce nouvel ennemi.

Opérations contre Mahmadou-Lamine (1886-1887).

« Le 14 mars 1886, dit le lieutenant-colonel Frey dans son rapport, avait lieu, dans les environs de Bakel, le premier choc entre nos troupes et les bandes du marabout. »

La lre compagnie de tirailleurs, forte de 87 hom

(1) Ce premier Irailé ne fut pas ratifié par le gouvernement. et le capitaine Péroz retourna à Bissandougou, l’année suivante, pour présenter un texte modifié que Samory signa, après de longues discussions (25 mars 1887). Le capitaine Péroz a raconté les atrocités dont était coutumier l’almamy.

Le fils de Samory, fêté à Paris, devint un admirateur de noire pays, et, pour cette raison, fut mis à mort par son père quelques années après.

mes, attaqua vers Kounguel, l’ennemi bien supérieur en nombre qui la cerna et lui infligea des pertes sensibles (10 morts et 36 blessés). Elle se forma en carré et parvint à rentrer à Bakel. Les Saracolais subirent de leur côté de très grosses pertes.

Malnnadou-Lamine, le* soir même de sa victoire, apprit que, la veille, le capitaine Ferrât, avec une compagnie, avait enlevé son harem à Goundiourou, après avoir mis hors de combat les guerriers qui le défendaient. On avait amené à Bakel la belle Mousso, première femme du prophète, considérée comme une sainl.e, avec douze autres femmes et avec deux fils et trois filles de Mahmadou. Celui-ci, furieux, courut assiéger Bakel. La garnison se composait de 200 hommes armés de fusils à tir rapide et 1.100 auxiliaires, La lutte commença le 1er avril contre les Saracolais, au nombre de 12.000 environ. Après plusieurs escarmouches, Mahmadou-Lamine conduisit en personne une attaque avec toutes ses forces, le 4 avril. Il se livra une lutte acharnée dans les rues des villages dont l’agglomération forme Bakel. Un obus étant tombé au milieu de l’escorte de Mahmadou, ce dernier, effrayé, prit la fuite, ce qui causa une panique générale. Les pertes de l’ennemi furent considérables; celles des défenseurs de Bakel s’élevèrent à 25 tués et 100 blessés.

Le lieutenant-colonel Frey, prévenu de ces événements, accourut à marches forcées, fortifia Ivayes et, au lieu d’attaquer directement Mahmadou, enleva et brûla les nombreux talas (forts) saracolais. Cette tactique réussit. Les contingents des villages qui étaient menacés abandonnaient Mahmadou pour courir à leur protection. Alors le marabout résolut d’attaquer

la colonne Frey, qui l’attendit à Tombokané. « Le colonel mit à profit les journées du 17 et du 18 avril 1886 pour parcourir et étudier dans scs détails, avec les officiers, le terrain probable du combat et organiser les travaux de défense. » (Rapport du colonel Frey.) Le 19 avril, Mahmadou-Lamine forma trois colonnes de ses 6.000 combattants. L’ennemi attaqua avec des cris sauvages, mais des feux de salve bien dirigés et un tir à mitraille de l’artillerie l’arrêtèrent à petite distance, et il fut mis en déroute. Mahmadou s’enfuit avec sa suite.

Cette dernière défaite ruina son prestige, et il fut abandonné de la plupart de ses partisans.

A la fin de 1887, Mahmadou essaya de reprendre les armes.

Le capitaine Fortin le poursuivit dans la région de la Haute Falémé (affluent de gauche du Sénégal) et le chassa de Toubakouta, sa place d’armes. Mahmadou fut pris et fusillé par nos auxiliaires près du poste anglais de Mac-Carthy, sur la Gambie (20 décembre 1887).

Progrès de notre conquête.

Débarrassés de cet adversaire dangereux, les Français purent étendre leur domination.

En 1887, sous le commandement du lieutenant-colonel Gallieni, on construisit des forts à Siguiri sur le Niger et à Nyamina en amont de Segou-Sikoro.

Le 1er juillet 1886, la cannonnière lé Niger, commandée par le lieutenant de vaisseau Caron, partit de Manainbougou, en aval de Bammako, pour recon naître le Niger et parvint, pour la première fois,

jusque près de Kabara, port de Tombouctou (1). Le chef de Tombouctou, Rhiaïa, refusa toute entente avec l’officier de marine qui, menacé par les Touareg, dut se retirer. Après avoir surmonté mille périls, la canonnière rentra à son mouillage de Manambougou le G octobre 1886.

Le capitaine Audéoud se rendit à Timbo, chef-lieu du Fouta-Djalon, qu’il plaça sous notre protectorat.

Le capitaine Binger exécuta une remarquable exploration pacifique du Niger au golfe de Guinée. Il vit Samory qui assiégeait' Sikasso, capitale des Etats de Tieba, roi du Canadougou, et ne put obtenir qu’il renonçât à ce siège qui lui coûta, sans résultats, une bonne partie de ses troupes.

Commandement du chef d’escadron Archinard.

Le chef d’escadron Archinard, fut nommé, le 17 mai 1888, commandant supérieur du Soudan français, en remplacement du lieutenant-colonel GallienL Déjà, comme capitaine, il avait pris part, de 1880 à 1884, aux campagnes dirigées par les colonels Borgnis-Desbordes et Boilève, contre les Toucouleurs d’Ahmadou, contre les Bambaras qui avaient pillé la mission Gallieni, et contre les Malinkés de Samory. Il avait construit les forts de Bafoulabé, Badombé, Kondou et Bammako qui jalonnaient notre ligne du Sénégal au Niger.

Arrivé à Kayes, le commandant Archinard organisa une réserve avec les anciens tirailleurs libérés du

(1) En 1883, le lieutenant de vaisseau Davoust était parvenu jusqu’à Djenné et n’avait pu pousser plus loin.

service, ainsi que des formations auxiliaires avec des engagés volontaires pour la période des opérations militaires. Les transports à tête d’homme furent presque abolis par l’organisation de convois de voitures Lefebvre et l’établissement d’ateliers de réparations sur plusieurs points de la ligne de ravitaillement. Le chemin de fer de Kayes à Bafoulabé était terminé et fut confié au personnel de l’artillerie de marine. A Kayes, on construisit des casernes et de nombreux bâtiments.

Le commandant Archinard amena Samory à nous reconnaître la possession absolue des pays qu’il avait jadis occupés sur la rive gauche du Niger et sur lesquels nous n’avions qu’un droit de protectorat.

Il agit d’abord contre Ahmadou et enleva la forteresse de Koundian, qui servait de refuge aux pillards et à nos déserteurs, puis, avec une petite colonne, il chassa quelques chefs sofas de Samory qui persistaient à occuper les provinces que ce dernier nous avait cédées, et qui avaient fait alliance avec Aguibou, frère d’Ahmadou et roi du Dinjuiraj. Il parcourut les régions à l’est du Fouta-Djalon, et, au retour, établit sur le Niger le poste de Kouroussa. Longeant le Niger pendant 450 kilomètres, il installa un autre poste fortifié à Nyamina, pour permettre au poste de Bammako et à nos canonnières de s’approvisionner, malgré l’hostilité de nos voisins de Segou.

Une petite colonne réduisit, au sud de Kayes, des révoltés qui coupaient les routes commerciales, entre Kayes, Médine et les pays aurifères du Soudan.

Campagne de 1890 contra Ahmadou.

Le commandant Archinard, avec les troupes auxiliaires qu’il avait formées et quelques milliers de partisans, joints aux troupes régulières, enleva Segou-Sikoro, la ville sainte, le 6 avril, puis Guossébougou, après une lutte sanglante de deux jours. Ahmadou, réfugié à Nioro à la suite de ces défaites, se trouva livré aux entreprises des Bambaras, ses voisins, ennemis héréditaires de sa race.

Nous dûmes revenir vers Kayes pour chasser des bandes ennemies qui furent contraintes de repasser sur la rive droite du Niger. Le lieutenant-colonel Archinard (promu le 1er mai) termina cette belle expédition par la prise de Konakiary (16 juin), où il mit une garnison.

Au mois de décembre 1890, les opérations recommencèrent contre Ahmadou pour lui enlever le Kaarta. Après les combats de Niogoméra et Korriga, le lieutenant-colonel Archinard s’installa dans Nioro, la capitale du Kaarta, et se mit à la poursuite d’ Ahmadou, qui, malgré le combat de Youri, où ses dernières troupes furent détruites, gagna le désert et se réfugia dans le Macina où régnait un de ses frères qu’il chercha bientôt à détrôner.

