PAS DE GUERRE AU CATHOUCISHE
deThiers en 1844, Jules Ferry réserva pour la discussion des articles tout ce qui concernait la collation des grades et s'expliqua longuement sur l'état légal des congrégations, sur les Jésuites dottt le chiffre s'est élevé de 1085 e» 1861, & 1509 en 1879 et qui possèdent 74 résidences au lieu de 46, 31 établissemeats d'enseignement secondaire au lieu de 14, et 9131 élèves au lieu de 5 074, contre moins de 8000 aux autres congrégations non autorisées.
Après une courte citation empruntée & H. Lucien Brun, professeur à l'Université catholique de Lyon, et tendant & prouver que tous les principes de la Révolution, l'indépendance de l'État civil, l'égalité des partages étaient battus en brèche par certains professeurs de l'enseignement supérieur libre, M. Ferry rechercha quelles doctrines étaient professées dans l'enseignement secondaire congri^ganiste. Il puisa d'interminables citations dans les ouvrages d'enseignement de deux écrivains obscurs, HH. Gazeau et Courval, et dans les Extraits <les erreurs et des mensonges historiques de Charles Barthélémy, dans Vffistoire contemporaine de Chantrel. Ces citations prouvaient surabondamment que l'enseignement secondaire des Jésuites respirait ta haine violente de la société moderne ; elles avaient le tort de donner la publicité de la tribune à des récits sans valeur et de se rattacher trop indirectement & la loi en discussion.
Le lendemain Jules Ferry se défendit surtout de vouloir faire la guerre au catholicisme. Cette guerre, dit-il, « serait la dernière et la plus criminelle des folies. » Et encore : « La République serait insensée, si elle nourrissait la pensée d'une lutte contre le catholicisme ». Puis il affirma que les lycées de l'État et les collèges communaux pourraient recevoir les 16000 élèves que l'adoption de l'article 7 ferait perdre aux congrégations non autorisées ; enfin il prouva que le moment était particulièrement opportun pour agir et il
36 LE HINISTKRE WADDINCTON (* Féï.-28 Décembre 187»J
lermina par une chaleureuse péroraison contre les Jésuites, considérés toujours comme professeurs d'enseignement secondaire.
Le 30 Juin Jules Ferry combattit le contre-projet de M. Bardoux qui substituait à l'article 7 un système d'inspection plus sérieus que celui qui avait été organisé par la loi de 1850. Il afCrma que l'inspection sérail inefQcace, comme le seraient les mesures individuelles prises contre une congrégation dans laquelle l'individu n'est rien, et il revint encore une fois à l'enseignement secondaire public dont il promit de modilier les installations matérielles, les programmes et les méthodes : programmes et méthodes ne sont, en effet, que l'héritage des Jésuites, transmis par eux & l'Université,
Après le rejet du contre-projet Bardoux, les deux premiers articles furent adoptés sans difficulté ; mais un débat s'engagea sur l'article 3 qui obligeait les élèves des établissements libres à prendre leurs inscriptions dans les Facultés de l'État. Jules Ferry, dans la séance du 4 Juillet, contesta que la loi de 187S fût une loi de vraie liberté ; elle ne s'était proposée que d'organiser le partage du monopole et elle avait exigé que les Facultés libres assimilées à celles de l'Ëtat, en échange du droit de collation des grades et du droit d'inscription, remplissent certaines conditions comme nombre de chaires, de laboratoires, de lits dans les hfipitaux et aussi d'étudiants. L'inscription gratuite prise dans les Facultés de l'État, surtout pour le Droit et la Médecine qui ont, au point de vue de la sécurité sociale, une si grande importance, ne sera plus qu'une preuve de scolarité; elle prouvera que l'on aura consacré tant d'années à l'étude du Droit ou de ta Médecine. En somme la loi nouvelle, dans son article 3, assurait à la fois l'égalité devant l'examen et l'égalité devant le fisc.
