‹ Histoire de la Troisième République de 1897 à 1899Chapitre 9 sur 54 · CAMPAGNE DE PRESSE · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE PRESSE

Le 29 octobre 1897, M. Scheurer-Keslncr se rendit auprès du président de la République qui ne voulut pas écouter sa défense de Dreyfus. Le lendemain, il Ait le général Billot, son ami depuis vingt-cinq ans, et chercha à lui démontrer que le bordereau était d’Esterhazy. Le ministre de la guerre refusa d’examiner les écritures et ajouta qu il s était livré à une enquête depuis plus d’un an et que sa conviction était faite. Le 1er novembre, ce sénateur obtint l’appui de M. Clemenceau qui publia, dès le lendemain, un article dans l’.durore pour réclamer la révision du procès. M. Sclieurer-Ivestner essaya d’obtenir de M. Méline qu’il en prît l’initiative, mais celui-ci ne voulut examiner aucune des pièces qu’on lui présentait et renvoya le sénateur au garde des sceaux, n’admettant que la voie légale (2 et 3 novembre). M. Darlan,, ministre de la justice, se refusa également à se livrer à une étude secrète de l’affaire, n’admettant que d’être saisi officiellement, par un procédé légal.

Pour affirmer ses résolutions, le gouvernement publia une note Havas, le 9 novembre. Il disait que Drevfus avait été « régulièrement et justement condamné », que, pour la procédure de révision, on devait se conformer à l’article 413 du code clins-

truction criminelle et que, aucun fait nouveau n’ayant été soumis, l’exécution du jugement serait assurée.

La campagne en faveur de la révision s’accentua dans la presse au mois de novembre 1897 (1). M. Bernard Lazare publia un deuxième mémoire qu’on répandit à profusion. M. Emmanuel Arène fit paraître dans le Figaro un article sur le dossier de Schcurer-Kestner et annonça que le véritable traître était un officier titré et marié (14 novembre). Esterhazy répliqua le lendemain par un article signé Dixi dans la Libre Parole. Il dénonça les manœuvres du lieutenant-colonel Picquart (indiqué par les initiales XY) et reconnut encore la ressemblance ■de son écriture avec celle du bordereau, continuant

(1) Parmi les nombreuses péripéties de cette campagne, mentionnons le procès intenté à Henri Rochefort par M. Joseph Reinach. Un individu, qui se faisait appeler Lemercicr-Picard et qui prétendait avoir été un agent secret du service des renseignements du ministère de la guerre, avait offert à Rochefort copie d’une lettre signée Olto, attribuée à un attaché de l’ambassade d’Allemagne et qui, assurait ce! homme, avait été fabriquée par le « syndicat » (dreyfusistet pour perdre Esterhazy, Rochefbrt accusa M. Reinach d’avoir fait fabriquer ce faux document. Celui-ci répondit que cette pièce lui avait été offerte et qu’il avait refusé de recevoir l’individu qui l’apportait. Rochefort revint à la charge. M. Reinach déposa, le 31 décembre, une plainte en diffamation. Rochefort fut condamné, le 10 février 1898, à cinq jours de prison, 2.000 francs d’amende et 2.000 francs de dommages-intérêts, et il subit sa peine à la prison de Sainte- "Pélagie.

Le 3 mars 1897, on trouva Lemercier-Picard pendu dans une chambre d’hôtel. Par les fiches anthropométriques, M. Bertillon découvrit son identité : c’était un nommé Moïse Leemon, né à Thionville, plusieurs fois condamné pour escroqueries. Il n’avait jamais été employé par le bureau du service des renseignements. M. Reinach avait aussi déposé une plainte contre Lemercier-Picard pour le faux OU ». Le 3 avril 1898, M. Bertulus, juge, rendit une ordonnance de non-lieu.

à l’expliquer par l'histoire d'un manuscrit qui lui avait été demandé par un officier du ministère et qui avait dû être calqué par Dreyfus. Le même jour, parut dans le Temps un article de M. Scheurer-Kestner à un ami (M. Ranc), dans lequel il raconta toutes ses démarches et affirma sa certitude de l'innocence de Dreyfus.

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