Notre route vers le Niger, jusque-là menacée, se trouva désormais assurée. La secte religieuse des Tidiani, fondée au Soudan par El Hadj Omar et qui avait fourni la plupart de nos plus redoutables adversaires au Soudan et au Sénégal, était anéantie. Le ravitaillement de tous nos postes, en grains et en bestiaux, devenait facile. Les émigrations, qui rui-

naient Saint-Louis et le Bas Sénégal, étaient arrêtées.

De Nioro, le lieutenant-colonel Archinard revint en toute hâte du côté de Ségou, au delà du Niger, dans le Baninko, où une révolte compromettait notre occupation du royaume de Ségou. L’enlèvement du village fortifié de Diéna, où les chefs furent tués, ramena la tranquillité de ce côté. Mais d’autres adversaires, comptant que nous serions longtemps retenus dans le Kaarta, avaient repris l’offensive. Il fallut se retourner du côté de Samory, redescendre vers le sud, de Ségou à Bammako et Siguiri, pour une nouvelle campagne.

Campagne de 1891.

Samory avait reconstitué son armée et complété ses armements. Il avait renvoyé au commandant Archinard le traité de 1887 qu’il ne voulait plus observer.

Une colonne, comprenant 28 officiers et 345 tirailleurs avec 6 pièces de canon et un important convoi, atteignit Bammako le 16 mars 1891, et Siguiri le 28. Elle passa le Niger à Niantankoro le 1er avril et livra un premier combat à Oulondougou, le 8. Samory s’était enfui et se contentait de faire harceler nos troupes qui revinrent à Siguiri le 20 avril. Elles y séjournèrent jusqu’au 11 mai. Une colonne volante, conduite par le capitaine Ilugueny, chassa les bandes ennemies qui dévastaient la région de Kankan.

Une mission, sous les ordres du capitaine Brosselard-Faidherbe, était partie, le 2 janvier 1891, des régions des rivières du sud pour se diriger vers les

sources du Niger. Elle atteignit Ouaoussou, capitale du Tamisso. Le chef de ce pays, puis ralmamy Délédougou, souverain de Kakounya, enfin le Kamouké se, placèrent sous le protectorat de la France. Parvenue le 6 mars à Simangaréa, elle fut obligée de rétrograder par l'hostilité des indigènes. Parmi les membres de la mission se trouvaient le dessinateur Adrien Marie qui mourut, au retour, des suites de la fièvre, et l’explorateur Félix Dubois.

Epuisé parla fièvre, le lieutenant-colonel Archinard dut rentrer en France le 17 juillet 1891.

Au mois de septembre, le lieutenant-colonel Flumbert le remplaça.

La colonne d’opérations se reconstitua et, forte de 1.312 combattants, dont 170 Européens, avec 4 pièces de 80 de montagne, elle reprit l’offensive contre Samory.

Politique et stratégie de Samory.

La résistance de Samory à notre conquête peut se diviser en deux périodes : de 1882 à 1886 et de 1891 à 1898. Dans cette lutte, il fit preuve, dit le colonel Baratier, « des qualités caractérisant un chef de peuple, un stratège et même un politique ». « Après les colonnes de 1882 à 1886, dirigées par les colonels Borgnis-Desbordes, Boilève, Combes et Frey, qui l'avaient rejeté sur la rive droite du Niger, après les traités successifs de 1887 et 1888 imposés par les colonels Gallieni et Archinard, dans lesquels il avait reconnu à la France les territoires évacués par la force, Samory ne se faisait pas d’illusions; il devrait aussi céder un jour la rive droite du Niger. » Pour

s’opposer aux progrès de la France, dont il avait mesuré la puissance, il déploya des qualités de grand homme politique. 11 rechercha l’appui de l’Angleterre qu’il s’efforça de nous opposer. Il offrit à la colonie anglaise de Sierra-Leone le protectorat de ses Etats; il envoya même des représentants à Londres, où ils furent appuyés par les Chambres de commerce. S’il ne réussit pas complètement, du moins obtint-il les conseils amicaux de l’Angleterre, dont les commerçants lui fournirent des fusils à tir rapide et des munitions.

Avec cet armement nouveau, il change sa tactique. II comprend (juc c’est une faute de s’enfermer dans les villages pour résister. « Se battre en rase campagne, brûler tout derrière lui, évacuer le pays, n’y laisser ni vivres, ni habitants, faire le vide absolu, telle sera sa tactique... Samory connaît sa puissance, la terreur qu’il inspire; ses sujets ne sont qu’un troupeau docile; il dotera ce troupeau de bergers et de chiens capables de le conduire; son armée recevra une organisation nouvelle appropriée au résultat cherché.

« Et c’est ici que se manifeste l’esprit de prévision en même temps que le génie stratégique de Samory : pendant que tous les guerriers armés de fusils à tir rapide lutteront contre nous, reculeront pied à pied, les troupes pourvues seidement de fusils à piston ou de chassepots seront fractionnées en deux groupes ayant chacun leur emploi : le premier de ces groupes aura la garde et la conduite des populations, le deuxième conquerra dans l’Est des territoires qui referont au sultan un empire vers lequel sera dirigé l’exode.

« Cette organisation de ses forces en trois groupes,.

de défense du territoire, d’évacuation et de conquête extérieure, opérant simultanément, lui permettra d’accomplir une chose unique dans l’histoire : pendant sept ans, son peuple changera chaque année de pays, .s’enfoncera vers l’Est dans des régions nouvelles, mais déjà soumises et organisées, sans laisser au vainqueur ni un vieillard, ni un grain de mil. » ( A travers l’Afrique, par le lieutenant-colonel Baratier.)

Campagne de 1892 contre Samory.

Le 20 janvier 1892, notre colonne traversa le Niger, arriva à Ivankan le 6 et, le 11, livra un premier combat sur les bords du marigot de Sombi-Ko, puis un second, le même jour, à 5 kilomètres plus loin. L'ennemi subit beaucoup de pertes.

Nos troupes gagnèrent ensuite Bissandougou et, après un repos, marchèrent vers Sanancoro, franchissant 80 kilomètres en six jours, et surprirent, dans la montagne du Toukoro, les troupes de Samory, qui furent jetées en déroute. On mit en état de défense Kérouane et Sanancoro. Les pluies hivernales obligèrent- la colonne à revenir à Siguiri, où elle fut disloquée (1). Cette expédition n’avait pu abattre la puissance de Samory, mais elle nous avait assuré la possession de nouveaux postes qui avançaient notre conquête. L’occupation de Bammako, Siguiri, Kankan et

(1) Le lieutenant7colonel Humbert, mécontent des critiques que le général Borgnis-Desbordes fit de sa campagne, protesta et prit, malheureusement sa retraite dès qu’il y eut droit, en 1896, à 48 ans. Il a publié une brochure sur son différend avec le général Borgnis-Desbordes.

Bissandougou était le résultat des dernières campagnes.

Le gouvernement décida, en 1892, de former, avec le Soudan français, entre Bakel et le Haut Niger, un gouvernement spécial, distinct du Sénégal, comme il avait été déjà fait pour le territoire des Rivières du Sud (chef-lieu Konakry) (1).

Le colonel Archinard gouverneur du Soudan.

Le colonel Archinard revint au Soudan avec le titre de gouverneur et tous les pouvoirs civils et militaires (septembre 1892), ce qui allait lui permettre d’obtenir enfin des résultats décisifs (2). Il confia au lieutenantcolonel Combes la direction d’une nouvelle colonne lancée contre Samory, que cet officier supérieur avait déjà combattu en 1885, puis en 1886 avec le colonel Frey.

(1) La colonie des Rivières du Sud est devenue, avec l'adjonction du Foula-Djalon, du cercle de Farana et de quelques autres territoires, la Guinée française (1896-1897).

(2) Le colonel Archinard était né au Havre en 1850 et avait été reçu à l’Ecole polytechnique en 1868. Il prit part, comme sous-lieutenant au régiment d’artillerie de marine, à la défense de Paris, en 1870-71, puis aux opérations de l’armée de Versailles. Capitaine en 1875, il alla en Indo-Chine, puis au Soudan. Après sa campagne de 1891 contre Samory. il fut promu colonel (1892) et retourna, pour la huitième fois, au Soudan. Il rentra èn France en 1893 et fut nommé général de brigade en 1896, puis général de division en 1900, après avoir servi au Tonkin et occupé plusieurs postes importants à Paris. En 1901, il commanda la 32* division d’infanterie, et, en 1904. remplaça le général Dodds comme commandant du corps d’armée des troupes coloniales à Paris. Il est entré au conseil supérieur de la guerre le 4 septembre 1911.

