BATAILLE DE TELL-EL-KEBIR
nulle : il avait suffi, pour remporter cette victoire peu disputée, de faire donner h point ce que les Anglais appellent spirituellement < la cavalerie de Saint-Georges. • Une seule ville, Damiette, aurait pu se défendre : Abdelal, qui y commandait, se rendit le 22 Septembre. Lord Dufferin n'avait pas attendu sa soumission pour annoncer, le 17 Septembre, à la Porte, qu'il était inutile d'envoyer des troupes en Egypte. Le Kbédive prononça par décret la dislocation de l'armée égyptienne qui était dissoute de fait depnis le 13 Septembre et, dès le 4 Octobre, une partie du corps expéditionnaire anglais pouvait évacuer le pays.
Arabi et Toulba s'étalent constitués prisonniers. Cités devant une Cour martiale, ils furent défendus par des avocats anglais, condamnés h mort et non exécutés. La sentence fiit commuée et Arabi déporté à Ceylan, par les soins de l'Angleterre. Ainsi linit la carrière religieuse et politique du chef du parti national égyptien. Ce faux prophète, ce médiocre acteur, avait toléré sinon provoqué les massacres du 11 juin à Alexandrie, ouvert les portes des prisons aux forçats qai pillèrent et brûlèrent les quartiers épargnés par tes boulets anglais, constitué au Caire un Ministère où la Justice ^tait dirigée par Mussa-el-Akhad, l'organisateur des massacres d'Alexandrie, et fait illusion à toute l'Europe, depuis le jour oii le Times avait publié, le 3 Janvier 1882, son paradoxal programme de gouvernement parlementaire.
Le contrôle anglo-français ne pouvait survivre aux événements qui venaient de s'accomplir en Egypte : sa iîn avait précédé celle d'Arabiqui nefutcondamnéquele3Déoembre. Le 30 Octobre Cberif-Pacha avait eu soin de ne pas convoquer H, Brédif à la Commission de la dette ; M. Brédif protesta : Cberif-Pacha répondit simplement que le contrôle à deux était une institution bicéphale, et M. Brédif fut rappelé en France. Lord DufTerin, qui avait été envoyé deConstan-
248 MINISTÈRE DUCLEBC-FALUÈHES |1 AotU I8((2-2I Pév. 188Î)
linople en Egypte pour préparer, de concert avec Sir E,d. Malet, la réorganisatiOD du pays, suggéra & son Gouvernenement de Taire offrir & la Fraoce la présidence de la Commission de la dette. H. Duclerc refusa, soit parce qu'il ne voulait pas pour la France d'un rôle purement honoriGque, soit parce qu'il avait besoin de la neutralité bienveillante de l'Angleterre dans les questions alors posées de notre influence au Congo, à Madagascar et au Tonkin.
A la réouverture des Chambres, le 9 Novembre, le Président du Conseil ne fit qu'une allusion assez vague à notre politique extérieure. A la rentrée de Janvier sa Déclaration, consacrée exclusivement et tout entière i. la politique extérieure, était une acceptation des faits accomplis (15 Janvier). Ces faits, lord Granville les avait exposés quelques jours auparavant dans une circulaire ; ils se résumaient ainsi : le libre passage du canal était assuré, même en temps de guerre, mais avec interdiction pour les flottes de commettre dans le parcours des actes de guerre ; l'administration de la dette subirait quelques remaniements de détail; des tribunaux communs aux indigènes et aux Européens seraient établis ; l'armée égyptienne serait réformée par des ofTiciers anglais; une gendarmerie serait créée ; une Conslilution plus ou moins représentative seraitdonnée & l'Egypte et une sérieuse tentative serait faite pour abolir l'esclavage.
Les autres événements intéressant notre politique extérieure sont postérieurs au 28 Janvier 1883, date de la maladie et de la retraite de M. Duclerc. Le plus notable est la réunion de la Conférence de Londres pour l'examen des questions relatives h la navigation du Danube, l'adoption du projet transactionnel préparé par H. Barrère et le renouvellement, pour vingt et un ans, û partir du i4 Avril 1883, des pouvoirs de la Commission du Danube.
