‹ Histoire de la troisième république (volume 2)Chapitre 25 sur 145 · LB PRÉFET DE LA SEINE BLAXÉ PAR LE GENAT · texte numérisé non relu

LB PRÉFET DE LA SEINE BLAXÉ PAR LE GENAT

de défiance. Vienne une autre défaillance individuelle et l'opinion englobera dans la même accusation innocents et coupable, l'individu flétri et le corps auquel il appartient ; elle s'attaquera aux plus élevés dans la biérarchie, comme si les cbutes tes plus profondes satisfaisaient davantage sa méfiance naturelle et ses secrets instincts d'égalité.

Le Sénat qui avait élu, au mois de Novembre, le général Parre sénateur inamovible, saisit, quelques jours après cette élection, l'occasion de manifester sa répugnance à entrer trop vite dans la voie de la laïcisation en matière d'enseignement. Le successeur de M. Ferdinand Duval à la préfecture de la Seine, M. Herold, avait fait enlever les emblèmes religieux des Écoles de la ville de Paris. Interpellé par MM. Buffet et de Lareinty, le Président du Conseil couvrit le préfet de la Seine, qui prit & son tour la parole comme commissaire du Gouvernement et déclara, avec un sans-fason désobligeant pour les catboliques, que l'on ne pouvait contester à la ville de Paris le droit de déménager une partie de son mobilier scolaire. Cette défense cavalière, inconvenante, ne plut pas au Sénat qui adopta, par 151 voix contre 82, un ordre du jour ainsi con^u : < Le Sénat, regrettant l'acte qui a fait l'objet de l'interpellation, passe h l'ordre du jour. > Ce bl&me si sévère n'eut aucune conséquence politique : M. Jules Ferry conserva son portefeuille et M. Ilerold son fauteuil préfectoral. Le Gouvernement ne se jugea pas atteint: il sortait néanmoins un peu diminué de la discussion. Il le fut encore par l'acquittement que prononça la Cour de Paris de M«' Cotton, évéque de Valence. Ce prélat avait adressé è. M. Fallières, sou s- sec ré taire d'État, une lettre où il déclarait que la conduite du Gouvernement était < le comble de la mauvaise foi et du cynisme. »

Le 9 Janvier 1881 eurent lieu dans toute la France des élections municipales. A Paris furent élus 37 membres de

138 LE MINISTÈRE DE JULES TERBY (33 Sept. ISgO-U ^ov. 1S8I)

l'Extrême Gauche, 3o de la Gauche et 8 de la Droite. Aucun des S8 candidats présentés par les collectivistes révolutionnaires ne put se faire élire et le nouveau Conseil, bien qu'il ait choisi, par défaut d'entente entre la Droite et la Gauche modérée, un président d'Extrême Gauche, M. Sigismond Lacroix, était à peine d'opinion plus avancée que le Conseil précédent. Celui-ci avait refusé, à la veille de sa séparation, d'accueillir une idée de H. Henri Rochefort. Le rédacteur en chef de \' Intransigeant aurait voulu que la ville de Paria élevât un monument commémoratif aux combattants de 187 1 ,

Pour le reste de la France le Gouvernement calcula que les Conseils municipaux républicains étaient en majorité dans 76 départements. Ces statistiques, appliquées aux élections municipales, sont bien arlifidelles ; dans l'immense majorité des communes, en elTet, l'élection n'a pas de caractère politique ; de plus, dans les trois quarts au moins des communes françaises, il serait difficile de trouver pour constituer le Conseil municipal deux personnels, l'un républicain, l'autre réactionnaire; enfin il arrive souvent qu'un Conseil municipal réactionnaire se donne un maire républicain et la réciproque, bien que plus rare, se produit également. C'est seulement â l'époque des élections sénatoriales et d'après les délégués qu'ils choisissent, que l'on peut juger de l'opinion des Conseils municipaux. Le seul fait certain, c'est que les républicains raisonnables n'avaient pas perdu de voix aux élections municipales du 9 Janvier et que les révolutionnaires en avaient h peine gagné.

