LA RÉPORHB PÉDAGOGIQUE DE I88U
lions pédagogiques, d'appeler leurs réflexions et de provoquer leurs travaux sur les grands problèmes de l'éducalion nationale .
Une seule [ois, en 1880, sous l'énergique impulsion de Jules Ferrj-, el grâce au Bulletin de correspondance universitaire, fondé par le regretté fiurdeau, les élections furent très disputées : réformistes et antiréformisles opposèrent programme â programme ; les premiers réunirent plus des deux tiers des voix et apportèrent au Conseil qui fut installé le 31 mai des opinions bien arrêtées et très favorables à une nouvelle orientation de l'enseignement secondaire. Jules Ferry interprétait exactement les volontés de la majorité quand il indiquait à la nouvelle assemblée, comme principaux objets de ses travaux. In réforme du baccalauréat qui doit être une épreuve finale, couronnement de longues et régulières études; la réforme des méthodes, c'est-à-dire la substitution, à la culture exclusive de la mémoire, du développement du jugement et de l'initiative propre de l'enfant; el enfin la réforme des programmes d'histoire, de sciences, de latin et de grec. Le Conseil supérieur s'inspira de ces idées et deux mois après, le 4 Août, en présidant la distribution des prix du Concours général, le ministre pouvait célébrer l'oraison funèbre du discours latin, déclarer qu'on n'apprendrait plus le latin pour l'écrire, mais pour le lire, cl annoncer que le baccalauréat réformé serait le contrôle sérieux et paternel d'un savoir honnêtement acquis.
Ce n'est pas le lieu, dans une histoire générale de la République, d'insister longuement sur une réforme pédagogique qui n'a pas produit, qui ne pouvait pas produire tous ses fruits, parce que l'essai loyal et complet n'en a pas été fait. Le (kinseil a reculé devant l'examen simultané de l'enseignement secondaire classique et de l'enseignement secondaire spécial qui l'eât peut-être conduit & des solutions beaucoup
9i LE MINISTÈRE DE KHtVCI.NET (iR Déc. I87S-S3 Sept. I8B0]
plus radicales ; il n'a éludié que la question qui lui était soumise de l'enseignement secondaire classique et il s'est efforcé, non pas de le renouveler de fond eA comble ou de le subordonner à un autre type d'enseignement plus rapide, plus pratique ou plus professionnel, mats simplement de l'amender, en tenant compte des critiques qui lui étaient Eailes par loul le monde. On reprochait à. l'enseignement classique de ne s'adresser, en apparence, qu'à de futurs proresseurs, de sacHlier non seulement le fond à la forme, mais aussi l'enseignement des sciences, de l'histoire, de la géographie, des langues vivantes, & celui des deux langues mortes. Si ce reproche était fondé, ceux-là le savent qui sont arrivés & la lin de leurs études classiques sous l'ancien régime. Les meilleurs d'entre eux emportaient de leurs huit ou neuf années de séjour au lycée, avec une connaissance à peine suffisante du latin et l'art de l'écrire assez élégamment en prose ou en vers, une connaissance beaucoup plus vague du grec et une ignorance à peu près absolue de tout le reste. Les autres, et c'était la grande majorité, ne compensaient pas même, par la connaissance superficielle des deux langues mortes, l'ignorance des autres enseignements tenus pour accessoires. Quant à la langue maternelle, personne n'oserait soutenir qu'elle était mieux sue, mieux parlée et mieux écrite en 1870 qu'aujourd'hui. De ce chef donc la réforme de 1880 n'a pas été inutile. Les enseignements accessoires d'avant 1880 ne sont plus tenus pour accessoires depuis 1880. Ici encore les résultats obtenus sont importauts.