Campagne de 1893 contre Samory.

Samory s’était éloigné dans la direction du sud et se trouvait dans la vallée du Milo. Le lieutenant-colonel Combes chercha à l’en chasser et à lui couper toutes communications avec la colonie anglaise de Sierra-Leone. Une colonne volante, sous les ordres du capitaine Briquelot, se porta contre Bilali, lieutenant de Samory, campé dans le Kouranko. La colonne principale marcha directement sur la vallée du Milo.

Dans les premiers jours de janvier, le capitaine Briquelot quitta Kouroussa et surprit Bilali, dont il mit en déroute les bandes qui furent poursuivies sans relâche. Les sources du Niger, qui avaient des vertus fabuleuses, d’après les indigènes, furent atteintes le 7 mars, pour la première fois. Le Niger est formé de la réunion de deux petites rivières, le Faliko et le Timbi. « Les résultats de cette campagne du capitaine Briquelot élaient la destruction complète des troupes de Samory qui occupaient les régions avoisinant la Guinée française et le Sierra-Leone (1). Cet événement anéantissait le prestige de l’almamy dans toutes ces régions. » (André Mevil.)

De son côté, le lieutenant-colonel Combes exécuta une habile expédition. Sa colonne, comprenant 4 compagnies de tirailleurs, 1 compagnie de la légion étrangère et 1 peloton de spahis, partit de Ivankan le 8 janvier, gagna Konafadié, capitale du Sankoran, que

(1) Le capitaine Briquelot est mort, deux ans après, au Tonkin.

Samory venait d’incendier, puis Babila, où le lieutenant-colonel Combes laissa son artillerie et ses impedimenta, pour poursuivre plus rapidement l’almamy. Nos troupes n’avaient que trente jours de vivres. Elles coururent à Odjenné, que Samory venait encore de piller et de brûler, puis arrivèrent, le 18 février, à Nafana, qui avait eu le même sort. Les vivres étaient presque épuisés, et la colonne éprouvait les plus grandes difficultés à s’approvisionner. Elle n’en continua pas moins la poursuite, vers le sud, avec le même acharnement. Le 22 février, elle culbuta l’ennemi au passage de la rivière Sien-Ba et enleva le village de Kona le 23. Elle atteignit Koro assez à temps pour le préserver de la dévastation.

Nos troupes avaient atteint la lisière de la zone des grandes forêts, les extrêmes limites du Soudan français, après avoir traversé des contrées inexplorées. Elles étaient à bout de forces, ayant supporté les plus grandes privations.

Le lieutenant-colonel Combes renonça à continuer cette poursuite et revint, le 26 février, par une nouvelle route, vers le nord-ouest, sur Kérouané, où il parvint le 10 mars. Il avait fondé deux nouveaux postes et laissé le chef d'escadron Richard pour préparer une autre campagne, qui, malheureusement, n’eut pas lieu l’année suivante. La politique du gouvernement allait encore révéler la même faiblesse et la même indécision .

Campagne du colonel Archinard contre Ahmadou (1893).

Pendant les opérations du lieutenant-colonel Coin-

Les, le colonel Archinard était parti de Rayes, avait visité Nioro, Gombou et Ségou, puis avait réduit, à l'est de Segou, la province belliqueuse du Minianka.

Ahmadou, qui avait détrôné et tué son frère, sultan du Macina, se préparait à reprendre les hostilités contre nous. Le. colonel Archinard se rendit à Dienné, où il voulait installer un de nos partisans pour tenir en échec Ahmadou, mais les habitants refusèrent d’ouvrir les portes. Il fallut enlever cette localité de vive force, ce qui nous occasionna des pertes importantes. Mais notre colonne ne rencontra plus de résistance sérieuse jusqu’à Ëandiagara, capitale du Macina. Un dernier combat se livra à Ivorikori, et Ahmadou s'enfuit, abandonné de tous. Il était incapable désormais de nous créer des embarras. Le nouveau royaume du Macina devint pays de protectorat, sous la direction d’un résident, et une garnison assura la tranquillité.

Notre domination sur le Macina mettait fin à la résistance des tribus qui nous barraient la route de Tombouctou. Le colonel Archinard se proposait de s'emparer de cette cité fameuse, lorsqu’il fut rappelé en France, le 17 juillet 1893, malgré tous les services qu’il avait rendus et ceux qu’il pouvait rendre encore. Les hommes politiques qui étaient au pouvoir à ce moment, voulaient appliquer une de leurs théories favorites : la suprématie du pouvoir civil, sans tenir compte des circonstances et des intérêts de la France. Le gouvernement imposait à cette colonie, non pacifiée, une administration civile, et M. Albert Grodet était désigné comme gouverneur civil le 22 novembre

Commandement du lieutenant-colonel Bonnier (1893-1894).

Le lieutenant-colonel Bonnier reçut le commandement des troupes et dirigea une expédition contre Samory, dans la direction de Tenetou. 11 le surprit au village de lvoloni et faillit enlever l'almamy, qui n’échappa que grâce à la vitesse de son cheval. « Il aurait fallu à ce moment que le commandant Richard, qui tenait la région du sud, profitant de son désarroi, lui portât le coup de grâce, tandis que la colonne Bonnier le menacerait par le nord... Le commandant Richard reçut l’ordre de ne pas engager de nouvelles opérations. On voulait faire croire en France que le Soudan était une région pacifiée, et que Samory était un fantoche sans importance, alors qu’on se trouvait encore dans une période de conquête, en face d’un ennemi toujours dangereux. Cette politique de trompe-l’œil permit à Samory de se ressaisir et de reprendre confiance en lui-même... -Mettant à profit la sécurité que nous lui laissions, il reconstitua son armée en vue des luttes prochaines. » (A. Mevil.)

Le gouverneur civil, M. Grodet, était parti précipitamment de France pour empêcher toutes les entreprises des officiers contre nos ennemis.

Incident de Warina.

Le 23 décembre 1893, une déplorable méprise amena une rencontre entre les troupes françaises et anglaises. Le lieutenant français Maritz, avec 30 tirailleurs sénégalais et 1.200 indigènes, combattit une

Hist. 3® République.

colonne anglaise à Warina, district de Konno (colonie anglaise, de Sierra-Lconc), croyant avoir affaire aux sofas soulevés. Le lieutenant Maritz, blessé, mourut peu après. Les Anglais avaient perdu le capitaine Lcndy, 2 lieutenants, 1 sergent-major et G soldats; les Français, 10 tirailleurs et de nombreux indigènes. On sut bientôt que les deux troupes avaient été trompées par un chef indigène, qui fut capturé plus tard et exécuté.

Affaires de Tombouctou (1893-1894).

Le lieutenant de vaisseau Boiteux, commandant la flottille du Niger, encouragé par la réussite de la hardie entreprise du lieutenant de vaisseau Caron, en 1886, s’avança à son tour jusqu’à Kabara, port situé à 10 kilomètres de Tombouctou. 11 descendit à terre, le 13 décembre 1893, avec 10 marins, et parvint à mettre en fuite une centaine de cavaliers touareg. Après ce succès, il n’hésita plus à marcher sur Tombouctou, qu'il occupa, sans rencontrer de résistance, deux jours après.

L’enseigne de vaisseau Aube, Lis de l’ancien ministre de la marine, laissé à Kabara pour garder les bateaux, vit s’avancer, le 28 décembre, une forte colonne de Touareg. Il crut pouvoir l’altaquer à terre, débarqua avec le second maître Le Dantec et 18 marins indigènes, mais la lutte était trop inégale, et tous furent tués. Le lieutenant de vaisseau Boiteux accourut de Tombouctou, dispersa les Touareg et parvint, grâce à ses canons-revolvers, à repousser les nouvelles attaques dirigées contre Kabara et Tombouctou.

Le lieutenant-colonel Bonnier, qui se trouvait à Mopti, se hâta de se porter au secours de la flottille et arriva le 10 janvier 1894 à Tombouctou, dont l'occupation, d’ailleurs, était depuis longtemps décidée avec raison par tous les chefs militaires qui avaient servi au Soudan. C’était une nécessité, car nous ne parviendrions jamais sans cela à établir le transsaharien projeté. Il fallait posséder au nord In-Salah et au sud Tombouctou pour maîtriser les Touareg, car nous tenions ainsi les roules des caravanes et pouvions affamer ces indomptables adversaires. Nos officiers avaient l'ambition de compléter leur magnifique conquête d’un empire africain, de parachever l’organisation qui permettrait une exploitation commerciale devant accroître l’influence, le renom et la richesse de la France. L'arrivée clu premier gouverneur civil, dépêché par le ministère du moment, risquait d’amener l’échec de ce beau plan, car il n’en permettrait jamais la réalisation, ayant pour mission d’éviter toutes les affaires qui pouvaient provoquer au Parlement des attaques contre le cabinet. Il est à présumer que ce motif décida les officiers qui étaient au Soudan à se hâter de s’emparer de Tombouctou, pour que tout fût terminé avant l’arrivée de M. Grodet.

