‹ Histoire de la troisième république (volume 2)Chapitre 41 sur 145 · LA DÉCLARATION · texte numérisé non relu

LA DÉCLARATION

dits pour l'Egypte n'est pas l'abdication, disait H. Duclero. Sans doute la majorité qui avait voté contre le Cabinet du 30 janvier n'avait pas entendu abdiquer toute action extérieure : son vote n'en condamnait pas moins la France & assister, impuissante et muette, aux événements qui s'accomplissaient en Egypte. Pour l'intérieur le Cabinet promettait, en restant dans le vague, de s'efforcer de faire prévaloir les solutions libérales et progressives. Enfin il annonçait son intention de travailler au rapprochement des diverses fractions de la majorité. L'Extrême Gauche, nous venons de le voir, devait s'exclure elle-même de cette majorité.

Le Sénat, comme toujours, accueillit la Déclaration avec plus de confiance que la Chambre, et il ne marchanda pas le vote des quatre contributions directes. Pendant toute la durée de la crise il avait procédé, sans hâte mais non sans passion, au vote en seconde délibération de la loi sur les syndicats professionnels, qui devait subir encore bien des discussions et des changements avant d'être promulguée. Le principe de la loi n'était pas sérieusement contesté, mais le Sénat n'admettait ni l'intrusion d'éléments étrangers dans les syndicats, ni les excursions des syndicats dans le domaine politique. Ils devaient s'occuper exclusivement des intérêts professionnels. Le Sénat n'était pas moins soucieux de protéger la liberté individuelle des patrons. Ceux-ci trouvèrent dans la personne de HU. Marcel Barthe et Bérenger des défenseurs non moins ardents que H. Tolain qui soutint, avec son talent plein de bon sens affiné et toute sa verve chaleureuse, la cause des ouvriers.

Du 9 Août au 10 Novembre, trois mois s'écoulent qui sont peu remplis h l'intérieur. L'opinion, revenue des hautes espérances qu'elle avait conçues après les élections générales, semble suivre les événements avec un scepticisme découragé, comme si elle n'attendait plus ni mesures réformatrices, Edg. Zevoat. — TroiaiËme République. m. — !<>

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ni politique suivie, oî stabilité ministériel le Jamais la session des Conseils généraux ne fut plus calme : ea se consacrant exelusivemeot aux alTaires, les Assemblées départementales semblaient protester contre l'agitation stérile, contre les mesquines intrigues de la Chambre des députés.

En l'absence d'événements plus importants on discutait, à perle de vue, sur une lettre de H. Duclerc à un député ami, qui ne comportait pas d'aussi longs commentaires. Le Président du Conseil disait, avec beaucoup de justesse, que la division est la mort des majorités parlementaii'es comme des nations. • Cela est vrai du parti républicain plus que de tout autre, parce que la seule discipline dont il soit capable est la discipline volontaire. > Si l'on ne s'impose pas celle discipline, ajoutait M. Duclerc, > on peut renoncer à constituer le Gouvernement républicain. * Et encore : • Le parti vainqueur, qui ne tire pas de lui-même l'instrument nécessaire, est condamné à cesser d'exister. •

Certes, la discipline est une condition de vie pour une majorité. L'union dans un Ministère, la suite et la fermeté des vues ne sont pas moins nécessaires : l'autorité est à cette condition. Or, le Cabinet Duclère, avec son incontestable bon vouloir, manquait d'autorité et de décision. On ne peut lui reprocher aucune faiblesse en face des manifestations anarcbisles de Monlceau-les-Hines et de Lyon ; on a le droit de s'étonner de ses hésitations, de ses timidités en face des manifestations radicales du Conseil municipal de Parisou du préfet de la Seine, M. Ploquet, partisan décidé de la mairie centrale. Obligé de donner sa démission de député, après sa nomination de préfet, M. Ploquet, qui regrettait son siège, saisit avec empressemeut l'occasion d'une vacance dans les Pyrénées Orientales pour poser sa candidature. Sa profession de foi se rapprochait beaucoup plus du programme de l'Extrême Gauche que du programme ministériel. L'Ex-

