‹ Histoire de la troisième république (volume 2)Chapitre 12 sur 145 · ALLOCUTION DE CAHBETTA SI · texte numérisé non relu

ALLOCUTION DE CAHBETTA SI

faut aboutir. » Et celte brillante et chaude allocution, d'un si merreilleux à propos, se terminait par ces mots où Gambetla mit toute son âme : « Faisons converger toutes nos facultés, ' tous nos efforts rers le but suprême : la grandeur de la Patrie, l'affermissement de la République. » Il faut regretter que tous les recueils de discours de Gambetla ne donnent pas ce morceau, où on )e retrouve tout entier, avec son sens politique si profond, avec son émotion vibrante et communicative toutes les fois qu'il parle de la France.

Sans avoir autant de portée, le discours prononcé au même moment par le comte Rampon, vice-président du Sénat, relata les services éclatants rendus & la République par Valentin. Député à la Législative en 1S49, exilé de 1851 à 1870, Valentin déploya un courage héroïque pour pénétrer dans Strasbourg dont il avait élé nommé le préfet; montra plus tard, & Lyon, une inébranlable fermeté contre l'insurrection dont il faillit devenir la victime et, quand il eut été relevé en 1873 de ses fonctions administratives, Ût entendre dans l'Assemblée nationale, puis dans le Sénat, des conseils d'un grand poids, toujours écoutés avec le respect que méritaient la fidélité des convictions et le dévouement à la chose publique de ce vaillant bomme, de cet irréprochable républicain.

La composition du Cabinet n'était pas étrangère & la méconnaissance par la majorité des règles du fonctionnement régulier du régime parlementaire. Ses dispositions malveillantes, sinon hostiles à l'égard du Ministère, se révélèrent non pas en séance publique, mais dans des conciliabules de groupes et dans des conversations de couloirs, où il fut vaguement question d'un programme minimum, sur lequel les républicains s'entendraient et qu'ils imposeraient au Gouver* nement. H. Waddington saisit la première occasion qui s'offrit à lui de protester contre un procédé qu'il trouvait

52 LE MINISTÈRE WADDIKCTON (i Fév,-2S [lécembre P8"(l| avec raison irrégulier et anliparlementaire. M. de Baudry d'Asson ayant retiré une interpellation déposée par lui sur des révocations de maires et d'adjoints en Vendée, le Président du Conseil s'interpella lui-mèine, leâ Décembre et, après avoir protesté contre les façons d'agir deM.de Baudry d'AssoD, il s'éleva plus vivement encore contre celles de la Gauche qui laîsaient au Ministère une situafion intolérable, contre une ingérence et une lyrannie qu'aucun Cabinet ne consentirait à supporter. Il ^omma le Parlement de dire catégoriquement si le Ministère avait ou n'avait pas sa confiance ; il réclama cette confiance absolue, complète, avec une vigueur qu'on ne lui connaissait pas; il bUma la politique de couloirs, d'attaques dans les journaux et, au nom de la dignité de la Chambre comme de l'avenir du régime parlementaire, il demanda impérieusement à la Chambre de provoquer les explicatious du Ministère.

Le gant ne fut pas relevé le jour même ; mais, quelques instants après que le Président du Conseil était descendu de la tribune, la Chambre, sur la proposition de M. Boysset et après un ardent réquisitoire de M. Floquet, prenait en considération, par 320 voix contre lî>2, avec l'assentiment de M. Le Royer et de ses collègues, une proposition de suspension de l'inamovibilité des magistrats assis. Le Cabinet désapprouvait au fond cette proposition qui n'aboutira que quatre ans plus tard : il n'osa pas la combattre.