Que reste-t-il, en somme, des reproches adressés aux réformateurs de 1880 ? Sait-on moins de latin et moins de grec ? Peut-être. Mais n'y a-t-il pas compensation ? Les gains n'équtvalent-ils pas aux perles'? Et ces gains auraient été bien plus grands si, quelques années après la réforme, on n'était pas revenu sur quelques-unes des plus heureuses
l'article 7 DEVANT LE SÉKAT 93
ÎDDOvalioas de 1880, si les maîtres chargés de l'appliquer avaient biea compris l'efficaciLé des mélhodes nouvelles qui leur étaient recoramaodées, si chacun s'était bien pénétré de son esprit et, au lieu d'arQrmer que l'on avait porté une main sacrilège sur la culture classique, s'était efforcé de développer cette culture, en faisant appel au jugement et h la réQexion, plutôt qu'à la mémoire et au psittacisme. La réforme était bien conçue ; elle répondait aux vceus de l'opinion ; elle n'a pas été maintenue dans ses grandes lignes avec une fermeté suffisante et il s'est rencontré, parmi ceux qui étaient chargés de l'appliquer ou d'en surveiller l'applicalioD, trop d'esprits chagrins qui ont trouvé plus facile de la critiquer que de la comprendre.
Noua avons raconté longuemenl, dans le chapitre précédent, les discussions auxquelles la loi sur la liberté de l'enseignement supérieur avait donné lieu à la Chambre des Députés. 11 convient d'y revenir et d'en parler plus longuement encora, puisque l'historique de cette loi et des décrets du 29 Mars, qui s'y rattachent indissolublement, est toute l'histoire du premier Ministère de Freycinet. Dans quel élat d'esprit le Cabinet et le parti républicain abordaient-ils cette grosse question, fort mal posée, il faut en convenir, des rapports de l'Église et de l'État? Le Président du Conseil, plus porté aux transactions qu'à la lutte, avait accepté l'héritage du Cabinet précédent et dans cet héritage se trouvait l'article 7. Du reste, le maintien de M. J. Ferry dans le Ministère du 28 Décembre indiquait bien que M. de Freycinet ne répudiait rien des lois scolaires, pas même le malencontreux article, nie défendrait, avec plus de résignation peutêtre que de conviction, mais il le défendrait. La majorité de la Chambre, qui avait donné un si grand nombre de suffrages à l'article 7, ne reviendrait pas sur son vole ; elle était même disposée & remettre au Gouvernement une arme plus efficace
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coDlre le cléricalisme, si celle qu'elle veaail de forger était brisée dans ses mains par le Sénat. Gambetta, qui voulait que l'on appliquât toutes les lois, dans les relations de l'Église el de l'État, Gambetta qui avait dit au P. Hyacinthe : « La séparation, mais ce serait la Qn du monde, » apporterait à la majorité, si elle faiblissait, l'appui de son talent, el au Gouvernement, s'il en avait besoin, son autorité encore toute puissaute. A l'Extrême Gauche, quelques partisans de la séparation et de la lutte h. outrance, contre le calliolicisme aussi bien que contre le cléricalisme, n'étaient pas pour diminuer sensiblement la majorité. Au Sénat, enfln, à côté de 140 républicains bien décidés à aller jusqu'au bout, ^0 ou ia libéraux étaient non moins décidés à rester en deçà de l'article 7. Dans le pays, l'opinion en grande majorité était neutre ; ses fractions les plus actives voyaient exclusivement dans l'article 7 la guerre au Jésuite, guerre populaire dans notre pays, où les Jésuites ont toujours eu plus d'influence que de sympathies. La campagne de pétitions organisée par la Droite avait échoué puisque, sur le million de signatures recueillies, les deux tiers émanaient de femmes ou manquaient de légalisation.