LES VACANCES DE 1882 H'i

tréme Gauche, par l'organe de M. Clemenceau, demandail alors, comme minimum, la suppression du Sénat, l'élection des juges, la séparation de l'Église et de l'État, l'inslrucliou intégrale pour tous. Était-il admissible que l'un des premiers fonctionnaires de l'État pût formuler des revendicatioDS de cette nature en s'autorisant, sinon du patronage ofQciel, au moins de son titre de préfet de la Seine? Le Gouvernement laissa se produire la candidature de M. Floquet ; lorsqu'il fut élu, on attendit patiemment sa démission et on le remplaça par le préfet du Rhône, M. Oustry. La Domination de M. Oustry était un retour un peu trop tardif & la vérité administrative.

En ces loisirs des vacances de I88â, la presse la plus sérieuse attachait une importance exagérée aux moindres incidents. Dans un long et lourd réquisitoire contre la République et les républicains, la Revue des Deux Mondes s'indignait véhémentement contre la déposition du préfet de Sad ne- et- Loire à la Cour d'assises de Riom. • J'ai déclaré à M. Chagot, aurait dit M. Hendié, que s'il ne reprenait pas ses ouvriers, j'arrêterais nel au Conseil de préfecture toutes lesalTairescontentieuses intéressant sa Compagnie. > M. Chagot avait praliq né cette forme de tyrannie patronale, qui consiste & porter atteinte à la liberté de conscience des ouvriers, et son attitude avait peut-être provoqué les désordres qui s'étaient produits à Montceau-les-Mines. Est-il étonnant qu'un préfet, responsable du maintien de l'ordre public, connu du reste pour sa modération et remarquable adminis- Iraleur, ait eu recours aux moyens que sa charge lui donnait pour prévenir des attentats moraux qui devaient presque fatalement amener des attentats matériels ?

Aussi peu justifiées étaient les critiques dirigées contre le maire et le Conseil municipal d'une ville de l'Ouest, accusés d'avoir voulu « déliuulonner Louis XIV » comme d'autres.

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en ['Année letYible, avaient déboulonné Napoléon 1°' sur la colonne de la place Vendûme. Maire el Conseil municipal qui avaienl simplement décidé le déplacement d'une statue de Louis XIV, grotesque d'ailleurs, durent être un peu surpris de se voir assimilés aux communards. Il fallait la disette d'événements sérieux et l'énervement de l'opinion pour qu'une importance fût attachée à ces minces affaires.

Nous n'avons à signaler, à la fin du mois d'Octobre, qu'un mouvement diplomatique. H. des Hicbels fut envové à Madrid, & la place de M. Andrieux, dont < la mission temporaire ■ ne pouvait survivre au Cabinet du 30 Janvier. M. Lefebvre de Béhaine fut nommé au Vatican, où il devait éltepersona grata pour Léon XIII, et M. Louis Legrand fui onmmé h la Haye. Peu après, le If Novembre, H. Decrais quittait la direction des affaires politiques pour aller représenter la France au QuiriDal. Sa nomination, celle du général Menabrea à Paris, rétablissaient de courtoises relations entre la France et l'Italie. M. Pascal Duprat fut nommé ministre au Chili et M. Desprez revint prendre au ministère des Affaires Étrangères la direction supérieure des archives avec le titre d'inspecteur général. C'était une réinstallation, ou pluldt une restauration, comme l'a dit M. J.-J. Weiss.

En Tunisie, oii l'on avait redouté le contre-coup des événeluents d'Egypte et comme une recrudescence du fanatisme musulman, la soumission faisait au contraire de rapides progrès : chaquejour, de nouvelles tribus, réfugiées en Tripolitaine, demandaient l'aman et revenaient sur le territoire de la Régence. On apprenait en même temps que la réorganisation était en bonne voie, mais on l'apprenait par le Time^ qui publiait l'analyse du traité secret, conclu le 10 Juillet précédent, entre la France et le Bey, pour l'abolition des capitulations et l'extinction de la dette. Le traité avec Mohammed es Sadock conservait naturellement sa validité

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SOUS son fils et successeur, Si-AH, qui devint Bey le 28 Octobre.

