LA TRACTION ÉLECTRIQUE
La traction électrique s’était développée très rapidement. aux Etats-Unis. Dès 1888, on y employait des locomotives électriques, mais elle ne commença à être substituée à la traction à vapeur qu’en 1894.
La traction électrique ne s’introduisit en Europe que vers 1890. Elle fit des progrès en Allemagne où l'on comptait trois villes ayant des tramways électriques en 1891, cinq en 1892, onze en 1893, vingt en 1894, trente-quatre en 1895, quarante-deux en 1896.
En 1899, on comptait au total 44.000 kilomètres de voies ferrées avec traction électrique; eu Europe, 2.290 kilomètres seulement.. L’Allemagne était la première avec 1.138 kilomètres; la France venait ensuite avec 390 kilomètres, mais elle n'avait pas encore la traction électrique pour les tramways. Cependant les systèmes à chevaux, à vapeur, à gaz, à air compiimé étaient bruyants, coûteux et désagréables. Les entreprises de tramways, en France, adoptèrent définitivement les moteurs électriques et supprimèrent les chevaux en 1901.
Notre pays eut sa première ligne électrique en 1900, pour joindre la gare d Austerlitz à la gare d Orsay (27 mai). La traction électrique servit aussi pour le métropolitain de Paris, dont le premier tronçon fut mis en service le 19 juillet 1900, et pour la ligne des Moulineaux à Versailles, exploitée à partir de 1901.
C’est en 1855 que le premier projet d’un chemin de fer pour les Halles de Paris fut proposé par MM. Brame et Flachat, mais ce n’est qu’en 1872 qu’une commission, nommée par le préfet de la Seine, s’occupa d’établir un réseau métropolitain à l’exemple de celui existant à Londres. Les ingénieurs de la cille de Paris en tracèrent le plan de 1875 à 18i i. Il aurait pu être construit aussitôt sans îes administrations de la ville et de l’Etat qui ne parvenaient pas à se mettre d’accord. Enfin, après d’interminables pourparlers, la loi du 30 mars 1898 déclara d utilité publique la construction du chemin de fer métropolitain ne devant transporter que des voyageurs. Vainement, depuis lors, a-t-on demandé, dans l’intérêt général, qu’il servît également au transport des
marchandises. Depuis plus de vingt ans, il est impossible d'obtenir la solution d'une question aussi simple. La mise en service du premier tronçon entre la Porte Maillot et Vincennes, au mois de juillet 1900, eut un très grand succès. De nombreuses lignes ont été construites depuis; elles permettent une circulation rapide dont la capitale était privée, malgré les leçons que nous donnaient les nations étrangères mieux outillées depuis beaucoup d'années.
LA SÉROTHÉRAPIE.
La sérothérapie, science nouvelle dont la voie fut ouverte surtout par les découvertes de Metchnikof, fit de rapides progrès (1). Après le sérum antitétanique (1890), que Behring et le Japonais Kilasato pratiquèrent les premiers, vint le sérum antidiphtérique (1892) dû aux travaux de Behring et surtout de M. Boux de l'Institut Pasteur, puis le sérum antityphoïdique que le docteur Chantemessc mit en essai pendant une épidémie de l'année 1901 et qui donna de bons résultats. De son côté, le docteur Vincent avait obtenu un autre sérum encore plus efficace contre la fièvre typhoïde. Les expériences ordonnées dans l'armée furent décisives. Aussi, au début de la grande guerre, dès le mois d’octobre 1914, on ordonna la vaccination de tous les mobilisés, ce qui évita la contagion et les pertes énormes constatées dans toutes les guerres précédentes.
L’Institut Pasteur, créé par souscription nationale le 14 novembre 1888, a fêté le 25e anniversaire de sa
(1) Voir te volume de 1894 à 1896, pages 69 et 159.
fondation le 15 novembre 1913, en présence de M. Poincaré, président de la République, et de M. Barihou, président du Conseil. Dans son discours, M. E. Roux, directeur de l’Institut, a rappelé les admirables trouvailles qui fondèrent la sérothérapie. Il y eut d'abord la découverte de la phagocytose par Metchnikof, mode de défense de l’organisme contre les microbes.
On discute encore, il est vrai, dit .M. Roux : la théorie cellulaire a provoqué des expériences d’où est sortie la théorie humorale. Peut-être, au reste, peut-on accorder les deux doctrines. Il semble que l’Académie de Stockholm ait pensé ainsi quand elle a décerné le même prix Nobel aux deux plus illustres tenants de cette lutte doctrinale sur l’immunité, Metchnikof et Ehrlich.
C’est du laboratoire de M. Metchnikof qu’est sortie la découverte des sensibilatrices dans le sérum des animaux immunisés, par M. Bordet, découverte qui donne à la médecine un moyen de diagnostic précieux dont la réaction de yVassermann est un exemple bien connu, et qui a fourni d’autres résultats intéressants entre les mains de M. Besredka, pour la préparation du vaccin, et entre celles de MM. Vaillard et V incent* en ce qui concerne le tétanos.
