LK PLAN PREVCIHET AU SÉNAT
sance des affaires, par t'indépeodance, par le dévouemenl proressionael le nouveau Conseil d'Etat valut celui qui l'avait précédé; par la fidélité aux institutions établies, par le loyalisme il valut cent fois plus. Tel n'élait pas l'avis de H. Baragaonqui sembla n'avoir adressé son interpellation au Garde des Sceaux que pour aboutir & ce mot de la Gn : « Vous voulez des magistrats qui obéissent etdes soldats qui raisonnent. » C'éUit une boutade, non un argument.
Parmi les lois d'alTaires il faut citer celles qui autorisaient le Gouvernement, alors libre-échangiste, à proroger les traités de commerce arrivés à expiration ; celle qui permetlait le recouvrement, par la poste, des effels de commerce dont le montant était inférieur à 300 francs ; celle qui supprimait les membres ecclésiastiques, dans les commissions administratives des bureaux de bienfaisance ; celle qui dotait de 300 nouveaux millions la Caisse des chemins vicinaux et celle qui classait les lignes ferrées d'intérêt général destinées h compléter le réseau de l'Ëtat. H. Bocber, au Sénat, ayant reproché au ministre des Travaux Publics ses projets gigantesques, la dépense qu'ils entraînaient et leur peu d'utilité relative, H. de Freycinet avec sa parole unie, sa lucidité de démonstration et son incomparable talent comme orateur d'affaires, défendit son œuvre, en a'appropriaut heureusement un mot de Bastiat. Dans les travaux publics, comme dans l'économie politique et, en particulier, dans les travaux de chemins de fer, il y avait, selon lui, ce que l'on voit, et ce que l'on ne voit pas. Ce que l'on voit c'est le produit brut; ce que l'on ne voit pas, c'est l'augmentation de la richesse générale du pays. D'ailleurs, la construction des chemins de fer coûtant deux fois moins cher en 18'9 que quinze années auparavant, il n'y avait aucun inconvénient à en construire deux fois plus. Le Sénat fut convaincu, comme l'avait été la Chambre, par l'éloquence irrésistible du minisire et aussi
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par le sentiment de ses intérèls électoraux. Le plan Preycinet n'en reste pas moins contestable, tant au point de vue (le l'énormitédea dépenses engagées qu'à celui de l'utilité des travaux eiTectués.
Le budget de 1880 fut présenté par H. Léon Say le 23 Janvier 1879: le ministre des Finances, poussé par l'opinion et par la Chambre, admettait cette Tois les dégrèvements; il consentitÎL une réduction de 7 millions d'abord, de io millions ensuite sur les patentes'. Il prévoyait 3 316 millions de dépenses pour I88U, au lieu de 3166 millions en 1879. Les augmentations portaient au budget extraordinaire sur les travaux publics pour 95 millions et au budget ordinaire pour S4 millions dont la plus grande partie était consacrée à la Dette publique : ^3 millions; à la guerre 15, à la marine 3 \'i, aux frais de régie 4, aux travaux publics 3 1/2, à l'agriculture et au commerce i, à l'Algérie 1 1/2 et & l'instruction publique plus d'un million. Les prévisions de recettes ne s'élevant qu'à 2 756 millions, M. Léon Say estimait qu'il fallait demander 5C0 millions à l'emprunt.
M. Wilson, dans le rapport général qu'il présenta le 10 Juin 1879, arrêtait, au nom de la Commission du budget, les dépenses à 3 308 millions, avec une réduction de près de 8 millions sur le projet ministériel, les recettes à 2 749 millions et les ressources d'emprunt à 5o9 millions, somme sensiblement égale à celle que prévoyait M. Léon Say. La Dette devait donc s'augmenter, en 1880, de 559 ou 560 millions.