ADOPTION DE l'arucle ^ 37
C'est daDs la séance du S Juillet que commença la discusaioa sur l'article 7. Après que MM. Keller, de La Bassetiëre, Gasloade et Granier de Cassagnac père eurent revendiqué les droits des pères de famille qu'ils prétendaient lésés, aprûs que HM. Paul Bert et Louis Blanc eurent attaqué une fois de plus l'enseignement des Jésuites, que H, Madier de Monljan eut demandé l'extension de l'article 7 au clergé îéculieretaux congrégations autorisées, M. Jules Ferry, avec un sens politique et gouvernemental très vif, protesta contre la mise hors la loi du clergé, conséquence de l'amendement Madier de Montjau. Cet amendement, d'après le ministre, n'est ni une œuvre législative, ni une œuvre doctrinale, mais une démonstration stérile, une manifestation d'opinion sans application possible. Il fut rejeté à une majorité considérable, et l'article 7 fut adopté par 333 voix contre 164, le 9 Juillet. Le lendemain, la loi était portée au Sénat.
Dans sa réponse à M. Madier de Montjau, Jules Ferry avait dit, en parlant de l'enseignement des Jésuites, qu'il qualifiait d'enseignement contre-révolutionnaire : n Voilà le terrain de la discussion ; voilà les doctrines que je dénonce et que je poursuis pour les dangers qu'elles offrent dans l'éducation et surtout dans l'enseignement secondaire, qui est l'éducation de la jeunesse et de l'adolescence. C'est là qu'est le débat. » Non, malgré l'approbation que rencontraient ces paroles à Gaucbe, ce n'est pas là qu'était le débat. Il s'agissait, dans cette mémorable discussion, d'enseignement supérieur et non pas d'enseignement secondaire. Il eût été plus franc, plus habile aussi de déposer un projet de loi sur l'enseignement secondaire libre et de laisser les membres des congrégations non autorisées, Jésuites compris, participer à l'enseignement supérieur libi-e ; ils n'y étaient pas dangereux et ils le sont grandement dans l'enseignement secondaire. La faute du Gouvernement fut de croire que l'inser-
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tion de l'article T dans la loi sur reoseignement supérieur dispenserait de modifler la loi du 1 S Mars 18S0, et dispeaserait aussi de présenter une loi sur les associatioDs. On mêla, ou coofondit ainsi des choses très distinctes et aujourd'hui ' encore, dix-huit ans après la présentation et t'échec du malencontreux article, ni la loi de 18S0 n'est abrogée, ni une loi sur les associations n'a été votée. Bien plus, il serait téméraire d'espérer que ces deux réformes primordiales s'accompliront dans un bref délai.
Toutes les critiques encourues par la toi sur l'enseignement supérieur furent exposées avec une grande force et une extrême modération dans une lettre que H. Jules Simon, le président de la Commission sénatoriale chargée d'étudier la loi, adressa à un groupe d'électeurs. L'article 7, d'après M.Jules Simon, eût été bien mieux &sa place dans une loi sur les associations ou dans une loi générale sur l'enseignement, les congrégations non autorisées n'ayant fonde aucun établissement d'enseignement supérieur libre. En admettant qu'il fût voté, l'article 7 ne produirait pas les effets que l'on espérait, puisque les étudiants, empêchés de s'adressera des professeurs appartenant à une congrégation non autorisée, iraient h des professeurs appartenant k une congrégation autorisée ou à des membres du clergé et recevraient exactement le même enseignement de ceux-ci que de ceuxlà. C'était l'évidence même. M. Jules Simon n'ajoutait pas que tes radicaux de la Chambre, moins politiques mais plus logiques que Jules Ferry, avaient proposé d'exclure de renseignement, de quelque ordre qu'il fût, les membres des congrégations non autorisées, et les membres du clergé, aussi bien que les Jésuites. Cette proposition, bien que repoussée par la Chambre, à une énorme majorité, avait fourni des armes aux ennemis de la République, tout comme l'article 7. H. JulesSimon déclarait, à la fin de sa lettre, qu'il croyait l'en-
LA LOI SLR LE CONSEIL SUrËRIBUR 39
seignemenl de l'État plus fort et moios menacé qu'on ne le disait. Il aimait mieux, quant à lui, défendre cet enseignement en le rérormant et en lui donnant les millions dont il a besoin, qu'en faisant contre des concurrenls une loi pré- Tenlive et par conséquent oppressive. L'opposition du pasteur Bersier et de Littré h l'article 7 fut aussi très remarquée ; tous deux se placèrent au même point de vue que Jules Simon ; tous deux regrettaient que l'on combattit les éternels adversaires de la liberté en leur empruntant leurs armes. Ces consultations, autant que la composition de la Commission sénatoriale, pouvaient faire prévoir à quelles difficnlt^s Jules Ferry allait se heurter.