Massacre de la colonne Bonnier (15 janvier 1894).

Le lieutenant-colonel Bonnier voulut reconnaître un rassemblement de Touareg qui lui avait été signalé, et partit, le 12 janvier au matin, emmenant le commandant Hugueny, tout l’état-major et une fraction de la colonne (une compagnie et demie). Cette reconnaissance se gardait mal et fut surprise trois jours après,

HISTOIRE DE l.A TROISIÈME RÉPUBLIQUE

clans la nuit, vers 4 heures du malin, au bivouac de Dongoï (à deux heures de marche au nord de Goundam).

Les Touareg montés cl suivis de fantassins armés de lances et de couteaux, entourèrent le bivouac et culbutèrent les faisceaux en empêchant les tirailleurs de prendre leurs fusils. Le lieutenant-colonel Bonnier et 8 autres officiers, 3 sergents, 1 interprète et 61 tirailleurs indigènes furent massacrés (1). Le capitaine Nigotte, blessé, put rejoindre un peloton laissé en arrière avec le sous-lieutenant Sarda pour garder des troupeaux de prise, et revint à Tombouctou le 17.

D'après une autre version, qui semble plus véridique, le gouverneur civil, M. Grodet, prit ses fonctions le 27 décembre et envoya, le 28 ou le 29, au lieutenant-colonel Bonnier, par le commandant Hugueny, l’ordre impératif de revenir immédiatement. Le lieutenant-colonel, qui était près de Tombouctou, occupa néanmoins la ville, y laissa un détachement sous les ordres du capitaine Philippe, et c’est au retour, pour obéir à l’ordre reçu, qu’il fut massacré avec son état-major et son escorte.

Renforts. — Occupation de Tombouctou.

Le capitaine Philippe, avec sa petite garnison, avec

(1) Bonnier (Eugène) était né à Rochefort en 1856 et était sorti de l'Ecole polytechnique pour servir dans l'artillerie coloniale. Presque foule sa carrière militaire se passa au Sénégal et au Soudan. En 1881, il exécuta la triangulation de la contrée entre Kayes et Bammako, alla quelque temps eu Tonkin, puis revint au Soudan. 11 avait été nommé chef d’escadron en 1890, lieutenant-colonel en 1893 et commandant des troupes au départ du colonel Archinard.

l’artillerie et le secours de la flottille, sous les ordres du lieutenant de vaisseau Boiteux, put se maintenir à Tombouctou la mystérieuse, dont la prise avait causé une grande sensation dans toutes les tribus africaines. Une colonne de renfort, sous les ordres du commandant Joffre, se porta rapidement à l’aide du capitaine Philippe et arriva le 12 février (1). De nouveaux combats se livrèrent aux environs de cette ville contre les Touareg, entre le lac de Goro, près de Diré, et le lac Fati, les 23 et 25 mars. L’ennemi fut battu et dispersé.

Liaison de nos possessions. — Missions Binger, Monteil et Marchand.

Après nos conquêtes au Sénégal et au Soudan, il fallait, pour asseoir solidement notre domination, occuper les territoires de la boucle du Niger, s’efforcer d’atteindre jusqu’au lac Tchad, et de relier entre elles toutes nos possessions. Ce fut le but de nombreuses missions confiées, de 1887 à 1900, à d’intrépides officiers et explorateurs, qui eurent à surmonter les pires difficultés et qui montrèrent une énergie surhumaine. Citons, parmi ces hardis pionniers, Binger, Monteil, Toutée, Mizon, Marchand, Foureau, Lamy (2). Grâce à leurs admirables efforts, les pays

(1) Le commandant Joffre a été nommé général de division en 1905, membre du conseil supérieur de la guerre en 1910 et chef d’état-major général en 1911.

(2) Foureau, né à Saint-Barbant (Haute-Vienne) en 1850. Explora le Sahara dès 1878. Continuant les travaux de Henri Duveyrier, il reconnut la contrée entre le Sud nigérien et

compris au nord de la boucle du Niger, la vallée du fleuve, de Tombouctou au golfe de Guinée et toute la région qui s’étend du Niger au lac Tchad, furent explorés et soumis à la domination française. Et nos colonies furent peu à peu reliées entre elles.

Le capitaine Binger, officier d’ordonnance du général Faidherbe, reçut, en 1886, la mission de reconnaître la boucle du Niger et d’aller du Sénégal au golfe de Guinée, pour assurer la jonction du Soudan et de la Côte d’ivoire. Ce hardi explorateur arriva le 28 février 1887 à Dakar, atteignit Bammako le 21 juin, en partit le 1er juillet, visita Ouolosébougou, ne se laissa pas arrêter par l’hostilité des gens de Samory, vit à Tenetou le pèlerin Mahmadou-Lamine, traversa le Baniling et s’arrêta au camp de Samory, qui assiégeait Natinian, ville du roi Tiéba. Il séjourna à Bénokhobougoula et, malgré la défense de Samory, s’enfonça plus avant, franchit le Baniling, passa à Niélé, Léra et atteignit Kong, qu’il quitta le 13 mars 1888. Il explora le Mossi, plus au nord, traversa le Gou-

d'Ouargla au lac Tchad par Zindcr, soutenu par un détachement qui était sous les ordres du commandant Lamy. Foureau a publié une belle carte du Sahara septentrional (1888) et des relations intéressantes de ses voyages.

Le commandant Lamy, né en 1858, sortait de Saint-Cyr. Lieutenant en 1884, capitaine en 1889, il commanda à El- Goléah le premier détachement de méharistes sahariens. Nommé chef de bataillon, il partit, avec la mission Foureau, qui se joignit à la mission Gentil et à celle commandée par Voulet et Chanoine (21 avril 1900). Le commandant Lamy prit le commandement des trois détachements et poursuivit le sultan Rabah, qui avait massacré la mission de Bôhagle et qui était maître du Sahara central. Lamy le battit à Koussouri, au sud du Tchad, mais fut tué peu après dans un retour offensif de l’ennemi.

Ces événements seront racontés plus en détail dans un volume suivant.

rounsi, visita Ivaraga, Salaga, Kounchi, Bondoukou et revint à Kong au mois de janvier 1889. 11 y trouva M. Treich-Laplène, venu à sa rencontre avec un convoi. Le capitaine Binger gagna à Attakrou, le 28 lévrier, les rives du Comoé et rentra à Grand-Bassani le 20 mars. Il avait obtenu des traités de protectorat des chefs indigènes des contrées situées entre les Etats de Samory et le golfe de Guinée. En 1891-1892, il retourna à Kong. Il fut, en 1893, le premier gouverneur de la Côte d’ivoire.

Une autre mission, qui eut les plus heureux résultats, fut celle du capitaine Monleil (1). La convention franco-anglaise, du 5 août 1890, nous avait reconu la zone au nord du parallèle Say-Barroua. Cet officier partit de Segou-Sikoro, au mois de décembre 1890, sans escorte militaire, et, après une reconnaissance dans les Etats de Tieba, passa à Wagliadonghou, capitale du Mossi (5 mai), se dirigea vers Say, sur le Niger, par la route de Gourma. Il traversa le Sokoto, visita Kano, Kouka, capitale du Bornou (15 août 1892), Barroua, Mourzouk et arriva, au mois de décembre 1892, à Tripoli avec l'adjudant Badaire, son compagnon. Il avait conclu sur son passage des conventions avantageuses. Le capitaine Binger avait obtenu la jonction de nos établissements du Soudan

(1) Monieil (Louis), né à Paris en 1855. Elève de Saint-Cyr, il partit au Sénégal à sa sortie de 1 Ecole, et devint, en 1882, chef du bureau politique de la colonie. La Société de géographie lui a décerné une grande médaille d'or pour sa belle exploration dont il a publié la relation : De Sainl-Louis à Tripoli par le lac Tchad (1895). Il a quitté l’armée après avoir commandé la colonne de Kong et s’est occupé de colonisation en Tunisie. 11 s’est mêlé aux luttes politiques.

au golfe de Guinée; le capitaine Monteil les relia au Tchad et à la Méditerranée.

