LOI DU ' MAI ET TB.UTÉS DE COHÏIERCE
Chambre, d'accord avec le Gouvernement, rejetait la proposition de loi rétablissant le divorce malgré une défense habile de M. Naquet et un admirable discours de M. Léon ReiiauU'. Plus de cent républicains, sans s'en rendre compte, en étaient restés à la conception ecclésiastique du mariage : ils ne virent pas que le régime de la séparation de corps, accepté par l'Église, a tous les inconvénients du divorce, avec l'hypocrisie en plus, et aucun de ses avantages.
LeSénatqui avait sanctionné, le 28 Mars, une très utile création, celle des Caisses d'épargne postales, consacra plusieurs séances au vote du tarif général des douanes. La loi, promulguée le 7 Hai, permit au (iouvernement de négocier des traités de commerce. La doctrine du Sénat, en cette matière, avait été aussi hésitante que celle de la Chambre. La première fois que le tarir général avait été soumis au Sénat, les chiffres • adoptés par la Chambre avaient été relevés, b la demande de M. Pouyer-Quertier, l'apôtre du protectionnisme, qui avait tracé un tableau poussé au noir des traités de 1860 et de leurs elTets sur notre commerce. Le ministre, M. Tirard, avait essayé d'arrêter le Sénat dans cette voie, en faisant valoir que le relèvement des droits sur le seigle, l'avoine et la viande pèserait surtout sur les ouvriers et augmenterait la cherté de la vie. Au mois de Mars le Sénat se rangea, par un revirement inattendu, du côté de M. Tirard et modéra les droits précédemment votés.
C'est le 7 juillet, peu de jours avajit sa séparation, que le Sénat adopta la loi antérieurement votée par la Chambre sur les indemités & allouer aux victimes du i Décembre. En 1851-18S2, près de 30.000 personnes avaientdù comparaître devant les tribunaux ordinaires ou devant les juridictions exceptionnelles pour crime d'opinion. Il était hors de doute
(I) Appenilice V.
432 LE MIMSTKHE DE JULES FERRV (Î3 Sept 1880-14 Bov. 1881)
que la déportation ou l'exil avait jeté un trouble profond dans leur carrière el qu'une compensation leur était due. On était d'accord sur le principe, divisé seulement sur le chiffre des pensions viagères à concéder et aussi sur l'opportunité de revenir, trente ans après l'événement, sur des dévouements k la République, très réels incontcslableoient, mais que la République avait presque tous déjè. dédommagés ou récompensés.
Le budget de 188:2 fut volé, avant la séparation, par la Chambre des députés et par le Sénat. La Chambre, élue en 1877 pour quatre ans, vota donc cinq budgets. Cette procédure était plus conforme h la lettre qu'à l'esprit de la Constitution de 187S. On peut en dire autant des empiétements commis par la Chambre sur les pouvoirs et les droits de •l'Assemblée qui devait lui succéder. Les excédents de recettes sur les dépenses, depuis 1876, s'étaient élevé» à 286 millions et avaient permis de dégrever d'égale somme les impôts établis après 1870-18TI pour réparer les désastres de la guerre. En prévision de nouvelles plus-values en 1882, la Chambre décida, en principe, qu'une nouvelle somme de 40 millions seraitconsacrée au dégrèvement de l'impôt foncier. Ce n'était pas ta une politique rinancière bien prévoyante. L'historien de la gestion conservatrice el de la gestion républicaine, M. Amagat, reproche également, non sans quelque raison, au ministre des Finances et h la Commission du budget de 1882 d'avoir pratiqué la politique du trompe-l'œil, en faisant état des amortissements opérés sur la dette ancienne el en oubliant et les dettes nouvellement contraclêes et les déficits possibles. L'emprunt de 3 milliards en rentes 3 p. 100 amortissables du 17 Mars avait, en effet, été largement couvert et contracté k un taux avantageux ; mais la Dette en avait augmenté d'autant et le déficit pour 1882 devait atteindre près de 770 millions.