Pendant que la France était comme en sommeil, après l'agitation fébrile et vide qui avait suivi les élections de 1881, l'Angleterre, au milieu des plus graves complications intérieures, en pleine crise agraire, recueillait les fruits de notre nbstention. L'opinion publique était si forte, si impérieuse au delà de la Manche, que M. Gladstone était entraîné lui-même et forcé d'étendre encore cet Empire colonial dont il redoutait les dimensions démesurées.

Le 30 Juillet, moins de vingt-quatre heures après le vote de laChambredes députés, pendant que l'on se demandait iiParis qui recueillerait la succession de M. de Freycinet, lord Dufferin déclarait & Constantinople, aux ambassadeurs des puissances et à ta Porte, que l'Angleterre se considérait comme chargée de rétablir l'ordre en Egypte. Trois jours après, les premières troupes anglaises des Indes débarquaient k Suez, sans que les Quatre (Allemagne, Autriche, Italie et Russie), qui avaient manifesté l'intention d'assurer la protection collective du canal, élevassent l'ombre d'une protestation. L'Angleterre ne lit aucune objection à cette protection collective, purement platonique, qui de\'ait laisser et qui laissa, en elTet, le champ libre à ses opérations. Sa diplomatie, autrement renseignée que la nôtre, avait pris à la lettre, comme il fallait le prendre, le mot de M, de Bismarck, ni veto ni mandat, et allait tranquillement de l'avant, sans la crainte chimérique de complications européennes qui avait comme paralysé l'action de la France. A Paris, on en était toujours & la période des récriminations stériles : les radicaux ne pouvaient admettre que leur vote du 29 Juillet produisît ses conséquences logiques. Ils couvraient alors d'éloges hyperboliques M. de Lesseps, président du Conseil d'administration de Suez, qui avait été s'établir en Egypte et

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qui avait obleau d'Arabi la liberté de la navigatioo du canal. Cette liberté fut, en effet, assurée, et ta satisfaction enfantine de la presse française se prolongea, jusqu'au jour oii les évéoements furent tellement clairs que les moins avisés et les plus ignorants durent renoncer à toute illusion.

Du 19 au 20 Août, sir Garnett WoNeley débarquait à Port- Saïd, occupait les établissements de la Compagnie de Suez et interrompait pendant quelques jours la navigation sur le canal, malgré les protestations de H. de Lesseps. Assurant prudemment sa marche et tftcbant d'isoler Arabi avant de l'attaquer, il remportait de petits avantages le iô août à Ramsès. le 38 aoât h Gassasin, sur le canal d'eau douce qui va de Zagazig à Ismaîlia.

Les opérations diplomatiques tenaient autant de place que les opérations militaires dans les Conseils de sir Garnett Wolseley. Il négociait, en effet, avec Arabi : l'avenir devait le démontrer ; il négociait aussi avec Tewflk qui proclamait Arabi rebelle et constituait avec Clierif et Riaz Pacha un Ministère tout favorable aux Anglais. AConstanlioople, lord Dufferin n'avait pas moins de succès : la Conférence s'était ajournée. Restés seuls en présence du Sultan, les Anglais avaient obtenu de lui qu'il déclarât, comme l'avait fait Tewfik, Arabi insurgé et rebelle. La Porte avait accordé cette déclaration à lord Dufferin, dans l'espoir de le décider à signer la convention militaire qui devait régler Tinterventioa de la Turquie en I-^gypte. Mais, la déclaration obtenue, lord Durferin rompait les négociations : l'action militaire commune avait vécu.

Le 13 Septembre, cinq jours après que le Sultan avait ainsi abandonné Arabi, sir Garnett Wolseley emportait Tell-el-Kebir sans résistance, avançait jusqu'à Zagazig, montait tranquillement en chemin de fer et, le lendemain, entrait au Caire. La résistance du parti militaire avait été

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