Les incidents de la séance du 2 Décembre avaient ouvert une véritable crise ministérielle qui dura en réalité jusqu'& la constitution du Ministère de M. de Freycinet. Le jeudi 4 Décembre, MM. Henri Brisson, AUain-Targé, Floquet, Gâtineau, Boysset, Spuller, Baîhaut, Dréo, Labuze et Varambon demandèrent à interpeller le Cabinet sur sa politique intérieure. M. Waddington exprima le désir que l'interpellation fût discutée immédiatement et M. Henri Brisson

INTEBPELUIION IIENHI BHISSON 5'^

monta à U tribuae pour la développer. Son discours produisit d'autant plus d'effet que ses interventions étaient plus rares. Dans une langue sobre, concise, très ferme, sans inutiles ornements oratoires, M. Henri Brisson rappelle les incidents de l'avant- veille et fait ressortir « la legon de choses » que le Cabinet a donnée; entre le discours de H. Waddingtoa et le discours de H. Le Royer, il montre le désaccord, la contradiction apparaissant à un quart d'heure d'intervalle ; dans la majorité de 3â0 voix qui s'est faite sur la proposition Boysset, il montre l'union, l'entente pour un objet déterminé : la réforme de la magistrature. Le Cabinet en dix mois n'a pas su remplir son rôle, il n'a pas su faire l'éducation parlementaire de ces 350 députés venus des points les plus divers de l'horizon politique ; il n'a eu, dans cette question spéciale, qu'indécision, hésitation et résenc ; i) n'a pas davantage apporté de solution dans la question des rapports de la gendarmerie avec les municipalités et les aulorités administratives ; il n'a pas pris parti assez vite non plus, il n'a pas su calmer l'émotion publique provoquée par les cris factieux de « Vive le Roi » qui ont retenti dans des banquets auxquels assistaient des ofliciers de l'armée territoriale. Par suite de cet esprit d'incertitude, d'irrésolution, personne ne sait plus oii est la force, où est la direction gouvernementale. 11 y a défaut d'entente entre tes services publics, parce que certains corps administratifs, judiciaires, savants ou autres, constitués à l'état de mandarinat, contrecarrent le pouvoir politique, parce que le Cabinet n'a su donner d'orientation ni aux fonctionnaires, ni au Parlement, ni aux populations, parce qu'il est hésitant en face d'une majorité résolue, parce qu'il recule devant les réformes et les initiatives, parce que c'est à lui surtout que s'adresse la vive parole et le pressant conseil de Gambetta : « Il faut aboutir. »

S'* LE NIMSTËRE WADDiKGTON {i Fov.-Sg Décembre tS'Sj

A ce discoure très mesuré et 1res fort, le Président du Conseil Qt une réponse des plus ternes, où I'oq ne retrouva rien de la résolution qu'il avait montrée l'avaDt-vcille. Il affirma bien sa volonté de ne pas prêter la main à ce que la question de l'amnistie fût rouverte ; il rappela les lois d'enseignement déposées, le retour des Chambres à Paris eiîectué, le Conseil d'État réorçanisë, les plus-values budgétaires réalisées, la paix publique maintenue; mi^is il ne répondit point aux griefs particuliers formulés par M. Henri Brisson. De Cabinet homogène, d'après H. Waddington, il ne pouvait y en avoir que sous un dictateur et H. Brisson lui-même, s'il était porté au pouvoir, serait incapable d'en constituer un. 11 trouverait d'ailleurs en face de lui, comme le Cabinet du 4 Février, des hommes qui n'aspirent qu'à renverser la Constitution et à dénoncer le Concordat. Le Cabinet ne veut ni de l'amnistie plénière, ni de la nomination des maires par tous les Conseils municipaux, ni de la liberté absolue de la presse, ni le droit de réunion illimité, ni le droit d'association également illimité et il considérerait comme une suprême imprudence de couper en deux, à ce moment, le parti républicain : d'un cAté les progressistes, de l'autre, tes conservateurs.

Jules Ferry répéta avec un peu plus d'ordre et de fermeté les déclarations du Président du Conseil et H. Devès développa les motifs à l'appui d'un ordre du jour de contlance qu'il déposa au nom de la Gauche républicaine. « La Chambre des députés, disait cet ordre du jour, après avoir entendu le Cabinet dans ses déclarations, persuadée qu'il est fermement résolu à faire respecter de tous le Gouvernement républicain et confiante dans la vigueur avec laquelle il écartera des emplois publics les fonctionnaires hostiles & nos institutions, passe à l'oixlre du jour. »