LE BUDGET DE ISBf 133
M. MagDÎQ, dans l'exposé des molifs de la loi de finances, avait pourtant poussé un premier cri «l'alarme : * Lorsqu'on proposera d'engager une dépense exagérée ou téméraire, le ministre des Finances interviendra et, dût sa popularité en soufTrir, il saura vous dire : « Il n'est que temps de vous arré- • ter. > De son cAté, H. Loubel, député de la Drame, le futur ministre, le futur Président du Sénat, estimait qu'en matière de finances il ne fallait pas être trop optimiste et que la situation ne permettait pas de tenter des dégrèvements prématurés. Toutes les résistances furent emportées par l'optimisme chaleureux et communicatif de M. Rouvier, rapporteur général. Le Parlement alla même plus loin que ne le demandait le Gouvernement : il fit aux communes un cadeau de 17 millions, équivalant au produit de la rétribution scolaire. Il accorda 4 millions de plus à l'Intérieur pour les services pénitentiaires et les commissaires de police, 6 millions de plus à la Marine et aux Colonies pour accroissement de l'effectif, constructions navales et amélioration de solde, i millions de plus à l'Algérie et aux Colonies pour accroissements de personnel et de traitements, 6 millions de plus à l'Instruclion Publique pour augmentations de personnel et créations d'emplois, 9 millions de plus aux Travaux Publics pour travaux nouveaux à entreprendre.
Nous avons commencé ce chapitre par l'étude de l'œuvre législative accomplie sous le premier Ministère Ferry. Il nous reste à raconter l'histoire de ce Ministère à l'intérieur et & l'extérieur et, en premier lieu, à dire la fa(;on dont il a gouverné, à rappeler aes actes administratifs, & indiquer l'impression produite par ces actes et par la politique générale du Cabinet sur le Parlement et sur le pays.
Le Ministère était né le i3 Septembre, en pleines v
134 LE MINISTÈRE DE JULES FERRV [ii Sept. 1S»0-lf Nov. 1S8I)
l'opinion se montra peu favorable au nouveau Cabinet. H. Clemenceau, dans un grand discours prononcé à Marseille, attaqua vivement H. Gambetta et sa * dictature oblique. > Il le rendit responsable de la dernière crise ministérielle et critiqua, non sans quelque raison, ces Cabinets que l'on voyait naître, vivre et mourir, sans que leur naissance, leui* vie et leur mort fussent imputables au Parlement.
La fin de ces vacances, ainsi troublées, fut remplie par l'agitation résultant des décrets : nous n'y revenons que pour signaler une lettre de Léon XIII, au cardinal Guibert. En termes très diplomatiquement adoucis, le pape approuvait la soumission des supérieurs de congrégations au Gouvernement et rappelait, avec un pen plus de fermelé, aux chefs du parti réactionnaire, leur devoir d'obéissance aux instructions pontificales Celte intervention dans les luttes politico-religieuses de laïques plus royalistes que le roi et plus papistes que le pape, fut mise en lumière, dès la rentrée, par M, Ferry répondant à M. ButTet. Le sénateur de la Droite avait interpellé le Président du Conseil sur l'exécution des décrets. H. Jules Ferry montra partout des laïques encourageant la résistance des religieux. M. de Freycinet intervint pour rappeler son rôle dans lacrise;il leQt avec tant de tact et d'habileté, sans ombre de récrimination ou de critique contre ses successeurs, qu'il posait, dès le lendemain de sa retraite, dans un véritable discours-ministre, sa candidature à une future Présidence du Conseil. Avide d'impopularité, M. Jules Simon proposa un vole de blâme contre le Cabinet. Le Sénat répondit en adoptant par 143 voix contre 137 l'ordre du jour pur et simple; accepté par M. Jules Ferry.
Les choses allèrent moins bien à la Chambre et le Ministère débuta par un échec qui pouvait sembler de nîauvais augure. Après avoir donné lecture d'une Déclaration très fière, le ministre demanda l'inscription des lois scolaires h