La discussion s'ouvrit au Sénat le i3 Février, dans de singulières conditions, la Commission ayant repoussé l'ensemble de la loi à la majorité de T voix contre î. Dans le rapport qu'il avait déposé, dès le 8 Décembre 1879, M. Jules Simon exposait que la Commission était divisée en trois groupes: les républicains,au nombre de 4, disposésàvolertoutelaloi, avaient repoussé la loi découronnée de l'article 7 ; la Droite, composée de 3 membres qui voulaient s'en tenir aux lois de 1850 et de 1875, avait également rejeté l'ensemble ; f libéraux formaient le troisième groupe qui acceptait la loi, moins les ar^ ticles Set 7. Dans la péroraison de son rapport M. Jules Simon, «^ui appartenait à ce troisième groupe, se plaçait sur le ter-
H. JULKS SIMOK ET l'aRTICLE T 95
rain de la théorie pure et affirmait que )a République ne pouvait sans péril restreindre la liberté, ou se donner l'apparenco de la restreindre. Il conrandail la liberté individuelle, que la République ne menaçait d'aucune fagon, et la liberté des corporations qui est réglementée par des lois spéciales ; de plus, il était forcé, s'il se piquait de logique, d'admettre la liberté d'enseignement absolue, sans aucun contrôle de l'État, sans aucune réglementation, sans conditions de grades ni de moralité. C'est par une véritable contradiction que H. Jules Simon, dans son discours au Sénat, reproduction des idées de son rapport, admit la surveillance de l'État sur l'enseignement libre. Après le rapporteur, H. Bertauld montra qu'un enseignement qui avait pour résultat de séparer la France en deux fractions ennemies était un danger pour l'unité morale et intellectuelle du pays; que d'ailleurs un tel enseignement n'était conforme ni à la Constitution ni aux lois. MM. Chesnelong et Lucien Brun, par leurs exagérations, fournirent des arguments à ceux qui se plaisaient k confondre le catholicisme avec l'ultramontanisme oppresseur. Plus habilement, M. Buifet défendit les jurys mixtes institués par la loi de ISTS; son amendement tendant à leur maintien fut repoussé par 162 voix contre 102 et les sis premiers articles de la loi furent adoptés.
On se trouvait en présence de l'article 7 qui, nous l'avons dit, visait particulièrement l'enseignement secondaire donné par les congrégations non autorisées et qui se trouvait si bizarrement inséré dans une loi sur l'enseignement supérieur. Il fallait, si l'on jugeait l'enseignement des Jésuites ou de toute autre congrégation dangereux, reprendre en sous-ceuvre la loi du 1<i Mars ItiSO et exiger des maîtres de pension, des chefs d'institution laïques ou congréganisles, réguliers ou séculiers, exactement les mêmes garanties de grades, de capacité, de moralité et de stage que l'on exige
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des direcleurs des établissements de l'Étal. Toute autre façon de procéder avait l'air d'une révision détournée et comme hypocrite de la législation de I80O. Celle erreur a malheureusement influé sur les destinées de l'enseignement secondaire ; il reste seul soumis à une loi qui ne régît plus ni l'enseignement supérieur ni l'enseignement primaire.
L'article 7, qui semblait être devenu toute la loi, fut attaqué par M, Bérenger et par M. Buffet, défendu par M. Bertauld et parle ministre. M. Bérenger, remontant a la Constitution républicaine de 1848, constata qu'elle avait reconnu le droit d'assuciation et proclamé la liberté d'enseignement. Tout en repoussant les doctrines des Jésuites, il demandait que l'on traitât les Jésuites comme les autres citoyens. H. Buffet, après avoir exprimé des craintes sur le sort des lo ou 20 000 enfants confiés pour l'instruction à des membres de congrégations non autorisées, après sètre demandé ce que deviendraient ces enfants, affirma que le clérical était un mythe, qu'il existait des catholiques mais non pas des cléricaux ; puis il lit l'éloge des Jésuites; il émit ce grossier paralogisme, indigne de son talent, qu'ils avaient le droit d'exister puisqu'ils avaient, depuis la loi du 13 Mars liJbO, le droit d'enseigner. C'est M. Bertauld qui répondit à cette partie de l'argumentation de M. Buffet. L'éminent jurisconsulte de la Faculté de Caen n'eut pas de peine à prouver que les congrégations non autorisées étaient tolérées, mais & U condition de ne pas enseigner. Rejeter l'article ", ce serait leur reconnaître la liberté d'association, sans conditions et sans limites. Le ministre prit la parole après H. Bertauld. Il répondit aux précédents orateurs que l'enseignement chrétien ne serait nullement atteint par le vote de l'article 7, que les 20 000 élèves dont s'inquiétait M. Buffet trouveraient un asile chez les congrégations autorisées ou dans les établissements tenus par le clergé séculier ; que les lois prohibant
M. HKBTAULD ET LIS POINT DE WE JLiBIDIQUB ifl
les congrégations non autorisées étaient encore en vigueur. H rappela que sous l'Empire, de 1859 à 1870, pae un collège de Jésuites n'avait pu s'établir et il cita le mot de Bonjean sur la loi de 1830 : • Le premier Gouvernement qui aura la main ferme la supprimera. > Il convenait, non pas lie la supprimer ou delà tourner, mais de la remplacer, de substituer & une loi de privilège pour quelques-uns une loi d'cgalité et de liberté pour tous.
