LA MORT DU PRIRCE IMPÉRIAL
tristesse cette jeune destinée impitoyablement fauchée. Son successeur, de par les Constitutions de l'Empire, était un prince qui avait Tait partie des 363, qui réunissait peu de sympathies dans sa propre famille, qui ne ralliait pas tous les suffrages bonapartistes, qui ne rallierait jamais ceux de la majorité des conservateurs. Délivrée du plus dangereux de ses adversaires, la République n'avait plus en face d'elle qu'une famille divisée, et le majestueux et naïf exilé de Frôhadorf. Dana l'opiniou, la croyance à l'éternité de la République et la conviction que l'on pouvait tenter impunément certaines expériences, dans le Gouvernement an peu plus de laisser aller, tels furent les résultats immédiats de la mort du Prince Impérial. A Paris, il suflisait parfois d'avoir présenté l'apologie de faits qualifiés crimes pour forcer les portes du Conseil municipal. A. Humbert, l'ancien rédacteur du Père Duchéne pendant la Commune, fut condamné par les magistrats et amnistié par les électeurs. Il fut élu dans le quartier de Javel, sans avoir les six mois de résidence exigés par la législation alors en vigueur. Quand les autres amnistiés rentrèrent en France, ils furent accueillis par des manifestations signilicalives. Quelques-uns des hommes politiques qui s'étaient séparés d'eux en 1871 et qui avaient continué de siéger à l'Assemblée de Versailles semblèrent vouloir faire amende honorable et se rangèrent rétrospectivement du côté de la Commune. Louis Blanc se signala par l'empressement qu'il mit & se rendre au-devant des rapatriés et à justifier, après coup, ceux qu'il avait sî sévèrement traités en 18T1. En même temps que le parti révolutionnaire se ressaisissait, il affirmait ses revendications sociales et, dans un Congrès d'ouvriers tenu à Marseille, sourd aux conseils très sages qui lui étaient donnés par quelques- uns de ses membres, il adhérait en majorité aux doctrines collectivistes. Désarmé en face des réunions le Gouvernement ne l'était
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pas eD face de la presse, mais les acquittements capricieux du jury et la popularité qui s'altachaîl aux rares vjciimes des tribunaux correctionaels le conduisaient à tout laisser dire et à s'abstenir des poursuites. li n'avait recours à la répressioa que devant les tribunaux adminislralifs, comme le Conseil d'État, qui déclara d'abus, après l'archeTëque d'Aix, i'évèque de Grenoble, coupable d'avoir publié sans autorisation ministérielle un bref pontifical. Ces coadamnatioDS légales, mais dérisoires, produisaient dans le parti clérical exactemeDt le même elTet que les peines correctionnelles dans la démocratie avancée. Elles avaient un autre et plus grave inconvénient : de même que toutes les lois scolaires semblaient se résumer dans l'article 7, toule la politique du Cabinet TlVaddinglon, en dépit des déclarations réitérées de tous ses membres, et contrairement & la réalité, semblait se résumer dans la lutte contre le cléricalisme.
