CRÉATION DE LIGUES. - I,A PATRIE FRANÇAISE
Il se créa plusieurs ligues au commencement de 1899. La plus importante fut la Patrie française qui, d’après son programme, avait pour but « de travailler à maintenir, en les conciliant avec le progrès des idées et des moeurs, les traditions de la patrie française et de fortifier l’esprit de solidarité qui doit relier entre elles à travers le temps toutes les générations d’un grand peuple ». Plus de vingt académiciens, parmi lesquels MM. François Coppée et Jules Lemaître, signèrent cet appel auquel adhérèrent aussitôt plusieurs milliers de Français, dont un grand nombre de professions libérales. Le 19 janvier 1899, M. Jules Lemaître prononça un discours à la séance d’inauguration de la ligue, dans la salle de la Société d’horticulture.
Un journaliste monarchiste, M. Hervé de Kéroliant, avait donné son adhésion, mais le comité de la ligue le raya parce qu’il avait signé une pétition réclamant la mise en liberté du lieutenant-colonel Picquart. La Pallie française manifesta ainsi, dès le début, son sentiment contre Dreyfus, contre ses partisans et contre la révision. Pour protester contre cet exclusivisme, d’autres écrivains et professeurs, parmi lesquels on remarquait MM. Sully-Prudhomme, Victorien Sardou, Lavisse, Janet et Boutroux, rédigèrent un Appel à l’union, non pour fonder uni' nouvelle ligue, mais pour rallier « les amis de la légalité et de la paix publique », s’élever « contre la violence et la haine, travailler à la conciliation et l’apaisement », obtenir que tous les bons citoyens « s’inclinent par avance devant la décision,
quelle qu’elle soit, de la Cour de cassation, tribunal suprême du pays ». Cet appel obtint peu de signatures et n’eut pas le retentissement que ses auteurs espéraient.