Le ministre se lança ensuite dans un inlerminable exposé de citations empruntées aux ouvrages historiques de l'abbé Courval, du P. Gazeau, de M. Chantrel et autres conlinuateurs du P. Loriquet. « Si l'on trouve ces doctrines indifférentes, dit Jules Ferry, il faut se prononcer pour la séparation de l'Eglise et de l'Etat ; si on les trouve dangereuses, il faut agir. > Ce trop long discours se terminait par une vive apostrophe à la sociélé de Jésus, ii l'esprit théocratique, aux contempteurs de la société moderne, de notre ordre social et politique, de la Révolution, apostrophe que la Gauche accueillit par des applaudissements frénétiques, la Droite par des cris d'indignation.
■ Ces doctrines, riposta Jules Simon, s'enseignent partout où il y a un clergé catholique; les Jésuites chassés, elles continueront à être enseignées par leurs successeurs, réguliers ou séculiers. > El l'habile orateur, dont la voix douce et l'éloquence attendrie avaient calmé les ardeurs du Sénat, demanda le renvoi de la discussion au 8 Mars. Au jour dit, après avoir exprimé le regret que le Gouvernement n'eût pas présenté un projet de loi sur les associations, il conclut en qualifiant l'article 7 d'inutile, de dangereux et de souverainement impoli tique.
H. Ronjat, se plaçant plutôt au point de vue juridique, commeM. Bertauld, montra que la liberté d'enseigner n'était pas la liberté de parler ou d'écrire; que celle-ci était un Enr.. Zkvoht. — Troisiëmc Râpubljque. iti. — T
98 LE HlIflSTÉRE DE FREYCINET (38 Dec. ISIS-SS Sepl. 1880)
droit naturel et celle-là une faveur de la loi. Celle faveur, on peut l'accorder à un citoyen et la refuser à la collectivité qu'est une congrégation. Or, c'est la congrégation en tant que corps qui enseigne, ce n'est pas le congréganiate en tant que citoyen. Hais la question n'était plus juridique, elle était devenue exclusivement politique, à tel point que beaucoup de ceux qui estimaient l'article 7 inutile allaient le voter et que beaucoup d'autres allaient voter contre, qui savaient bien que, s'il était rejeté, des mesures plus rigoureuses seraient prises contre tes congrégations.
La journée du 9 Mars fut décisive dans cette longue discussion. Le Sénat entendit, avec des sentiments divers, mais avec une égale admiration, deux orateurs bien différents qui tous deux firent honneur h la tribune française, M. de Preycînet et M. Dufaure. Rarement Assemblée politique a entendu discours plus remarquables. Nous n'avons pas souvenir d'avoir jamais éprouvé pareille jouissance, jamais ressenti pareille émotion intellectuelle. Ce n'étaient pas les grandes envolées de Gambetta, ni son ardente parole, ni sa chaleur communicative ; c'était la perfection même de l'art de dire ; on n'était pas transporté ni convaincu, mais ravi et charmé ; on n'était pas pris aux entrailles, mais au cerveau.