A l'ouverture de la session ordinaire de 1881, Gambetta fut réélu Président de la Chambre par 262 voix sur 307 votants et l'Assemblée ordonna l'affichage du discours qu'il prononça en prenant possession du fauteuil. En inaugurant cette session, la dernière de la législature, le grand orateur rappelait tout ce qu'avait déjà fait la Chambre de 1877. Elle

L'œCVEIE DE LA CHAMBRE DE 1SÏ7 139

avait mia fin aux entreprises du pouvoir personnel et des anciens partis, restauré dans sa sincérité le gouvernement du pays par le pays, rendu Paris bu Parlement et le Parlement & -Paris, jeté un voile sur le reste de nos discordes civiles, voté les lois d'éducation nationale en rétablissant dans leur intégrité les droits de l'État trop longtemps méconDus, donné une impulsion décisive aux travaux publics, réformé et refondu l'outillage militaire et naval de la France. Cette œuvre accomplie, il restait h la Cbambre & remanier la loi de recrutement, à organiser l'administration militaire, à fixer les règles de l'avancement, ft mettre par des lois les libertés publiques hors de toute atteinte, à entourer la République d'institutions de plus en plus libérales et démocratiques. Au bruit des applaudissements qui accueillirent ce programme si largement tracé, on se prenait h regretter que Gambetta n'eût pas été appelé h exercer le gouvernement avec cette Cbambre qu'il avait conduite h la victoire ; qu'il avait modérée, disciplinée et qui ne l'eùl pas abandonné à la première dissidence, comme fera ta Cbambre de 1881, La grande faute de M, Grévy, c'est moins peut-être d'avoir fini comme il a fait, que d'avoir, pendant trois ans, exclu Gambetta de la politique active.

Le lendemain du jour où Gambetta pronon<;ait ce beau discours, M. J.-J. Weiss lai consacrait, dans la Rei'tie politique et littéraire du 22 Janvier, un article élincelant. Le premier polémiste de notre temps défendait notre premier homme d'État du reproche de * gouvernement occulte et de dictature oblique. > La défense était plus subtile que probanle et, dans le numéro suivant de la même Reoue, un sénateur inamovible qui était, lui aussi, un de nos meilleurs écrivains. M. Scherer, démontra sans beaucoup de peine qu'il était inutile d'ajouter une fiction de plus à toutes les fictions que comporte le fonctionnement du régime parlementaire •,

140 LE HIMSTÉBE DE JULES FEHRÏ (33 Sept. 1880-14 NoT. IgSt)

que là où étaient l'autorité, le talent, le prestige, là devait être la réalité du pouvoir ; qu'il appartenait au chef reconnu de la majorité de diriger les élections d'oii sortirait la Chambre avec laquelle il gouvernerait.

De temps en temps retentissait dans l'une ou l'autre Chambre, mais surtout au Sénat, comme un écho, chaque jour plus alTaibli, de l'exécution des décrets. Le Tribunal des Conflits ayant admis les déclinatoires d'incompétence des préfets, M. Numa Baragnon attribua les jugements rendus par ce Tribunal à l'intimidation que son président, le Garde des Sceaux, exerçait sur lui et il demanda que le minisire îùt exclu de la présidence. M. Cazot répondit en juriste à H. Baragnon et le Sénat lu! donna raison par 143 voix contre 138. Au lendemain de cette victoire, M. Cazot fit une réponse plus spirituelle encore : il s'abstint d'assister aux séances du Tribunal et la jurisprudence du Tribunal, en son absence, resta la même qu'en s& présence. M. Baragnon avait pris la question par son plus petit calé. Ce n'est pas l'exclusion du Garde des Sceaux de la présidence d'un Tribunal organisé par la puissance souveraine qu'il fallait demander, mais la suppression même des juridictions administratives. Cette thèse peut se défendre par d'excellentes raisons de principe ; au lieu de s'en emparer, M. Baragnon fit une taquinerie sans portée qui rentrait mieux dans sa manière habituelle.

Au mois de Mars, une interpellation de H. Thomson, sur l'incarcération arbitraire de quelques indigènes do Constaotine, mit une fois de plus en cause le gouverneur général 3ivil de l'Algérie, M. Albert Grévy. La Chambre, pour ne pas faire échec au frère du Président de la République, adopta l'ordre du jour pur et simple. Ce n'est pas que la défense du gouverneur l'eût convaincue, mais elle sentait la fausseté de la situation pour tout le monde, pour le Président de la

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