LE CABINET EN MINORITÉ DEVANT LA CHAMBRE
l'ordre du jour des travaux de la Chambre. Celte demande était bien naturelle, de la part d'un Cabinet qui devait l'existence aux événements que nous avons racontés. La Chambre ne l'entendit pas ainsi et elle accorda la priorité à la loi sur la réforme de la magistrature. M. Ferry se retira et ne reprit ses fonctions que le lendemain, à la suite d'une séance où un ami complaisant, H. Louis Legrand, lui fournil l'occasion de s'expliquer ; oEi H. Clemenceau t'attaqua avec sa logique froide et tranchante et oâ 280 voix contre 149 lui permirent un retour, non pas triomphal mais honorable. Puis la Chambre aborda la réforme de la magistrature. L'œuvre commune de la Commission et du Gouvernement, attaquée par H. Goblet qui voyait dans l'élection des juges la solution de l'avenir, par M. Ribot qui lui reprochait de n'être qu'un expédient, fut défendue avec une supériorité éclatante par M. Waldeck- Rousseau. Voté par la Chambre, le projet de H.Cazot, dont le caractère principal était la suppres* sion de l'inamovibilité, avec le droit donné au Gouvernement de remanier le personnel pendant un an, ne devait pas plus aboutir sous le Ministère Ferry que le projet sur la laïcité et l'obligation dont la Chambre entreprit la discussion au mois de Décembre.
Quelques changements importants dans la haute administration des Affaires Étrangères et des Finances avaient marqué l'avènement du nouveau Ministère. Aux Affaires Étrangères la direction du personnel avait été rattachée au sous-secrétariat d'État. H. Billot avait été nommé directeur du contentieux; M. Mariani, directeur du commerce; M. Charmes, sous-directeur politique pour le Nord, et M. Bourcier de Saint-Chaffray, sous-directeur politique pour le Midi.
A la Cour des comptes, M. BethmonI fut nommé premier président, et M. Audibert, procureur général. Le mouvement administratif, conséquence obligée du changement de Cabi-
136 LE mmsTÈBE de jcles ferry (â3 Sept. 18«0-liNo*. 1881,
net, fut différé jusqu'au 18 Novembre, mais porta sur 144 fonc lion n aires.
Quelques jours après, le général de Ciasey était remplacé par le général Zentz à la tête du onzième corps. Très brave en face de l'ennemi, le général de Gissey s'était montré faible en face d'une sorte d'aventurière, d'origine suspecte et de mœurs faciles, femme séparée d'un officier d'étatmajor aussi honorable que distingué. Lorsque se plaida le procès intenté par cet officier ii sa femme, pour convertir en séparation judiciaire la séparation de fait, l'avocat du mari, M" Allou, dut s'expliquer sur la nature des relations qui avaient existé entre l'ancien ministre de la Guerre et M"" de Kaulla. L'opinion prit feu ; trois journaux, le Petit Parisien, i'inlransigeanl, et le Pelil Pharede la Loire accusèrent le commandant du onzième corps d'avoir révélé à H'"" de Kaulla les secrets de la défense nationale et le plan de mobilisation. Remplacé dans son commandement, le général poursuivit ses diffamateurs ot les fit condamner &8.000 francs d'amende et aux dépens. Mais l'émotion publique avait été si vive que la Chambre se saisit de l'afTaire et nomma une Commission chargée de faire une enquête sur les faits reprochés à l'ancien ministre. Après trois mois d'investigations la Commission, par un jugement rendu à l'unanimité, mit hors de cause le général de Cissey quant aux faits de concussion et de trahison, mais formula un jugement sévère contre les pratiques administratives des bureaux de la Guerre. La Chambre adopta ces conclusions et les renvoya au ministre intéressé, le général Farre, pour les mesures à prendre contre un certain nombre de liauls fonctionnaires. Le général de Cissey mourut un an après, le 14 Juin 1882, Triste fin d'une carrière militaire qui avait eu des heures glorieuses I Le plus funeste résultat de cette lamentable affaire fut de laisser dans beaucoup d'esprits des semences de soupçon et