Avec sa tenue d'une impeccable correction, avec l'exquise courtoisie de ses manières, avec sa voix douce comme une caresse, avec sa prudence qui se jouait au milieu des difficultés dont le sujet était hérissé, surtout pour lui, avec ses inépuisables ressources de pacificateur et d'arbitre, le Président du Conseil prononça, le 9 Mars, son plus beau et plus fort discours. M. de Freycinet reconnaît d'abord que l'article 7 mérite quelques reproches, mais non pas ceux qui lui ont été adressés. Il ne viole pas la liberté, et il ne porte pas atteinte & la religion. Les congrégations non autorisées n'ont pas
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plus le droit d'enseigner en commun qu'elles a'ont le droit d'acquérir, de posséder, d'administrer en eommum. Leur eiistence ou leur non-existence est indépendante de la religion et la preuve, c'est qu'en 184S le pape obtint des Jésuites qu'ils cessassent de vivre en France & l'étal de congrégation. Que fera le Gouvernement si l'article est volé 7 Il exigera des congrégations qu'elles se munissent d'une autorisation : si l'autorisation leur est refusée, par le Conseil d'État ou par le pouvoir législatif, sera-ce une persécution de les empêcher de vivre ? Et que l'on ne redoute pa» une exécution aveugle et brutale. Le Gouvernement sait les difficultés qu'a suscitées la seule présentation de l'article 7 : il sera prudent. D'ailleurs, si l'article n'est pas voté, qui pourrait empêcher le Cabinet du 28 Décembre ou un autre d'appliquer des mesures d'expulsion qui sont encore en vigueur?
Passant au point de vue politique, H. de Frejcinet expose le conflit qui existe depuis 1870 entre le parti républicain et la contre-Révolution. Il insinue que si le Sénat avait accepté en 1876 le projet de loi de MM. Dufaure et Waddington sur la collation des grades, la question ne se serait pas présentée à nouveau avec cette acuité. Survint le 16 Mai, et tout se ressentit de la longue agilatioa qu'il laissait après lui. De lit procède l'article 7. On l'accuse de violence : mais il a été présenté par le Cabinet Waddington, qui renfermait les éléments les plus modérés du parti républicain. Depuis, il est devenu une sorte de champ clos, où amis et adversaires de la République se sont donné rendez-vous. C'est pour ce motif que le Cabinet du i8 Décembre ne saurait l'abandonner, car son rejet sera une défaite, son adoption sera une victoire pour le parti républicain. Que le Sénat, au lieu de voir simplement un article adopté ou repoussé, songe aux conséquences de son vote. Le pouvoir exécutif sera
lUO LE lllHIâTtKE DE FKEVOINET {28 l)èc. 1879-23 Sept. IS80)
mis en demeure d'appliquer dea mesures beaucoup plus dures que celle qu'on lui propose. La loi est peut-èlre défectueuse sur certains points, mais c'est uae nécessité politique qui s'impose, c'est une mesure de prudence et de transaction.
Le discours de H. de Freycinet produisit un grand effet : il eùtentraîné l'adoption de l'article 7, considéré comme un moindre mal, sans l'intervention de M. Dufaure, qui eut, dans celte grande journée oratoire, son chant du cygne. Le vieux parlementaire, avec sa manière sobre et forte, reprocha h H. de Freycinet de ne pas avoir combattu, dans le Cabinet précédent, l'adjonction de l'article 7 au projet. 11 reprocba & M. Jules Ferry d'avoir fait de cet article, dans son voyage h Bordeaux, it Perpignan, à Béziers et it Marseille, le symbole de la résistance à « l'esprit clérical. » Il manifesta la crainte que l'article voté ne fAt appliqué sans modération par les futurs Ministères, et, après avoir essayé de montrer que la loi était contraire à l'esprit de la Constitution de 1848, il adjura le Sénat, qui avait déjà cédé tant de fois, de nepascéderune fois de plus. Vingt-huit membres du Centre gauche entendirent celte adjuration, et l'article 7 fut repoussé par \iS voix contre 129 ; la majorité comprenait toute la Droite, au nombre de 118 membres, le Centre Gauche dissident, et M. Jules Simon, de la Gauche. Le rejet de l'article 7, M. de Freycinet l'avait annoncé, fut considéré comme une défaite pour le parti républicain : il allait prendre une prompte revanche.