En 1891, le capitaine Ménard remplit une mission dans le pays de Kong et fut tué à l'attaque de Séguela, village de Samory, en 1892.

Du 4 avril au 10 mai 1891, le lieutenant Paul Ouiquerez et le sous-lieutenant de Segonzac exécutèrent une exploration de 300 kilomètres de côtes, de Grand- Lahou jusqu'à la frontière de Libéria, en passant par Drewin et Cavally. Ouiquerez mourut brusquementle 22 mai. Des accusations ayant été portées contre son compagnon de route, le conseil de guerre de Saint- Louis (Sénégal), après une longue enquête, prononça l’acquittement de M. de Segonzac (17 octobre 1893). Il fut établi que les accusations avaient été lancées par l'Anglais Williamson, trafiquant de la Côte de Guinée, qui était hostile aux explorateurs français.

Après les capitaines Binger et Monteil, le capitaine Marchand continua la grande tâche entreprise en reprenant, en sens inverse, l’itinéraire du premier, en partant de Grand-Bassam et en sc dirigeant vers Segou. Mais il rencontra des résistances qu’il dut vaincre. Après avoir remonté le fleuve Bandama, il enleva Thiassalé (mai 1893), parvint à Kong et Tingrela, où il se heurta aux sofas de Samory. Il dut se replier et revint, par le Cavally, Grand-Lahou, à Grand-Bassam (25 septembre 1894). 11 annonça l’offensive de Samory, ce qui amena l’organisation de la colonne Monteil, dont nous parlerons plus loin.

La Côte d’ivoire.

L’établissement de la France sur la Côte d’ivoire

date de 1842. A cette époque, le gouverneur du Sénégal acquit des chefs du pays les territoires de Grand- Bassam, Assinie, Laliou, etc., qui furent occupés l’année suivante. En 1872, des nécessités budgétaires nous firent abandonner nos comptoirs, ce qui encouragea les Anglais à tenter de nous supplanter. Mais des garnisons furent envoyées à partir de 1883 et, au mois d’août 1889, tous nos anciens établissements d’ Assinie à Grand-Lahou étaient réoccupés. La mission du capitaine Binger démontra l'importance, trop longtemps méconnue, de cette colonie.

La convention franco-anglaise, du 12 juillet 1893, établit, à l’ouest, la délimitation entre la Côte d’ivoire et la Côte de l’Or; celle du G décembre 1892 avec la République de Libéria fixa, à l’est et au nord, la frontière commune.

Le décret du 10 mars 1893 divisa les possessions françaises de la Côte de Guinée en trois groupes : 1° Guinée française (F outa-D falon et territoires voisins); 2° Côte de l'Ivoire, avec le pays de Kong et la boucle du Niger, à l'exception des Etats de Tieba et de Samory, attribués au Soudan français; 3° le Bénin (aujourd’hui Dahomey et dépendances). AI. Ballay était gouverneur de la Guinée française, AL Binger de la Côte d’ivoire, M. Ballot du Bénin. AL Binger donna sa démission en 1890 pour raison de santé.

Nouvelle campagne contre Samory. — Colonne Monteil (1894-1895).

Le capitaine Marchand, pendant qu'il était en mission dans l’hinterland de notre colonie de la Côte d’ivoire, apprit que Samory menaçait Kong (à 400 ki-

lomètres au nord de l’ embouchure de la rivière Bandama, au-dessous du 9°). 11 s’y rendit et, arrivé le 30 avril 1894, mit celte place en état de défense, puis alla exposer au gouverneur, à Grand-Bassam, combien la situation était inquiétante.

Samory avait ravagé tout l’arrière-pays de la Côte d’ivoire et s’empara bientôt de Kong, où il exerça sa férocité coutumière. Toute Ta contrée comprise entre le Haut Bendama et la Haute. Comoé était dévastée. Les populations étaient massacrées, en fuite ou emmenées en esclavage. Il fallut se décider à diriger une nouvelle colonne contre l’almamy. Elle fut placée sous le commandement du lieutenant-colonel Monteil, qui reçut l'ordre de faire encore, avant d’agir, des projiositions de paix à Samory, mais il l'essaya sans succès.

La colonne était concentrée, le 12 décembre 1894, à Tiassalé, sur la Bandama et à 100 kilomètres environ de l’embouchure. Elle comprenait 5 compagnies de tirailleurs sénégalais, 2 compagnies de tirailleurs haoussas, une section d’artillerie (8 canons) et un peloton de spahis, au total, 1.200 combattants. Des officiers expérimentés commandaient ces troupes : les commandants Caudrelier (plus tard général) et Pineau, les capitaines Marchand, Plé et Germain, les lieutenants Baratier et Braulot, etc. La colonne eut d’abord à réprimer l’insurrection du Baoulé, qui lui coûta 23 tués et 65 blessés (décembre 1894).

Une colonne volante de 3 compagnies de Sénégalais, avec une section d’artillerie, marcha sur Kong. Avec le reste des forces, le commandant Caudrelier assura les communications. La colonne volante arriva à 80 kilomètres au nord de Tiassalé, dans les

premiers jours de février 1895; le 28, elle entrait à Satama; elle comptait 345 combattants. Le 3 mars, elle prenait contact avec l'ennemi quelle poursuivait sans relâche. Le 7, elle lui enlevait le village de Sokola-Dioulassou.

Des pourparlers s’engagèrent, du 12 au 13 mars, pour un armistice, et ne purent aboutir.

Le 14, la colonne essaya d’enlever Samory et sa smala, vers Dabakala. Elle fut presque entourée par les sofas qui livrèrent des assauts furieux près du village de Sakala. Le lieutenant-colonel Monteil reçut une grave blessure à la jambe. On parvint à repousser l’ennemi et à enlever Dabakala le lendemain, mais Samory s’enfuit et sauva sa smala. Les grosses pertes subies par la colonne l'obligèrent à rétrograder sur Satama, poursuivie par les sofas.

Arrivé dans cette localité, le 17 mars, le lieutenantcolonel Monteil trouva une dépêche du ministère des colonies, qui le relevait de son commandement. La colonne de la Côte d’ivoire ne devait plus comprendre que 2 compagnies sous les ordres du commandant Caudrelier.

Le lieutenant-colonel Monteil ramena à la côte ses troupes exténuées et décimées. Beaucoup d’officiers avaient succombé dans cette expédition pénible et glorieuse. « Si Kong, l’objectif des opérations entreprises, n’avait point été atteint par la colonne Monteil, il ne l’avait point été davantage par les troupes du Soudan, où l’on crut devoir rester l’arme au pied, sans tenter la moindre diversion. Une colonne concentrée à Bougouni par les soins du commandant Dargelos et destinée à marcher concurremment avec l’expédition Monteil contre Samory, fut disloquée sur

l'ordre du gouverneur du Soudan, M. Grodet. Le plan de campagne qui avait été arrêté à Paris et qui consistait à prendre Samory entre deux feux, ne fut donc pas exécuté. » ( Samory , par André Mévil.)

Une discussion violente eut lieu à la Chambre, le 27 juin 1895, à propos de ces événements, entre M. Chautemps, ministre des colonies, et son prédécesseur, M. Dclcassé. Ce dernier reprocha au ministre d’avoir rappelé la colonne Monteil, tandis qu’il aurait ‘dû la renforcer (1).

Gouvernement général de l’Afrique Occidentale (1895).

Pour assurer la suprématie civile et mieux enrayer les entreprises — jugées à Paris trop hardies — de nos officiers, un décret, du 16 juin 1895. institua un Gouvernement général de l'Afrique occidentale fran- ■çaise, comprenant : 1° le Sénégal; 2° le Soudan français; 3° la Guinée française; 4° la Côte d’ivoire. Le gouverneur général eut sa résidence à Saint-Louis, et fut chargé d’administrer directement le Sénégal et de contrôler l'administration des trois autres colonies. On confia ces hautes fonctions à M. Chautemps. Le

(1) Pour les details de celte campagne, lire La colonne de Kong j par le lieutenant-colonel Monteil (Charles-Lavauzelle, ■éditeur). « Depuis notre départ de Kodiokofi, nous avions parcouru plus de 450 kilomètres, et nous nous étions battus sans arrêt pendant vingt-six jours... Jamais une expédition ne fut aussi meurtrière. Celle du Dahomey a eu comme proportion de tués 0,7 pour 100, de blessés 6,4 pour 100. La colonne de Kong, du 22 février au 29 mars, a eu 5,3 pour 100 de tués et 21 pour 100 de blessés, c’est-à-dire 8 fois plus de tués et 3 fois et demie plus de blessés, dont le colonel. » (. A la poursuite de Samory , par le colonel Baratier.)

colonel Boilèvc commanda les troupes sous sa direction

Nouvelles missions.