Bien qu'il n'eAt pas commis de faute grave, au point de vue de l'opinion républicaine, le Cabinet Waddington était donc usé, vieilli, au moment de la reprise de la session ; il conservait bien, dans la Chambre, les sympathies de la majorité des républicains; mais ces sympathies restaient inertes; à deux ou trois reprises, dans les occasions graves, on avait vu plus de 100 membres de la Gauche s'abstenir au scrutin et le Ministère réunir diflicilemeut 200 et quelques votx de Gauche contre 140 voix de Droite. Il n'y avait pas plus de cohésion, d'homogénéité dans' la Gauche qu'il n'y en avait dans le Ministère et pour les mêmes raisons : tout le monde sentait que le véritable chef de la majorité, qui aurait dû être le chef du Cabinet, avait été comme immobilisé dans les fonctions plutôt honorifiques de Président de la Chambre. C'est M. Grévy qui te premier avait pensé pour lui à ce poste élevé et qui avait même travaillé k son élection. On peut s'étonner que le Président de la République, habitué comme
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il rétaît aux luttes parlementaires et en connaissant merveilleusement les conditions, ait laissé une pareille force en dehors de la politique active. On se prend k craindre que le souvenir d'anciens dissentiments n'ait influé sur sa conduite, que le Président de la République ne se soit trop souvenu des dures qualllîcations qu'il avait trouvées pour le Dictateur de Tours et de Bordeaux. L'homme très loyal, très sâr et très savant qu'il avait placé & la tête de son premier Cabinet, si diiïérentde Gambetta, n'avait rien de ce qu'il fallait pour entraîner une Assemblée, élue dans des conditions ordinaires, à plus forte raison une Chambre sortie de la tourmente de 1877. Dans le Cabinet même, M. WaddingtOQ fut elTacé : il n'eut ni la vigueur, ni les visées d'avenir d'un Jules Ferry ; ni la science juridique et l'esprit gouvernemental d'un Le Hoyer; ni la parole souple et séduisante d'un Freycinet. Dans la direction de la politique étrangère son rOle se borna à combiner l'action de la France avec celle de l'Angleterre en Egypte et, après le coup d'État financier du khédive, à faire déposer ce souverain par une pression commune exercée sur la Porte. Il eût été facile, dans l'embarras où la question des réformes turques et la révolte de l'Afghanistan plaçaient le cabinet Beaconsfield, de prendre sur les rives du Nil une prépondérance décidée : H. Waddington manqua du coup d'ceil et de la décision nécessaires pour jouer cette partie qui aurait prévenu, trois ans d'avance, les funestes événements de 1 88â et l'élimination de la France du condominium.
Le jour de la rentrée du Parlement (28 Novembre) le Journal officiel pubMail un rapport adressé au Président de la République par le Garde des Sceaux, sur la situation de 830 condamnés de la Commune non graciés ni amnistiés. Ces 830 condamnés se divisaient en So4 individus jugés contradictoi rement et 276 contumaces. On en comptait, Edg. Zevobt. — Trojskine République. iir. — 4
su U HlifisTËRE WADDINGTON (t Fév.-!8 Décemlire 1876)
parmi ces 830, 65 qui avaient été membres de la Commune de Paris, 89 coupables de crimes de droit commua contre des personnes, 104 coupables de crimes de droit commun contre des propriétés ; SU avaient des antécédentsjadiciaires et 51 appartenaient à la dernière catégorie exclue de l'amnistie. Ceux-ci étaient ou des individus notoirement indignes, ou des membres de la Commune révolutionnaire, prédisant la revanche prochaine et l'appelant de tous leurs vœux. Le rapport de M. Le Royer flétrissait, une fois de plus, comme le plus grand des crimes, l'insurrection accomplie au lendemain même de nos désastres et sous les yeux de l'ennemi triomphant.
A la séance de la Chambre du jeudi 28 Novembre, la première qui ait été tenue à Paris depuis 1870, Gambetla, dans son allocution d'ouverture, rappela que le Congrès avait rendu à notre incomparable Capitale le titre légal dont on l'avait trop longtemps dépouillée sans avoir pu l'amoindrir, et placé le siège du Gouvernement et des Chambres au seul point du territoire d'oîi on gouverne avec autorité. Il fit un éloge admirable de « ce prodigieux laboratoire de Paris, où viennent s'accumuler toutes les ressources intellectuelles, affluer toutes les forces vives de la société, toutes les données de la politique intérieure et extérieure, fécondées par un esprit public dont la vivacité n'altère ni la justesse ni le bon sens ». I) répondit d'un mot digne et fier aux accusations déjk formulées contre lui, quand il déclara qu'il se renfer^ merait scrupuleusement dans les devoirs spéciaux de la charge dont on l'avait revêtu. Enfin, il traça tout un programme de travail et même de gouvernement, quand il prononça ces paroles qui eurent un grand retentissement ; « Vous avez, Messieurs, amassé, préparé bien des matériaux de reconstruction ; vous avez élaboré bien des projets : il