Après le rejet de l'article 7, le Sénat adopta le reste delà loi et décida de passer & une seconde délibération qui s'ouvrit le 1S Mars. M. Pelletan reprit l'article 7 comme amendement. H. de Freycinet demanda la parole pour répondre à l'appel que M. Dufaure avait adressé au Gouvernement de chercher, entre les deux déhbérations, une formule de tran-
REJET DE l'article T 101
Baction. Le Gouvernemenl n'apportait pas de formule nou- Telle, l'article 7 étant lui-mftme la transaction, et il acceptait la situation qui lui était Taite par le vote du Sénat. Par 187 voix contre 103, l'Assemblée confirma le rejet de l'article 7 et le vote de la loi.
Le lendemain, la Chambre acceptait le texte sénatorial, par 364 voix contre 9i, et la loi sur l'enseignement supérieur était délinîtivementadoptée. Son article premier rendait obligatoires, devant les Facultés ou Écoles de l'État, les examens qui déterminent la collation des grades. Tous les candidats aux grades sont soumis aux mêmes règles (article i). Les inscriptions prises dans les Facultés de l'État sont gratuites (article 3j. Ni les établissements libres ne peuvent prendre le titre d'universités, ni leurs certificats d'études porter les titres de baccalauréat, licence ou doctorat (art. 4). Les titres ou grades universitaires ne peuvent être obtenus qu'après examens ou concours devant les jurys d'État (article 5). L'ouverture des cours isolés reste soumise aux formalités prévues par la loi de 1875 (article Oi. Les établissements libres et associations formées en vue de l'enseignement supérieur ne peuvent être reconnus d'utilité publique qu'en vertu d'un article 7 nouveau. L'infraction aux articles 4 et S de la loi est punie d'une amende de 100 à 1000 fr., et de 1000 à 3000 fr. en cas de récidive. L'article 9 abroge les lois, décrets, ordonnances et règlements contraires à la loi ainsi allégée.
Les événements qui suivent sont d'ordre exclusivement politique : ils n'intéressent qu'indirectement l'instruction publique. La loi sur l'enseignement supérieur n'avait été que l'occasion de la lutte des partis, de ce que M. de Preyeînet, dans son discours du 9 Mars, avait appelé le conflit entre le parti républicain et ta contre-Révolution. La transaction offerte à la Droite du Sénat et au Centre gauche dis-
\0i LE HINISTIÏRE DE FREYCINET |3S Uéc. 1870-33 Sept. ISSO)
sident, M. de Freycînel allait, nous le verrons, l'offrir aux congrégations elles-mêmes, une fois les décrets rendus.
Le 16 Mars, le jour même de l'adoption de la loi revenue du Sénat, la Chambre, saisie d'une demande d'interpellation par les présidents des quatre groupes de Gauche, adopta l'ordre du jour suivant, par 324 voix contre 125: « La Chambre, confiante dans le Gouvernement et comptant sur sa fermeté pour appliquer les lois relatives aux associations non aulosées, passe à l'ordre du jour. * Le Président du Conseil n'avait pris la parole que pour solliciter un témoignage de la pleine confiance de la Chambre.
Les décrets parurent le 39 Mars. Le premier enjoignait & la Société de Jésus de se dissoudre dans les trois mois et lui accordait un délai de six mois pour ses établissements d'enseignement. Le second accordait trois mois aux autres congrégations non autorisées pour solliciter l'autorisation. Dès le début les organes du parti royaliste et ullramonlain, la Gazelle de France et VUnion, déclarèrent qu'une étroite solidarité unissait toutes les congrégations et qu'elles ne céderaient pas. Les autres journaux conservateurs, comme l'avaient fait les députés et les sénateurs de la Droite, reprocbërenl au Gouvernement de viser et d'atteindre, à travers les Jésuites, la religion elle-même. Les journaux républicains approuvèrent la conduite du Gouvernement et l'opinion, en dehors de la presse et du monde parlementaire, ne se passionna point pour un événement qui ne devait s'accomplir que trois mois plus tard. Celle question des décrets et de leur application constitue pourtant toute la politique intérieure et elle alimente toutes les polémiques du 29 Mars au 23 Septembre.
Le 2 .\vril paraît la circulaire de H. Lepëre aux préfets sur tes décrets. Le ministre, commentant ces documents, rappelle que le Concordat ne garantit pas l'existence des