Des Allemands et des Anglais cherchaient toujours à nous supplanter dans les territoires de la boucle du Niger et dans les contrées non soumises, mais déjà parcourues par nos explorateurs. Des missions, avec de fortes escortes bien armées, s’avancèrent du Dahomey et du Niger pour maintenir nos droits.

Le commandant Decœur, partant de Carnotville (Dahomey), passa par Nikki, Say et explora le moyen Niger, de Say à Boussa (1891).

Le capitaine Toutée, venant du Dahomey, au mois de décembre 1894, se rendit sur le Niger, à Badjibo, compléta la reconnaissance du commandant Decœur et redescendit le Niger jusqu’au golfe de Guinée.

En janvier 1896, le lieutenant de vaisseau Hourst, de Kabara, descendit en bateau le Niger jusqu’à Say, puis atteignit la côte par Boussa.

La mission Youlet-Chanoine quitta Bandiagara, au mois de juillet 1896, parcourut les contrées de la boucle du Niger, enleva d’assaut Ouaghadougou, capitale du Mossi (1er septembre), et imposa notre protectorat dans le Gourma. Elle se joignit dans le Gourounsi, le 17 février 1897, à la mission des capitaines Baud et Ycrmceseh, venue du Dahomey par l’hinterland du Togoland allemand et de la Côte de l’Or anglaise.

En 1897, le commandant Caudrelier occupa les territoires de la Haute Yolta-Noire, reconnus par ces deux précédentes missions et en chassa un fils de

Samory, qui avait remporté un succès contre les Anglais, au mois clc mars 1897, à Bouna.

Des traités nous reconnurent bientôt ces contrées obtenues grâce à l’énergie de nos officiers : convention franco-allemande, du 23 juillet 1897, fixant les frontières du Togoland et de nos colonies du Dahomey et du Soudan; convention franco-anglaise, du 14 juin 1898, déterminant mieux et plus à notre avantage la démarcation des possessions anglaises et françaises dans le Soudan occidental et le Soudan central. Mais nous dûmes abandonner llo, Badjibo et Boussa, en échange de quoi l’Angleterre nous laissait à bail, pour notre commerce, une enclave sur le moyen Niger, en aval des chutes de Boussa, et une autre aux embouchures du fleuve. Cette convention fut complétée, après Fachoda, par la déclaration additionnelle du 21 mars 1899.

Pourparlers avec Samory. — Prise de Sikasso (lor mai 1898).

Au mois d’avril 1896, Samory nous dépêcha, pour proposer la paix, trois émissaires qu’il désavoua ensuite. Le gouverneur général de l’Afrique occidentale s’empressa d’envoyer une mission, sous les ordres du capitaine Braulot, pour connaître exactement les intentions de l’almamy, mais celui-ci refusa de la recevoir. Il tenta de s’allier avec les Anglais, qui ne donnèrent pas suite à ces offres', ayant eu, au mois de mars 1897, un détachement massacré à Bouna par Sarantiény Mory-, un des fils de Samory.

Bouna, important centre indigène, situé un peu au sud du 9°, étant convoité par les Anglais, le capitaine Braulot fut chargé de l’occuper. Cette mission fut

surprise et massacrée par les sofas de Samory, commandés par Sarantiény Mory (août 1897).

Une autre mission était partie de Grand-Bassam au mois de juin, pour avoir une entrevue avec Samory. Elle fut bien reçue à Dabakala le 2 octobre, mais ne put obtenir que de vagues protestations pacifiques. Elle rentra le 17 novembre. (Mission dirigée par M. Bonhoure, puis par MM. Nebout et Le Filliatre, après le départ de M. Bonhoure, rappelé.)

Le gouvernement comprit enfin qu’il n’obtiendrait rien de cet adversaire irréductible, ce que les officiers africains n’avaient cessé d’affirmer. Une nouvelle campagne s’imposait, et il fallait s’emparer d’abord de Kong et de Sikasso. Au mois de janvier 1898, les lieutenants Demars et Méchet, qui opéraient dans la région de la Volta, enlevèrent Kong par surprise. Samory envoya plus de 2.000 sofas qui essayèrent vainement de reprendre cette localité à l’héroïque petite garnison. Le commandant Caudrelier, averti du danger qu’elle courait, partit précipitamment, le 24 février, de notre poste de Khemhokodianirikoro, sur la Comoé. La colonne qu’il commandait repoussa plusieurs attaques, délivra le détachement des lieutenants Demars et Méchet, le 27, et poursuivit les sofas de Samory qu’elle mit en déroute.

Une mission, commandée par le capitaine Morisson, fut envoyée à Babemba, successeur de Tieba, et allié douteux, pour obtenir qu’il acceptât une garnison à Sikasso, sa résidence, et payât un impôt. Il refusa et ordonna à l’officier de repartir aussitôt. L’éscorte, au retour, attaquée traîtreusement par des sofas, perdit tous scs bagages et n’échappa au massacre que par une marche forcée.

Le lieutenant-colonel Audéoud, lieutenant-gouver- neur du Soudan, organisa une colonne pour marcher sur Sikasso (1). Elle se trouva concentrée, le 16 mars, à Kati, .près du Niger; elle comptait 36 officiers, 1.200 tirailleurs et 8ü spahis, 2 pièces de 93, 2 pièces de 80 de campagne et 4 pièces de 80 de montagne. Au commencement d’avril, elle se mit en route, s’empara de Kinian et arriva devant Sikasso le 15 avril. La ville avait un mur extérieur de 9 à 10 kilomètres de tour, haut de 5 mètres, large de 7 mètres à la base. Un deuxième mur intérieur entourait le quartier du centre.

L’ennemi livra une vingtaine de combats acharnés, du 15 au 30, qui nous coûtèrent 18 tués, dont le lieutenant Gallet, et 58 blessés, dont 2 officiers. Sikasso était défendu par 2.000 cavaliers et 10.000 fantassins.

Le 1er mai, après des travaux d’approche, trois colonnes d’assaut s’élancèrent au point du jour. L’ennemi attaquait notre bivouac au même moment, mais fut repoussé. Un combat violent se livra pendant plusieurs heures dans Sikasso. Le lieutenant Loury fut tué; le capitaine Truptil et le lieutenant Houet furent grièvement blessés. Enfin, à 2 heures et demie, le commandant Pineau, qui avait dirigé les derniers efforts, donna l’assaut au Dionfoutou, résidence fortifiée de Babemba, qui se fit bravement tuer avec ses derniers défenseurs. On trouva à Sikasso plus de mille cadavres. Cette victoire nous coûta environ 41 tués, dont 1 officier, et 102 blessés, dont 2 officiers.

(1) Audéoud, nommé général de brigade le 30 mars 1904, décédé en 1910.

Ce beau fait d’armes u’obtint pas en France le succès qu’il méritait, l’attention publique s’attachant trop à des discordes intérieures, au détriment des événements qui augmentaient le renom de notre pays et servaient ses intérêts. Mais, en Afrique, la prise de Sikasso eut un retentissement considérable et accrut beaucoup notre prestige. Tout le Kénédougou (région située au sud du Niger, à mi-distance environ de Ségou à Kong) soumis au roi Babemba, passait sous notre domination, ce qui rendait plus faciles les opérations décidées contre Samory.

Dernière campagne contre Samory (1898).

Après la prise de Sikasso, le lieutenant-colonel Audéoud chargea le commandant Pineau d’organisc'r et de conduire une nouvelle colonne contre Samory. Elle comprenait 600 tirailleurs, 50 spahis et une batterie de montagne. Du 3 au 20 mai 1898, elle poursuivit les fuyards de Sikasso, tout en s’approvisionnant. Le 20 mai, elle marcha sur Tiémou, parcourant le Follona, le Tiembara et le Nafara, régions dévastées par les sofas de Tieba.

Le 29 mai, la colonne Pineau se heurta aux sofas de Samory dans le Tiembara, entra à Tioroniaradou et arriva, le 2 juin, à Tiémou que l’ennemi venait seulement d’abandonner et avait incendié. Le commandant Pineau fit hâter la marche. Pendant la nuit, deux détachements surprirent au bivouac une partie des sofas, qui s’enfuirent épouvantés.