Enfin, M. Metchnikof a ouvert une question des plus intéressantes en attribuant les dégénérescences de la vieillesse aux fermentations intestinales, aux toxines des microbes qui pullulent dans le tube digestif. Il a étudié la flore intestinale, et montré le moyen de l’améliorer, par l’introduction de ferments lactiques qui luttent contre les fermentations nuisibles.
Au début, les bactériologistes cherchèrent d’abord l'action des microbes. Comment tuaient-ils? Et cette étude, que Behring entreprit sur le bacille diphtérique, fut l’origine de la découverte de 1,' antitoxine de M. Roux — que ce savant n’attribua qu’à l'Institut Pasteur dans son discours destiné à célébrer les mérites des autres.
A peine le sérum antidiphtérique découvert et devenu pratique, l’Institut Pasteur avait à préparer aussi le sérum antitétanique, puis ce fut le tour du sérum antivenimeux d’A. Calmette. Peu après venaient les sérums antiœicrobiens dont Ch. Richet signalait le premier exemple en 1884; après cela, le sérum antipesteux, l’antistreptococcique, l'anticharbonneux, et d’autres encore. La sérothérapie était fondée. Elle rend de grands services à la médecine et aussi à l’art vétérinaire. M. Borret a, en effet, trouvé le sérum anticlaveleux, qui est excellent.
AI. Borret étudia aussi le cancer et fit des observations des plus utiles pour le traitement. Nous ne pouvons rappeler toutes les découvertes de l’Institut Pasteur — il y en eut tant! — - mais on ne saurait oublier celles sur les maladies dues à des parasites animaux, de AI. Laveran : sur le paludisme, sur l’agent pathogène de la malaria, sur lès insectes qui l’inoculent.
Des missionnaires de la science allèrent étudier au loin les épidémies de peste, ce cpii donna lieu au vaccin antipesteux de AI. Haffkine. En Afrique, on doit citer les belles recherches de AI. Gustave Alart.in et de Al. Ch. Nicolle.
AI. Roux donna des détails intéressants sur les vaccins :
Le plus ancien est celui des vaccins charbonneux, puis est venu celui du rouget des porcs. Après, cela a été le tour de la malléine. Le service de la rage a commencé à l'Ecole normale. 11 a, en vingt-huit ans, reçu la visite de plus de 33.000 blessés; sur ce total. 129 seulement ont. succombé. Depuis trois ans, sur 1.300 traités, on n’a eu qu’une seule mort, La méthode reste excellente et les instituts antirabiques se multiplient. Le service sôrothérapique est aussi actif que jamais. En dix-huit ans, il a fourni près de deux millions de flacons de sérum. Pour assurer cette distribution, l’Institut a reçu, depuis 1895, une somme de 1.800.000 francs, et il a donné pour 5.195.000 francs de sérum.
PRÉSIDENCE DE M. I OUBET (1809-1906)
Tous ces soldats de la science — parfois tués par le travail ou par leurs expériences — mériteraient d’être illustres, et cependant combien peu sont connus, tandis que les noms des rhéteurs, des amuseurs et des charlatans sont célébrés par la foule!
MESURE Des angles et du temps.
La loi du 4 juillet 1837 avait rendu obligatoires, à partir du 1er janvier 1840, les unités décimales de longueur, de surfacê, de volume et de poids, mais elle n’avait rien prescrit pour la mesure des angles et celle du temps; elle laissait donc incomplète l’application du système métrique dû à la Convention nationale qui, par son décret du 4 frimaire an II, avait institué la division décimale du quart de cercle et, la division décimale du jour. Cependant le service géographique de l’armée avait établi sa carte au 80.000® avec la division du quart de cercle en 100 grades. En dernier lieu, un arrêté ministériel, daté du 17 août 1901, rendit obligatoire cette unité angulaire pour les grandes écoles.
Les unités de mesure angulaires sont trop nombreuses; il y a le degré, le grade, le radian, sans compter le millième de l’artilleur employé pour l’artillerie de campagne (pièce de 75mm). Ce millième est l’anale sous lequel on voit un mètre à une distance de 1.000 mètres; il existe 1.600 millièmes dans un quart de cercle, comme il y a 90 degrés ou 100 centigrades. Ce serait un grand avantage de réaliser l’unification des unités de mesure angulaire.
L’astronomie mondiale, à l'imitation de l'illustre géomètre Laplace, se sert souvent pour ses calculs
de la division décimale du jour. Des montres décimales ont été plusieurs fois mises en essai.
Le ministre de la guerre a unifié les unités de mesure d'angles et les graduations d’appareils goniométriques en usage dans l’armée, en prenant le grade pour unité de mesure des angles (circulaire du 11 août 1921).