Huit jours après le vole de la loi sur l'enseignement supérieur, le 17 Juillet, commença devant la Chambre la discussion de la loi sur le Conseil supérieur, qui ne fut pas sérieusement contestée. Cette loi, d'après le rapporteur, H. Chailamet, se résumait dans les trois points suivants : 1' exclusion des ministres des cultes et des soi-disant représenlants des inlérèts sociaux ; 2° introduction, dans le Conseil, des délégués élus de l'enseignement secondaire et de l'enseignement primaire ; 3° prédominance de l'élément électif sur l'élément administratif. Les membres de la Droite, HH. Daguilhon-Pujol et Btacbère, protestèrent contre l'exclusion des ministres des cultes. Le rapporteur n'eut pas de peine à démontrer que les évéquea n'avaient été introduits dans le Conseil supérieur que pour y combattre l'Université au profit de l'enseignement libre. M. Bardoux proposa un contre-projet transactionnel consistant dans la création de deux Conseils, l'un de l'Université, l'autre de l'enseignement libre où figureraient les évèques : ce contre*projet fut rejeté par 298 voix contre 169. M. Hillaud proposa un amendement qui introduisait dans le Conseil des représentants des collèges : l'amendement fut adopté dans la séance du 19 Juil-
40 LE MINISTÈRE WADDINGTON (i Fév.-2g Uëcembre 1871))
let. Ea réponse à M. GraDÎer de Cassagnac, qui avait reproché au ministre l'abaiBsemenl des éludes et la faiblesse du baccalauréat, Jules Ferry Tit retomber la responsabilité de cet étal de choses sur les auteurs des lois de 18S0 et de 1813, sur les représenlants et les tuteurs attitrés des enseignements rivaux. Ces tuteurs, qui pouvaient agir sans contrôle dans l'enseignement libre, n'intervenaient dans l'enseignement de l'État que pour l'affaiblir. Ils avaient approuvé la bifurcation, ils avaient ratifié les programmes qui mutilaient la philosophie, ils avaient, en dernier lieu, sanctionné les mesures prises pour réduire h néant le plan de réformes de H. Jules Simon. Jules Ferry communiqua à la Chambre de longs extraits du Mémoire apologétique de la loi de ISSO, rédigé par MH. Dupanloup et de Falloux, pour engager les évëques à se montrer favorables à une loi qui faisait du clergé, en face de l'Université, un concnrreoL formidable et un surveillant autorisé. Il termina par un bel hommage rendu aux vertus laïques de l'Université, et le projet de loi, adopté dans ses articles et dans l'ensemble, fut transmis le 2i Juillet au Sénat, où il ne devrait venir en discussion qu'au mois de Janvier 18ëO, sous le Ministère de M. de Freycinet.
Jules Ferry n'avait pas ville gagnée, après le vote rendu par la Chambre le 9 Juillet. L'expulsion des Jésuites de l'enseignement secondaire était devenue, pour ainsi dire, le seul objectif du gouvernement républicain, et M. Paul Robiquet ' a pu ranger les discours et opinions exprimées en dehors du Parlement par Jules Ferry sous ce titre significatif : f«rlicte 7 pendant les vacances. A Béziers et à Marseille, dans le cours d'un voyage ou il réchauffa le zèle des partisans de l'esprit laïque ; à Paris, oii il dut présider à l'inauguration
(1) Op. dl. Tome III, p. 191.