La colonne Pineau franchit le Bandama et arriva à Kong le 5 juin. Après avoir ravitaillé la petite garnison, débarrassée des ennemis qui l’avaient assié-

Hist. 3* ni'puMique.

gée, elle continua sa marche vers Bobo-Dioulasso, qu’elle atteignit à la fin de juin. Samory s’était enfui par Sakala, vers le Toma.

Le commandant de Lartigue, qui se trouvait au sud de Kong, à Tombougou, avait fait surveiller la marche de Samory avec lequel il entra encore en pourparlers. Mais ce dernier refusa de se soumettre. Deux colonnes légères furent lancées à sa poursuite dans des directions opposées pour l’empêcher de passer le Cavally, lui couper la retraite sur Libéria et le rejeter dans le Sud.

Le 9 septembre, le lieutenant Wœlfell surprit le campement de Samory à Tiaféso, à 15 kilomètres au sud de Guéniaféso. Avec 170 tirailleurs, il attaqua intrépidement l’ennemi, qui capitula; il fit prisonniers 20.000 hommes, femmes et enfants, dont 1.800 sofas. Il s'empara en même temps de 500 fusils à tir rapide, 7.000 fusils à pierre, de tonnelets de poudre et de caisses de munitions d’artillerie. Le lendemain, 5.000 fugitifs vinrent encore se rendre. La deuxième colonne légère, sous les ordres du capitaine Gaden, rejoignit la colonne Wœlfell après le combat de Tiaféso.

Au commencement de septembre, le commandant de Lartigue partit de Beyla avec un nouveau détachement de 200 hommes environ, arriva le 17 à Fanha, le 20 à N’zo, où il rejoignit le lieutenant Wœlfell et le capitaine Gaden.

Les bandes de Samory, en déroute, jonchaient les chemins de fugitifs qui mouraient de faim. De nombreux cadavres empuantissaient l’air.

Le commandant de Lartigue lança une reconnaissance de 220 hommes, commandée par le capitaine

Gouraud, à la poursuite de Samory qui cherchait à passer le Cavally. Le 26 septembre, cette colonne arriva à Deniféso, après avoir franchi le Diougou. Le 27, elle passa le M’Lé, gros affluent du Bafîng. Le 29, elle aperçut le camp de Samory.

Le capitaine Gouraud avait formé, pour le cerner, trois groupes d'attaque qui marchèrent sans bruit et surprirent l’almamy. Il tenta de fuir, mais le sergent Bratières le rattrapa. Tous les sofas se rendirent. Sarantiéni Mory et Moctar, fils de Samory, qui se trouvaient à 12 kilomètres plus loin, vinrent faire leur soumission. On prit 600 fusils à tir rapide, 1.000 fusils à pierre, 1 canon, des cartouches, des barils de poudre, 60 chevaux et mulets, 250 bœufs ou vaches, enfin le trésor, d’une valeur de 250.000 francs environ. Toutes les armes et munitions furent détruites.

Le 17 octobre', la colonne victorieuse fit une rentrée solennelle à Beyla. Le 26, Samory et ses fils, avec quinze femmes, furent envoyés à Kayes. Le gouvernement l’exila au Congo français, et il partit le 22 décembre 1898, accompagné seulement de Sarantiéni Mory et d’un conseiller. Ses autres fils, ses femmes et son entourage l’abandonnèrent.

Au Congo, il fut interné à N’Djolé, dans une île de l’Ogôoué, où il mourut peu de temps après. Il recevait une rente de 6.000 francs.

Organisation de l’Afrique Occidentale française.

Le décret du 17 octobre 1899 a définitivement organisé la Côte d'ivoire et y a rattaché les cercles de Bouna, de Kong et de Touba.

Le gouvernement général de l’Afrique occidentale française, dont dépendit la Côte d’ivoire, avait été organisé, comme nous l’avons dit précédemment, par le décret du 16 juin 1895. Ce décret fut modifié par les décrets du 25 septembre 1896, 17 octobre 1899 et 18 octobre 1904. Le décret du 11 octobre 1899 a rattaché le Dahomey et ses dépendances à l’Afrique occidentale, qui a ainsi englobé presque toutes nos colonies de l’Afrique du Nord-Ouest.

Ce gouvernement comprend maintenant :

1° La colonie du Sénégal, chef-lieu Saint-Louis;

2° La colonie de la Guinée française (avec le Fouta- Djallon), chef-lieu Konakry;

3° La colonie de la Côte d’ivoire, chef-lieu Bingerville;

4° La colonie du Dahomey, chef-lieu Porto-Novo;

5° La colonie du Haut Sénégal et Niger (anciens territoires du Haut Sénégal et du Moyen Niger et 3e territoire militaire), chef-lieu Bammako;

6° Le territoire civil de la Mauritanie, administré par un commissaire du gouvernement général de l’Afrique occidentale française (décret du 18 octobre 1904).

Dakar est devenu le chef-lieu de l’Afrique occidentale française et le siège du gouvernement général depuis un décret de 1902.

En 1900, on avait retranché du Soudan français une bonne partie de son territoire au bénéfice des -colonies limitrophes du Sénégal, de la Guinée, de la Côte d’ivoire et du Dahomey, et on l’avait réorganisé sous le nom de colonie du Haut Sénégal et Niger.

Le décret du 15 octobre 1904 a rattaché à V Afrique

occidentale le territoire civil de la Mauritanie auquel on a joint plus tard les régions militairement occupées de l’Adrar.

Deux arrêtés du gouverneur général de l 'Afrique occidentale ont rattaché, depuis le 1er janvier 1911, la région de Tombouctou et le cercle de Gao à la colonie du Haut Sénégal et Niger.

Le décret du 7 septembre 1911 a prescrit que, à partir du 1er janvier 1912, le territoire militaire du Niger cessait de faire partie de la colonie du Haut Sénégal et Niger, et formait une subdivision administrative placée sous les ordres d’un officier supérieur commandant du territoire et dépendant directement du gouvernement général de l 'Afrique occidentale.

L’Afrique occidentale française comprend près du sixième de la superficie totale du continent africain.

Les troupes de l’Afrique. — Les troupes noires.

Un important avantage de notre conquête africaine a été de pouvoir recruter des troupes excellentes, dévouées, disciplinées, intrépides et peu coûteuses. Pour la première fois, en 1851, on constitua une compagnie de tirailleurs sénégalais, et, en présence des bons résultats, on en levait une deuxième le 3 décembre 1853. Quatre ans après, le lieutenantcolonel Faidherbe, gouverneur, fit rendre un décret organisant un bataillon (21 juillet 1857). Un premier régiment fut créé en 1883 et dédoublé en 1881 pour en constituer un second, dénommé soudanais. L’expédition de Madagascar provoqua la création d’un troisième régiment en 1895. La loi d’organisation des troupes coloniales du 17 juillet 1900 a créé un qua-

Irième régiment. En outre, il existe six bataillons formant corps.

Ce sont ces admirables troupes qui nous ont aidés à conquérir en Afrique un empire plus grand que l'Europe et plus peuplé que la France, défendu seulement par elles, car nous n’y avons qu’un bataillon d’infanterie coloniale à trois compagnies. Ces troupes noires ne sont pas recrutées exclusivement au Sénégal, mais dans toutes les régions africaines et comprennent toutes les races.

Les troupes de l’Afrique occidentale sont, en principe, composées ainsi qu’il suit : le groupe de la défense de Dakar, constitué par un bataillon d'infanterie coloniale, dont une grande partie tient garnison à Saint-Louis; le 4e régiment de tirailleurs sénégalais; le 6e régiment d’artillerie coloniale, composé mi-parti de blancs et de noirs; une compagnie indigène d’ouvriers d’artillerie et une section indigène' du génie. L’ensemble des colonies du Sénégal et du Haut-Sénégal-Niger comprend : trois régiments de tirailleurs sénégalais, un groupe de trois batteries de montagne du 6e régiment cl’artillerie coloniale, un détachement d’ouvriers d’artillerie et l’escadron de spahis sénégalais qui est en garnison à Saint-Louis. Il y a, enfin, les bataillons de tirailleurs, formant corps, qui sont stationnés en Guinée, à la Côte d’ivoire et dans les territoires militaires de Tombouctou et de Zincler. Cette organisation de principe est fréquemment modifiée par suite des nécessités politiques et locales.

En 1907 et 1908, il a été créé deux bataillons nouveaux au Congo et deux bataillons ont été envoyés au Maroc. La loi de finances de 1910 a préparé le recrutement de 20.000 tirailleurs sénégalais stationnés moi-

lié en Afrique occidentale, moitié en Algérie et Tunisie. Un premier bataillon a été envoyé en Algérie en 1910, où il tient garnison, et il sera sans doute rejoint, en 1912 ou 1913, par deux nouveaux bataillons pour former un régiment. Cette organisation n’a été différée cju’en raison de l’opposition faite par des généraux commandant les troupes d’Algérie.

