DÉBITS DE BOISSONS ET COLPORTAGE
lutte contre les congrégations aoa autorisées, attacha peu d'importance au vote définitif par le Sénat des lois sur le régime des débits de boissons et sur le colportage. Il était excellent d'abroger la loi du â9 Décembre 18SI, qui avait permis au Gouvernement de l'ordre moral de fermer en cinq mois ifQQ débits de boissons et de porter une véritable atteinte à la liberté du commerce. 11 était peut-être excessif de ne donner au maire qu'un seul pouvoir, celui de déterminer, après avis du Conseil municipal, la distance à laquelle les débits de boissons doivent être des édifices religieux, des écoles et des hospices. On sait combien les débits se sont multipliés depuis 1880, et, par suite, quels développements a pris l'alcoolisme. La pleine liberté laissée aux colporteurs de livres, brochures, journaux, gravures, photographies n'a pas offert les mêmes inconvénients. La loi sur le colportage n'exigeait du colporteur que la qualité de Français; elle lui imposait une seule obligation : celle de faire viser son catalogue.
Quelques joursaprës la fétedu 14 Juillet, qui avaitmomentanément réconcilié tous les Français, était fondé à Paris un journal socialiste révolutionnaire, appelé à une bruyante renommée et & un prodigieux succès : l'Intransigeant. Son rédacteur en chef, M. Henri Rochefort, se déclara, dans une réunion, « du parti des pauvres contre les riches. » Son esprit critique, son art de démolisseur, bien plus que son dogmatisme socialiste, assurèrent la fortune de la nouvelle feuille, qui créa au Gouvernement modéré les plus graves difÛcultés; certaine de l'impunité, elle poussa la liberté de l'attaque jusqu'à ses plus extrêmes limites, sans attendre le vole de la loi sur la presse.
Violemment combattue, impunément calomniée la République raisonnable n'en remportait pas moins de constants succès électoraux. La journée du 1" Août 1880, consacrée
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aux élections canlonales, lui valut le plus significatif triomphe. Sur 1433 conseillers & élire, 1 026 furent républicains et seulement 407 réactionnaires. Avant le scrutin les Conseils géuéraux comptaient 1607 républicains et 1393 réactionnaires; après le vote les républicains étaient au nombre de i 906 et les réactionnaires étaient réduits & 1 004.
La vie politique se serait ralentie après les élections cantonales si le Parlement hors session n'avait tenu quelques assises : au Havre, H. Floquet, moins opportuniste en Aoûtqu'en Avril, se déclara partisan de la séparation de l'LlgUse et de l'État, et il invita le Sénatànepas opposer aux « inspirations des représentants de la nation > une résistancesystématique. Par ce conseil hautain M. Floquet préludait & la demande de suppression de ce Sénat qui devait lui offrir un refuge, à la Un de sa carrière politique, après une mésaventure électorale à Paris.
Le budget de 1881, bien qu'il n'ait été volé que sous le Cabinet J. Ferry, fut préparé sous le Ministère de FreyclneL Œuvre de H, Magnin, ce budget montait b. 3363 millions dont près de 590 millions pour le budget extraordinaire, en augmentation de près de 64 millions sur le budget précédent. Plus de iS millions de diminutions de recettes étaient proposés par M. Hagnin, consistant en réductions de droits sur les vins et les cidres, de sorte que les recettes normales étaient inférieures aux dépenses de o86 millions, ce qui n'empêcha pas la Commission de la Chambre de proposer J19 millions de réductions nouvelles.
