‹ Histoire de la troisième république (volume 2)Chapitre 32 sur 145 · CONSEII, SUPÉRIEUR DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

CONSEII, SUPÉRIEUR DE LA GUERRE

nous arrêtent moins longtemps d'habitude. On gouverne avec son parti, on administre avec des capacités. M. Gambettaet ses collègues s'inspirèrent de ce principe dans tous les choix qu'ils Qrent. Les ministres responsables couvrant leurs subordonnés, répondant devant les Chambres de leur loyalisme, n'avaient qu'une préoccupation : appeler aux plus hautes fonctions les plus capables, en considération de leurs mérites plutôt que de leurs opinions. C'est ainsi que le Conseil supérieur de la Guerre fut composé du maréchal Caorobert, des généraux Chonzy, Gresley, de GallilTet, Carteret-Trécourt et Saussier. M. de Hiribel, ancien chef d'étatmajor du général de Rochebouet, fut appelé aux mêmes fonctions sous le général Campenon. H. Weiss, ancien conseiller d'État, fut appelé à la direction des affaires politiques au ministère des Affaires Étrangères. La succession de MM. Chanzy et de Saint- Vallier, ambassadeurs à Saint- Pétersbourg et à Berlin, démissionnaires, échut à MM. de Chaudordy et de Courcel; celle de M. Albert Grévy, également démissionnaire, à M. Tirman. Deux sièges vacants au Conseil d'État furent donnés à MM. Chabrol et Dislère ; le Gouvernement de la Banque de France h M. Hagnin, ta préfecture de la Seine & M. Floquet et la direction des Cultes à M, Caslagnary.

On voit quel large éclectisme avait présidé à ces choix. Tous furent attaqués avec violence par la presse de Droite et parla presse d'Extrême Gauche; quelques-uns furent critiqués par la majorité des républicains et m£me par les amis du Président du Conseil. On reprochait h M. de Minbel d'avoir été associé à un Cabinet flétri par un vole de la précédente Chambre ; on reprochait à M. Weiss d'avoir été élu conseiller d'État par l'Assemblée nationale, d'avoir prononcé le mot fameux et si juste: (la République conservatrice est uae bêtise » et d'avoir affirmé la lôgalilé stricte de l'acte

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du 16 Mai, ou plutôt la constitutionnalité de la dissolution de la Chambre. La nomination de M. de Miribel fut évidemment une faute; elle parut une sorte de défi à l'opinion et UQ Gouvernement parlementaire est tenu plus qu'un autre & ne pas heurter trop violemment l'opinion. Nul ne songeait à contester les capacités de M. de Miribel comme organisateur; mais, outre que l'on pouvait peut-èlre trouver dans l'êtatmajor de l'armée uue capacité égale, il faut regretter que M. Gambetta se soit aliéné par ce choix les sympathies d'un grand nombre de républicains et ait compromis ainsi, dès le début, la solidité de son Cabinet. Dans sa passion jalouse pour l'armée, dans l'ardeur qu'il apportait au relèvement de la patrie, par la réorganisation de nos forces nationales, il est resté convaincu, jusqu'au dernier jour, qu'il avait eu raison contre ses meilleurs amis. • J'ai eu tous les inconvénients de ce choix, disait-il, le â(> Janvier, au Président de la République; ayez-en au moins tous les avantages, pour te bien de l'armée et pour le bien de la France. >i

La nomination de H. Weiss était moins contestable, d'abord parce que H. Weiss avait dirigé contre M. Tbiers et non contre le principe de nos institutions sa célèbre définition de la République conservatrice ; ensuite parce que le coup de tête du 16 Mai était évidemment légal; enfin et surtout parce qu'il n'y avait certainement pas en Europe un écrivain politique de la valeur de M. Weiss. Sentant bien le tort que M. Gambetta s'était fait en l'appelant à collaborer avec lui, M. Weiss offrit loyalement sa démission au Président du Conseil. • Je croyais, répondit noblement celui-ci, que vous me connaissiez mieux, ■ et il refusa la démission. M. Gambetta avait cette grande qualité des vrais administrateurs, la persévérance dans les vues. De plus, il défendait avec une fermeté invincible ceux de ses subordonnés qui n'avaient pas démérité : c'est lui qui, le

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lendemain de l'acquittement de H. Rochefort par le jury de la Seine, ordonnera & H. Roustan de rejoindre son poste h Tunis (16 Décembre).

La Déclaration ministérielle fut lue h la Chambre par M. Gambetta et au Sénat par M. Cazot, le 16 Novembre. Elle affirmait que la France, aux élections générales, avait signifié sa volonté d'avoir un Gouvernement uni, « dégagé de toutes les conditions subalternes de division ou de Faiblesse. » Ce Gouvernement comptait trouver dans les deux Assemblées une majorité confiante et libre et hors des Chambres une administration soustraite aux influences personnelles comme aux rivalités locales. Il s'engageait, par une revision sagement limitée, à mettre un des pouvoirs essentiels du pays en harmonie plus complète avec la nature démocratique de notre société, à compléter notre législation militaire, & réduire dans les armées de terre et de mer les charges du pays et à alléger celles de l'agriculture sans compromettre nos finances, h favoriser les institutions de prévoyance et d'assistance sociales. Le Concordat sérail intégralement appliqué. L'ordre serait maintenu au dedans avec fermeté et la paix au dehors avec dignité.

La Déclaration, d'une rédaction un peu molle, ne s'élevait pas au-dessus du niveau habituel de ces sortes de documents, et l'opinion, qui s'était attendue à une grande Déclaration, comme elle s'était attendue à un grand Ministère, fut encore une fois déçue. On conçoit que le Sénat, menacé d'une revision a sagement limitée, o ait accueilli froidement la lecture de M. Cazot; l'attitade de la Chambre s'explique moins facilement. Il est impossible d'admettre que M. Gambetta, acclamé le 9 Novembre, ail été in petto condamné dès le 16, parce que ni son Ministère ni son programme ne répondaient à l'attente universelle. Quelques députés ont regretté qu'averti par l'altitude glaciale de la Chambre, il ne soit

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