D’après le colonel Mangin, promoteur de l'utilisation des troupes noires en Algérie cl au Maroc, il est possible, en étendant le recrutement aux 11 millions d’habitants de l’Afrique occidentale française, de trouver annuellement 40.000 engagés volontaires pour quatre ans. 11 n’est pas tenu compte, dans ces chiffres, de la Mauritanie, des régions à nomades, des contrées mal soumises (Lobi du Uaut-Sénégal-Niger, Somba du Dahomey, Sassandra et Cavally à la Côte d'ivoire), ni de la Casamance, sur laquelle on n’est pas encore fixé. Ces ressources énormes ne sont pas encore toutes utilisées. Il faut espérer qu’elles le seront bientôt. Il suffit du cinquième des 40.000 volontaires pour exécuter le plan adopté par le Parlement : formation de 20.000 hommes en quatre ans et entretien des 20.000 tirailleurs qui existent en Afrique occidentale.

Le 3e régiment sénégalais a contribué à la conquête de Madagascar et y tient garnison. Des bataillons sénégalais ont brillamment combattu au Maroc.

Ils ont eu 10 tués et 74 blessés sur 000 combattants au combat du Tadla, avant lequel ils avaient accompli un raid de 1 19 kilomètres, du 10 juin, à 2 heures du soir, au 18, à 8 h. 30 du matin.

Le colonel Mangin, qui a fait partie de la mission Marchand et qui s’est fait Tardent avocat des troupes noires, a éloquemment rappelé leurs hauts faits :

De décembre 1800 à mai 1891, dit-il, en cinq mois de campagne, le lieutenant-colonel Archinard conquit le Nioio au nord du Sénégal, pacifia le Baniuko au sud du Niger, prit Bissandougou et occupa Kankan. Sa colonne avait parcouru 2.000 kilomètres.

L’escorte de la mission Congo-Nil, sous les ordres du commandant Marchand, fut recrutée au cœur du Soudan en avril 1S96 : débarquée à Loango en juillet, elle arriva à Djibouti en mai 1899 et fut de, retour au Soudan en août. La plupart des détachements avaient fait 0.000 kilomètres à pied; quelques-uns bien davantage. Cette compagnie construisit sur sa route onze postes, où elle laissa des jardins pour les Européens et des plantations pour les indigènes; elle creusa sur la Soué vingt-cinq pirogues. Après avoir marché alternativement dans la forêt vierge et dans les marécages, il fallut se faire maçons, charpentiers, forgerons, terrassiers, bûcherons, matelots, canonniers; il fallut se passer de viande pendant de longs mois, vivre avec une ration indigène, très souvent insuffisante. Malgré ces fatigues, ces privations et ces travaux, la compagnie ne perdit par la maladie que six hommes, pendant la traversée de l’Afrique, ce qui correspond à 1.3 p. 100, par an, pourcentage égal à la mortalité moyenne en garnison.

Le dévouement des Sénégalais à leurs chefs est devenu légendaire. On sent que ces braves gens se donnent tout entiers au chef qui les commande. C’est au milieu des fatigues d'une campagne et surtout au combat que leur dévouement se révèle.

M. le colonel Baralier, dans son ouvrage A travers l'Afrique, a aussi rendu hommage à l'intrépidité et au dévouement des Sénégalais.

Occupation d’Oulata (27 janvier 1912).

Le colonel Roulet, commandant le cercle de Tombouctou, partit de Tombouctou, le 20 décembre 1911, avec une colonne, et franchit en un mois les 700 kilomètres qui séparent cette dernière ville d'Oulata, après s’être ménagé des intelligences dans les tribus, même les plus hostiles. Il entra à Oulata, sans coup

férir, le 27 janvier 1912 (1). Cette localité, autrefois la grande cité musulmane, avait été détrônée par Tombouctou, et elle était devenue le centre d'opération des Maures, nomades et pillards. A part Laing, qui y avait pénétré en 182G, elle était restée jusqu’à présent ignorée des Européens. Cette occupation aura, pour la pacification, les plus heureux résultats.

Conquête de la Mauritanie (1909-1912).

Au nord du Sénégal, sur la rive droite du fleuve, se trouvait une région non encore pénétrée, la Mauritanie, habitée par des populations belliqueuses, dont les chefs recevaient des secours du Maroc et dont les harkas prirent part aux opérations contre nos colonnes autour de Casablanca.

En 1909, le colonel Gouraud entreprit une vigoureuse campagne pour soumettre cette contrée et pour en assurer l'occupation par l'installation de postes échelonnés. Il se livra des combats sanglants jusqu’en 1911, mais, depuis 1912, nos troupes ont obtenu la soumission des tribus.

La France a clos la période héroïque de la conquête du Soudan. L'Afrique occidentale française est maintenant pacifiée et, s’il y a encore des rébellions dans quelques parties, elles sont facilement réduites et n’inspirent plus d’inquiétudes.

(1) Le colonel Roulet, après deux ans d’efforts, était parvenu, en 1900, avec une seule compagnie de tirailleurs, à •occuper effectivement le Bahr-el-Ghazal, en se rendant de Banghi sur 1 Oubanglii, à Gaba-Schambi sur les- rives du Nil.

Chemins de fer de l’Afrique occidentale.

« Vers 1880. l'Algérie, l’Egypte et le Cap étaient encore les seuls pays du continent noir qui connussent la locomotive. Ainsi, le chemin de fer du Sénégal au Niger, commencé en 1881, fut le premier chemin de fer colonial entrepris par une nation européenne dans l’Afrique tropicale... Une entreprise privée commença les travaux, gaspilla les premiers crédits du Parlement et finit dans le scandale. On décida de militariser le travail. Ce terrible touche-à-tout qu’est l’artillerie coloniale revendiqua la tâche (188S). Nouveau gaspillage d’argent, et encore quatre années perdues. Un vif découragement régnait, quand on s’avisa enfin d’une solution logique (que Faidherbe avait d’ailleurs indiquée dès le début) : faire appel aux officiers du régiment de chemins de fer. D’un tracé comportant 500 kilomètres, 126 seulement avaient été exécutés en treize ans, et d’une façon si défectueuse que tout était à refaire. C’est dans ces circonstances de démoralisation et de désorganisation qu’en 1894 se mit à l’œuvre le commandant Rougier... » Il établit une ligne modèle, solide et pratique, et instruisit lui-même le personnel noir nécessaire pour la construction et l'exploitation. Dès la première année de sa mise en exploitation complète (1907), la ligne rapporta, net, 1.600 francs par kilomètre (Noire beau Niger , par Félix Dubois).

M. Roume, nommé gouverneur général de l’Afrique occidentale en 1902, disait, dans un discours prononcé en 1906 : « L’Afrique occidentale comprend quatre colonies côtières, le Sénégal, la Guinée, la

Côte d’ivoire et le Dahomey, séparées les unes des autres, sur le littoral, par interposition.de colonies étrangères, mais qui ont toutes un hinterland commun constitué par le bassin du Niger, depuis sa source jusqu’à son entrée dans le territoire britannique de la Nigeria. L’objectif qui se présente avec évidence consiste à faire partir, d’un point judicieusement choisi du littoral de chacune des quatre colonies côtières, une ligne de pénétration aboutissant au bassin du Niger. On peut concevoir ensuite que les extrémités de ces quatre lignes seront réunies par une ligne transversale qui sera leur base commune. »

De la côte du Sénégal, on a créé un accès sur le Niger au moyen de la ligne de Kayes au Niger, qui sera reliée bientôt à la côte par la ligne en construction de Thiès à Kayes. De Ivonakry, sur la côte de Guinée, on a fait une ligne vers Kouroussa sur le Niger et vers Kankan. De la Côte d’ivoire et du Dahomey partent, normalement à la côte, des lignes qui sont encore loin de leur terminus, mais qui rendent déjà de grands services. Quant à la ligne transversale, dont parlait M. Roume, les lignes de Thiès à Kayes et de Kayes à Koulikoro en constituent les premiers éléments; elles seront prolongées par Sikasso, Ouagadougou et aboutiront à Niamey sur le Niger. Le transsoudanais aura ainsi une longueur de 2.700 kilomètres. Mais c’est une œuvre de persévérance qui s’accomplira sans trop de retard, il faut l’espérer.

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