Jt'LES FERRY AU CORCOUftS GËKËBAL H
du boulevard Arago, partout Jules Ferry poussa le cri de guerre cootre le cléricalisme, même dans le discours qu'il pronoDça le S Août, à la distribution des prix du coDCOurs général. Nous laisserons de côté les autres manifestations oratoires ponr ne retenir que celle-ci. Le ministre aborda, avec plus de détails qu'il n'avait pu le faire k la Chambre, la très grosse question des réformes k introduire dans les méthodes et les programmes de l'enseignement secondaire. Il se replaçait d'emblée sur le terrain que Jules Simon avait choisi au mois de Septembre ^S^i. Après un juste hommage rendu au grand corps de l'Université, le premier, le plus ancien, le plus dévoué des serviteurs de l'ÊLat, à la force scolaire la plus libérale, la plus forte, la mieux organisée, qu'aucun pays ait jamais coii<;ue, H. Ferry affirmait, avec tous les universitaires éclairés, qu'il y avait dans les études classiques, « ce noble fonds de l'éducation fran<;aiBe, » des sacrifices & opérer, des transformations à poursuivre, des routines à abandonner. Il faut cesser de traiter le latin comme une langue vivante ; il faut l'étudier, non pas pour le parler et l'écrire, mais pour en pénétrer le génie. A des exercices surannés, il convient de substituer l'explication orale des auteurs et la lecture quotidienne. La transformation du baccalauréat, «dont on a fait un but et qui ue devrait être qu'un point d'arrivée •,doitcorrespondreàcetle conception nouvelle de l'étude des langues anciennes. Les heures ainsi regagnées seront restituées aux exercices trop négligés de la langue maternelle. Telles sont les grandes lignes du programme de réforme. Le ministre compte pour les réaliser sur le concours de cette Université, volontiers conservatrice et traditionnelle, mais qui est de son temps et qui saura se montrer réformatrice et progressive.
43 LB MINISTÈRE WADDINGTON (i t'èi.-tS Décembre 1SI9|
En dehors de la revision coaslitutioanelle, des lois sco< laires et de la loi de Ûaaaces peu de discussions importantes eurent lieu dans le Parlement avant les vacances. La seule qui ait passionné la Chambre, fut relative à Blanqui. Le vieux conspirateur avait été élu député de Bordeaux, grâce aux voix des royalistes et des bonapartistes. Défendue par H. Clemenceau, son élection fut cassée à la majorité de 3S4vois contre 33 et, au second tour de scrutin, les Bordelais portèrent la majorité de leurs suffrages sur un candidat radical mais éligible, H. Achard.
Au Sénat deux interpellations, adressées à M. Le Royer par MM. de Gavardie et Baragnon se terminèrent par un ordre du jour de confiance dans la justice et la fermeté du ministre. H. de Gavardie se plaignait fa la fois des choix de M. Le Royer pour les parquets, et des poursuites qu'il faisait exercer par la Cour de cassation, fonctionnant comme pouvoir disciplinaire, contre les membres des tribunaux qui aflîchaient trop ouvertement leur mépris des institutions républicaines. H. Baragnon reprochait fa M. Le Royer, président du Conseil d'État, de s'être inspiré, pour le recrutement de ce grand corps, d'un autre esprit que celui qui avait animé l'Assemblée nationale. La création d'une nouvelle section au Conseil d'État et le droit qu'avait le Gouvernement de remplacer les conseillers ilout l'investiture ne remontait pas fa 1 87â, permettaient au Cabinet de nommer âo conseillers sur 30. Quelques républicains prétendaient qu'il pouvait renouveler entièrement l'assemblée; 2St voix contre 143 se prononcèrent, h. ta Chambre, contre cette théorie du renouvellement intégral, qui ne s'en effectua pas moins, les conseillers conservés ayant tous donné leur démission. Le Conseil d'État, reconstitué par le décret ilu S Août 1879, eut pour présidents de section MM. Charles Ballot, Laferrière, Collet, Blondeau et Gendarme de Bévotte. Par la connais-