Dans la discussion du budget des Cultes M. Talandier tenta vainement de faire supprimer l'allocation aux Cultes. Dans celle du budget de la Guerre, H. Amédée Le Faure protesta justement contre les indisponibilités qui réduisaient l'effectif de l'infanterie de 388000 à 300 000 hommes. La place des soldats, disait-il, est sur le champ de manœuvres et non
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deTBDl la grille de nos monuments et de nos fonctionnaires. Les crédits votés pour la Guerre et la Marine réunies atteignaient ea 1881 la somme de 89^ 706 709 francs. A.u budget de l'Instruction Publique le chapitre de l'enseignement secondaire fut augmenté de 200000 francs pour élever d'une catégorie plusieurs lycées. Après le vote de la loi de finances l'insurfisauce des recettes était de 649 613 913 francs ; en réalité ce chiffre a été dépassé : c'est une somme de 674 millions et demi qui dut être demandée à l'emprunt.
La caractéristique du budget de 1880, déficit k part, ce sont les modifications que H. Brisson, président de la Commission du budget, y introduisit, d'accord avec le Gouvernement. Les lois fiscales applicables au commerce, aux apports, cessions, accroissements, bénéfices el intérêts furent appliquées aux associations. Celles-ci sont tenues de déposer à l'enregistrement leur acte constitutif de société. Dans les trois premiers mois de chaque année elles doivent faire une déclaration supplémentaire indiquant les changements survenus chez elles. L'ensemble de ces dispositions avait été adopté par 350 voix contre H3, malgré l'opposition de la Droite et de }i%' Freppel.
Il nous reste à exposer l'œuvre de Jules Ferry qui fut en même temps, pour l'une au moins des deux grandes lois scolaires votées sous cette administration, l'œuvre du Cabinet tout entier. C'est le 23 Janvier 1880 que s'ouvrit devant le Séoal la discussion du projet de loi sur le Conseil supérieur et sur les Conseils académiques qui lui avait été transmis le 22 Juillet précédent. On sait dans quel esprit avaient été constitués les Conseils universitaires en 1850, quelle part importante y avait été faite au clergé, quelle place effacée et subordonnée y avait été consentie k l'Université.
K8 le ministère de f-reycinet (i8 Die. 1879-33 Sepl. 1880)
Le Conseil supérieur du duc de Broglie, composé des représenlaats de ce que l'on appelait les grandes forces sociales, élait reslé soumis aux mêmes intluences que le Conseil précédent, hostile à toute réforme, partisan déclaré de la rouliae, que l'on décorait du beau nom de tradition, et absolument décidé à ne jamais user de son pouvoir de contrôle et de surveillance sur renseignement libre, surtout sur l'enseignement libre congréganiste. La rapporteur de la Commission du Sénat, H. Barthélémy Saint-Uilaire, avait été habilement choisi parmi les républicains qui en 1849 et en 1850 avaient refusé de s'associer & la croisade entreprise contre l'Université. Les membres de la Droite qui attaquèrent le projet, MH. de Broglie, Bocher, Chesnetong, Delsol et Presneau, reprochèrent au Gouvernement de substituer aux Conseils de 1850 et de 1873 un Conseil presque exclusivement pédagogique ; ils affirmèrent que Ion avait surtout voulu atteindre lesévëques, puis Dieu lui-même, et que l'on préparait ainsi le divorce de l'Étal et de l't-^glise.
Après que le rapporteur et M. Roger-Marvaise eurent proclamé te droit supérieur de contrôle qui appartient à l'Étal Eur l'enseignement public et sur l'enseignement privé, le ministre de l'Inslruclion Publique prit la parole le 30 Janvier. Pour M. Jules Ferry les réformes pédagogiques ne peuvent procéder que d'universitaires et il cite, h l'appui de sa thèse, MH. Victor Duruy et Jules Simon, les deux seuls ministres vraiment réformateurs qu'ait eus l'Université depuis 1808. Très habilement, en homme qui prévoit une opposition irréductible & l'article 7 et une opposition plus modérée au projet en discussion, H. Jules Ferry cite avec complaisance l'opinion exprimée en 1849 par M. Jules Simon, dans la Liberté lie penser, sur les desseins des futurs auteurs de la loi du 15 mars 1830. Pour compléter sa démonstration M. Jules Ferry aurait pu produire à la tribune l'opinion exprimée par