‹ Histoire de la Troisième République de 1897 à 1899Chapitre 41 sur 54 · DÉBATS PARLEMENTAIRES · texte numérisé non relu

DÉBATS PARLEMENTAIRES

Dès la rentrée du Parlement, qùi avait eu lieu le 10 janvier 1899, la Chambre avait recommencé à s’occuper de l’affaire Dreyfus, M. Millevoye et plusieurs autres députés ayant interpellé sur les causes de la démission de M: Ouesnay de Beaurepaire. M’. Mille, voye dit qu’il était temps « d’arrêter l’œuvre d’une magistrature politique et de rendre à ce pays des juges ayant l’àme française ».

M. Lasies appela MM. Lœw, Bard et Manau « un trio de coquins ».

Le garde des sceaux et le président du Conseil protestèrent avec indignation contre ce langage. M. Dupuy ajouta que, si la discussion devait continuer de la sorte, le gouvernement sé refuserait à y prendre part.

PRÉSIDENCE DE Jl. FÉLIX F. VU II E (1895-1899) 237

M. Lasies, rappelé à l’ordre avec inscription au procès-verbal, continua ses attacpies sous une forme plus parlementaire. Il dit que la campagne en faveur de Dreyfus était vraiment une campagne de l’étranger contre la France.

M'. Lebret, garde des sceaux, exposa les résultats de la première enquête et annonça Ja seconde.

i\I. Paul de Cassagnac pritjexte de tous ces faits pour renouveler ses attaques contre la République qui, suivant le mot célèbre de M. Thiers, devait finir « dans le sang ou l’imbécillité ». Il approuva qu’on eût porté l’affaire Dreyfus devant la Cour de cassation, mais la chambre criminelle ayant failli à son devoir, son enquête devait être vérifiée par les autres chambres.

M. Charles Dupuy répondit que le gouvernement défendait la loi. Il ne ressusciterait pas les commissions mixtes de 1851 parce qu’il avait le respect de la magistrature. Quant à M. Quesnay de Be. airepaire, il faisait une œuvre de discorde. Pour la .juger et se juger, celui-ci n’aurait qu’à lire le compte rendu de cette séance.

M. Cavaignac demanda la lecture du rapport — qu’il possédait — rédigé par le capitaine de gendarmerie Herqué qui était chargé de conduire M. Picquart à la Cour de cassation et qui avait établi ce document pour la première enquête.

Le garde des sceaux donna connaissance de ce rapport du capitaine qui signalait les égards excessifs de M'. le président Lœw et de M. Bard pour M. Picquart. On avait fait servir un grog au prisonnier.

M. Pellotan dit qu’il était intolérable que la Cour

de cassation « jugeât plus longtemps sous la surveillance d’un capitaine de gendarmerie ».

La Chambre vota l’ordre du jour pur et simple par 423 voix contre 124.

Le 20 janvier 1899, vint une autre interpellation de AL Breton (socialiste révolutionnaire), sur le dossier « ultra-secret » ou diplomatique. Il demanda si, comme l’affirmaient la Pairie et T Intransigeant, ce dossier contenait des lettres de i’empereur d’Allemagne à propos de Dreyfus. Il reprocha à M. Méline et à son cabinet de n'avoir pas su faire la révision à temps, d’avoir connu le faux Henry et d'avoir fermé les yeux.

M. Barthou protesta. Il ne l’avait connu que le jour où AL Cavaignac en avait donné lecture à la Chambre, et il avait été partisan de la révision dès qu’il avait appris que cette pièce était un faux.

AL Delcassé, ministre des affaires étrangères, fit justice, en peu de mots, de l’invention des lettres d’un souverain étranger. « On ignore absolument au ministère des affaires étrangères si des lettres semblables ont été fabriquées, mais il est bien certain que, même dans ce cas, le fabricant se serait bien gardé de les apporter au quai d’Orsay, car, si grande qu’on puisse supposer la naïveté des diplomates, elle n’irait pas jusqu’à accepter ou apprécier pareille marchandise. »

M. Méline démentit les assertions de AI. Breton. S’il avait découvert un faux, il aurait « su faire son devoir » Il se félicitait de n’avoir pas accepté la révision, car il aurait manqué, clans ces conditions, à sa mission de faire respecter la loi. Pour cela, il fallait un fait nouveau. « Depuis la découverte du

l'aux Henry et le dépôt entre les mains du garde des sceaux de la requête de M“e Dreyfus, la situation a changé, je le reconnais. » Mais aujourd’hui encore, on devait tenir compte de la résistance que le pays opposait à cette révision, parce qu’il apercevait « avec une clairvoyance patriotique, derrière cette aiïaire Dreyfus, une campagne systématique et perfide dirigée contre son armée ». Et il lut des extraits de journaux radicaux et socialistes s’attaquant à tous les chefs de l’armée et décriant notre organisation militaire. Il fit appel à l'apaisement pour le repos et la sécurité de la France.

M. Viviani défendit les journaux cités par lM. Mcline en disant que la presse nationaliste avait, de son côté, injurié le général Zurlinden au moment où il accepta le ministère de la guerre. Les vrais insulleurs de l'armée étaient ceux qui l’avaient solidarisée avec des criminels. « Nous n’avons pas en vue le dénigrement de l'armée tout entière, car l’armée n’est-ce pas la nation? » Son parti avait le droit de réclamer des comptes à « l’oligarchie militaire » au nom de la nation.

Par 480 voix contre 51, la Chambre vola l’ordre du jour pur et simple demandé par le gouvernement.

Au Sénat, se discutaient aussi des interpellations du même genre. Le 19 janvier 1899, on s’occupa de celle de M. de Chamaillard sur le retard de la Cour de cassation à statuer sur la demande en règlement de juges déposée par M. Picquart, et de celle de M. Le Provost de Launay sur les causes de la démission de M. Ouesnay de Bcaurepaire. Ces deux orateurs de la droite s’accordèrent à attaquer la chambre criminelle « complice de la révision..., disqualifiée ».

Troisiôme République (1897-199;)) . IC

M. Théodore Girard demanda l’observation du principe de la séparation des pouvoirs et réclama respect et protection pour la magistrature comme pour l’armée. Les bons Français devaient s’incliner devant les décisions de la justice.

Le garde des sceaux s’associa à ccs paroles et demanda qu’on laissât la justice accomplir son œuvre.

212 voix contre 28 votèrent l’ordre du jour de MM. Bernard, Desmons et Leydet, « approuvant les déclarations du gouvernement et respectueux du principe de la séparation des pouvoirs ».

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