La véritable Déclaration ministérielle du cabinet Duclerc
SGCONDt: DÉCLARATION i4d
ne fut lue que le !' Novembre, à l'ouverture de la session cxtraordioaire de IH83, Elle était très développée et constituait nu programme d'afTaires plutôt qu'un programme de Gouvernement. Sans revenir sur un passé douloureux, le Cabinet rappelait que la paix avait été maintenue au dehors et, abordant un ordre de considérations chères au Président du Conseil, il disait : * La source de notre inRuence extérieure est ici. Elle est en nous. > On pouvait compter sur le Gouvernement pour maintenir l'ordre d'une main ferme. La Chambre ne devait compter que sur elle-même pour maintenir l'union dans son sein, pour écarter les questions qui ne permettraient pas « la formation d'une majorité de Gouvernement. • Trois objets principaux sollicitaient son attention : la loi de finances, la loi sur les récidivistes et 1^ revision de la loi du 30 Juin 1838 sur les aliénés. Après ces trois questions dont une seule, la première, devait être discutée par les Chambres avec la collaboration du Cabinet du 7 Août, M. Duclerc en énumérait un grand nombre qui n'ont pas toutes reçu de solution, après seize ans de travail parlementaire. Les sociétés de secours mutuels, les logements insalubres, les syndicats professionnels, les sociétés commerciales, les faillites, le serment judiciaire, l'instruction criminelle, les ventes d'immeubles, le code rural, l'organisation judiciaire, l'instruction primaire, les grands travaux publics h sérier, la reconstitution de nos forces de terre et de mer, l'organisation administrative, judiciaire et financière de la Tunisie, l'extension de la colonisation en Algérie et le développement de notre empire colonial (iguraienl au programme ministériel. C'était tout un monde.
Cette table des matières se terminait par l'affirmation, très sérieuse dans la bouche de l'honnête homme qu'était M. Duclerc, que le Cabinet ne chercherait pas à vivre au jour le jour de majorités accidentelles, sans solidité et sans sécu-
iSO HINISTËRK DUCLERC-FALLiÈBES (7 AoAl lStl2-!l Fét. 1883)
rite, et par l'adoptioa de la vieille et très complète devise : ordre et liberté.
Conrormément à ua usage qui avait acquis la force d'uae tradition le Sénat fit uneadliésion chaleureuseà ce programme d'honnêtes gens; la Chambre, au contraire, lui fil un accueil aussi froid, aussi réservé qu'au mois d'Août. Pourtant la Chambre se rsndit docilement aux conseils du Gouvernement et, d'accord avec lui, elle aborda immédiatement la discussion du budget de 1883 qui remplit, au Palais-Bourbon comme au Luxembourg, presque toute la session extraordinaire.
Outre cette discussion, sur laquelle il convient d'insister, il y eut au Sénat ou à la Chambre des interpellât ions sans importance et, au dehors, des événements sans gravité. Au Sénat c'est, le 18 Novembre, une interpellation de M. Henry Fournier, sénateur du Cher, sur certains discours de distributions de prix, qui se termine par l'ordre du jour pur et simple, après une réponse de H. Duvaux et, le 30 Novembre, une question de M. Bathie sur le traitement des desservants, à laquelle répond très pertinemment le ministre de l'Intérieur, M. Fallières. Le 10 Décembre, une autre interpellation de H. Fresneau, sur les emblèmes religieux dans les Écoles, ramène h la tribune le ministre de l'Instruction Publique et se termine encore par l'ordre du jour pur et simple. Entre la première et la seconde interpellation, la question du serment judiciaire était revenue devant le Sénat; après la seconde, celle des agents commissioonés des chemins de fer y revint également, le 19 Décembre, et toutes deux restèrent sans solution.
On interpella moins à la Chambre qu'au Sénat : une seule fois M. Jules Roche, très militant dans sa première manière de député radical et anti-clérical, voulut savoir pourquoi une allocation supplémentaire était donnée à l'archevêque
LA FRANCE EN ArRIQtlE 251
d'Atger, Up' LaTJgerie. H. Falliëres, toujours bien inspiré, répondit à H. Jules Roche que cette allocation permettait à Mv Lavigerie de faire à la France des clients et des amis en territoire musulman et il obtint facilement l'ordre du jour pur et simple.
Il est certain que soit par la propagande religieuse, soit par les armes, soit par les voyages d'exploration notre influence s'étendait dans l'Afrique du Nord. L'occupation du Hzab par les Français est du 17 Novembre. Quelques jours plus lard le Parlement raliliait le traité que nous avions conclu avec Makoko, roi des Batekës.Ce traité, oeuvre de M. Savorgnan de Brazza, nous cédait la rive droite du Congo dans son cours inférieur. Enfin, en Tunisie, Si Laziz, le premier ministre du nouveau Bey, confiait à un Français le soin de réorganiser l'armée.