La discussion générale s'ouvrit à la Chambre le 10 Juillet. M.Henri Brisson, qui avait remplacé Gambetta comme président de la Commission du budget, défendit la politique <1cs dégrèvements sur le papier et sur la bougie. Dans la
' I) Voir AiiiaRat, Iji iSetlion •.•oimfrrali-ice rt la t/eslion irpublicahie
LK BDDGET DE ItlSO il,
discussion du budget des Cultes la réducliou è. 15000 et à 10000 TraDCS du traitement des archevêques et évéques fut maintenue, mais le traitement de 2 000 desservants fut élevé de 900 à 1000 francs. H. Farcy Qt entendre au budget de 1880 sur l'administration de la Marine, des critiques aussi fondées que celles de M. Etienne Lamy au budget de 1879. Au budget de l'Instruction Publique la Commission avait augmenté de 2 millions le service des constructions scolaires ; la Chambre augmenta de 20 000 francs le chapitre des bourses et dégrèvements. H. Duvaux, le 1res compétent rapporteur du budget de l'Instruction Publique de 1881, présenta de judicieuses observations sur les concours généraux qui n'offraient, selon lui, aucune garantie morale. La meilleure preuve, dit-il, que le concours est une mauvaise chose, c'est que nos adversaires se sont bien gardés de l'établir chez eux. Le Sénat admit les propositions de la Chambre relativement aux dégrèvements et ne réduisit pas les dépenses exagérées. Ces dépenses, pour le budget ordinaire et le budget extraordinaire de 1880, atteignirent 3306 millions et furent supérieures de 6 millions et demi aux prévisions de la loi de finances qui porta la date du 21 Décembre 1879. Les recettes normales n'ayant atteint que 2 890 millions, il y eut un déQcil de ils millions qui fut couvert par 545 millions de ressources extraordinaires et de ressources d'emprunt, soit 130 millions d'excédent que l'on reporta sur les exercices 1881, 1882 et 1883.
L'une des premières mesures prises par le Cabinet WaddiogtOD avait été la nominalioa de H. Albert Grévy, frère du Président de la République, aux fonctions de gouverneur général civil de l'Algérie. Les pouvoirs du nouveau gouvernenr s'étendaient sur l'armée et sur la marine, sur le territoire civil et sur le territoire militaire, sur l'élément européen et sur l'élément indigène. 11 était excellent de préciser
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l'étendue des attributions du gouverneur; il l'était moins d'apporter une modiUcation de plus au régime administratif dfl l'Algérie, ces changemeota coïncidant généralement arec quelques mouvements des Arabes : on devait en faire une fois de plus l'expérience avec H. Albert Grévy.
Le Cabinet fut encore moins bien inspiré, deux mois environ avant sa chute, dans le choix qu'il ût d'un gouverneurpour la Martinique. 11 avait nommé k ce poste un vieux républicain, H. Gent, député de Vaucluse, que recommandait sa courageuse conduite à Marseille pendant la Défense Nationale. Un journal bonapartiste exhuma une très ancienne histoire judiciaire à laquelle M. Gent avait été mêlé. Le Gouvernement essaya d'obtenir le désistement de M. Gent : sur son refus, il le remplaça par un ontcier de marine, H. Aube. M. Gent, qui s'était démis de son siège de député après sa nomination, dut se représenter aux électeurs de Vaucluse qui le renvoyèrent ti la Chambre, le i^ Décembre. Le Cabinet avait montré dans toute cette affaire une incroyable légèreté. Haï renseigné avant la nomination de M, Gent, pusillanime après, hésitant toujours, il préludait assez mal au rôle difTicUe qui allait lui incomber h la rentrée des Chambres.
La situation avait pourtant semblé belle entre toutes, quelques mois auparavant, dans Tété de 1879, pour ce Cabinet qui bénéficiait de la popularité acquise à tout pouvoir nouveau et que des accidents fortuits avaient singulièrement servi. Le SO Juin, le bruit s'était répandu dans Paris que le Prince Impérial avait péri obscurément, h l'extrémité méridionale de l'Afrique, dans une guerre dirigée par les Anglais contre les Zoulous. La nouvelle était vraie. L'espoir des bonapartistes, de tous les conservateurs qui se seraient ralliés à lui en haine de la République, disparaissait h vingttrois ans, victime de son courage, emportant, outre les regrets de son parti, ceux de quiconque ne pouvait voir sans