Cet ordre du jour, qui créait l'équivoque, qui ne résumait

DISLOCATION DIT CABINET 5a

nalleineQt la discussion qui venait d'avoir lieu, fut adopté par 231 voix contre 97 sur 318 suffrages exprimés; 203 membres s'abstinrent : presque tous appartenaient à la Gaucbe. Le Cabinet était moralement entamé après ce vole et jusqu'au 21 Décembre il n'exista plus que de nom. S'il fut maintenu le 4 Décembre par le scrutin, c'est qu'un incident de séance avait montré à quels adversaires le Cabinet avait affaire du côté de la Droite. M. Jules Ferry, pendant son discours, avait parlé des impertinences de certains ofRciers de l'armée territoriale. « Allez leur dire en face ce que vous venez de dire ici, cria M. Paul de Gassagnac, et vous recevrez leurs épaulettes sur la ligure. » M. Paul de Cassagnac avait été frappé de la censure avec exclusion temporaire. Au vote final, aucun républicain ne voulut voter contre un Cabinet qui avaiten face de lui pareils ennemis et que l'on attaquait avec cette violence injurieuse : tous se réfugièrent dans l'abstention.

H. Waddington se rendait si bien compte de la situation faite au Cabinet par le vote du 4 Décembre qu'il manifestait, dès ce moment, l'intention de donner sa démission. II se résigna à conserver le pouvoir avec une majorité défiante et un Cabinet divisé, jusqu'au jour où deux membres de ce Cabinet, directement visés par deux votes de la Chambre, se retirèrent spontanément. M, Le Royer, le i Décembre, avait paru manquer de décision en présence de H. Boysset. En réponse à une question qui lui fut adressée par H. Labadie, sur un discours prononcé par le premier président de la Cour d'Aix, il sembla défendre avec un peu trop d'ardeur un magistrat notoirement hostile auxinstitutions républicaines. Enfin, en réponse à une interpellation de M. Lockroy sur l'application qu'il avait faite de la loi d'amnistie, il obtint un ordre du jour de confiance qui ne fut adopté, par 250 voix contre 175, que grâce & l'abstention de la Droite.

S6 U mmsTÉRK waDDINGTON ;4 Pèv.-SS Décembre ISTS)

Daos l'interpellation adressée au ministre de la Guerre par UH. Achard, Rouvier, Caduc, Lalamie, Raynal et Trarienx, le résultat fut encore plus mauvais : le Cabiaet triompha encore par 244 voix contre 163, mais sa majorité comprenait 118 membres de la Droite. Un banquet légitimiste avait eu lieu le 29 Septembre à Bordeaux, auquel assistaient deux chefs de bataillon et le lieutenant-colonel du 140* régiment d'infanterie territoriale, U. de Carayon-Latour, sénateur. Le ministre avait suspendu de leur grade les deux chefs de bataillon et cité le lieutenant-colonel M. deCarayon-Latour, devant un Conseil d'enquête qui déclara qu'il n'y avait pas lieu à suivre, M. Raynal, au nom des interpellateurs, supplia le général Gresley de se raviser : il s'y refusa, descendit de la tribune et quitta la salle des séances, au milieu des bruyants applaudissements de la Droite.

Le lendemain, 21 Décembre, les ministres se réuniâsaienl aumiaistère desAlîaires Étrangères, apprenaient deH. Waddington qu'il résignait ses fonctions, remettaient tous leur démission entre ses mains et, le soir même, le Président du Conseil allait porter au Président de la République la démission collective du Cabinet et des sous-secrétaires d'Etat. Le Cabinet du 4 Février avait duré dix mois et demi.

En recevant la démission de M. Waddington, M. Grévy dut lui faire observer, comme il l'avait fait après l'interpellation Lockroy, que le Cabinet, en réalité, n'avait pas été mis en minorité. Sans doute le Cabinet n'avait pas encouru un YOte de blâme, mais lui était-il possible de gouverner avec une majorité qui, le 4 Décembre, était de 201 voix et qui le 18 Décembre, la Droite déduite, se réduisait à 126 voix républicaines? L'erreur initiale de M. Grévy avait été de placer à la tête de son premier Cabinet un Président du Conseil qui manquait d'autorité et de recruter ce Cabinet parmi les seuls membres du Centre Gauche et de la Gauche républicaine, h.

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