Le budget de 1883' avait été déposé sur le bureau de la Chambre par H. AIlain-Targé, le 23 Janvier 188i, à la veille de la chute du Cabinet (îambelta. Il avait été préparé, comme le disait le ministre, « avec le parti pris d'assurer à la politique démocrnlique et progressive une base financière inébranlable. » C'est-à-dire que l'on conservait le programme Freycinet en matière de travaux publics, le programme Ferry en matière de constructions d'Écoles, et que l'on se flattait en même temps d'opérer de larges dégrèvements. H. AIlain-Targé portait les prévisions de dépenses à 3.U94.0H.661 francs, en augmentation de 18».169.685 francs sur 1882. La part du budget extraordinaire était de 621,314.861 francs. Au budget ordinaire l'augmentation de 188 millions de dépenses sur 188â provenait de la loi de >t<8l accordant un supplément de pensions militaires de plus de 9 millions i de la création du ministère des Postes et Télé-
■triliice el Iri 'jesliuii ivpiM'uaîiie. Paris,
2;>2 MINISTÈRE DUCLERC-PAILIÈHES (7 Aoill 1882-21 Féï. 1883)
graphes pour près de S millions ; de l'extension des travaux publics pour 18 millions; de l'augmentation des pensions civiles pour S millions et deftii ; du service de la Dette accru de 40 millions et porté à 1.330.000.000. Les recettes étaient évaluées par M. Allain-Targé à deux milliards 94S millions, en augmentation de 1S9 millions sur celles de 1882. Le déRcit était de 648.999.969 francs, auquel il devait être pourvu par les ressources de la Dette flottante ou par un grand emprunt dont H. Allain-Targé n'indiquait ni le mode ni la date.
C'est le 2 Mars 1882 i]ue M. Léon Say déposa son budget. Dans l'exposé des motifs il montra que la Dette flottante allait dépasser trois milliards; que l'état du marché, après la crise fînancière de Janvier, était peu favorable à un emprunt et, sans proposer de renoncer aux travaux en cours, « de mettre & néant les engagements pris par les Chambres devant le pays, » il indiquait la possibilité d'un expédient, comme l'appel aux Compagnies de chemins de fer. Il estimait les dépenses & 3 milliards 27 millions pour le budget ordinaire et à S29 millions pour le budget extraordinaire, soit une diminution de37 millions seulement sur le projet Allain-Targé et une augmentation de 1^1 millions sur le budget de 1882. M. Léon Say eut recours à un nouveau mode d'évaluation des recettes qui lui permit de les porter à 3 milliards 30 millions au lieu de 2 milliards 945 millions ; mais ce mode d'évaluation, très arbitraire, s'est trouvé faux dans l'application. Le déficit, dans son projet, atteignait encore prés de o27 millions.
Nous avons dit que la Chambre, k la veille du renversement du Cabinet de M. de Freycinet, avait approuvé le plan général de H. Léon Say. La Commission du budget, dont le rapporteur général était M. Rtbot, s'était montrée également favorable à son projet, mais en faisant entendre de salutaires
LE BUDGKT DE 1883 2S3
averlissemenls. « La sagesse, disait U. Ribut, oous oblige à tenir compte des faits et à oe pas nous Der complaisamfnenL aux conjectures trop optimistes. » Les dirOcultés proviennent • de l'augmentation trop rapide des dépenses et de la facilité trop grande avec laquelle nos prédécesseurs ont laissé inscrire au budget extraordinaire certaines dépenses qu'il est nécessaire de ramener aujourd'hui au budget ordinaire. » Acceptant d'ailleurs la convention avec la Compagnie d'Orléans, qui devait faire entrer au Trésor 207 millions le 1" Janvier ll{83 et qui était, de la part de l'État, un véritable emprunt, la Commission proposait en somme un budget de 3 milliards S73 millions en dépenses, de 3 milliards 13 millions en recettes et de plus de 560 millions en déficit. Ce déficit devait restera lacharge de la Dette flottante, H.Tirard, successeur de M, Léon Say, ayant retiré le projet de convention avec la Compagnie d'Orléans.
La discussion dans les deux Cbambres révéla que, de 1877 à 1883, les dépenses totales avaient augmenté de 863 millions. Le crédit accordé pour la Dette publique et pour les dotations atteignit tout près de un milliard 334 millions. Des très nombreux amendements que déposa M. Jules Rocbe au budget des Cultes, trois seulement furent votés, celui qui réduisait de 30.000 francs le traitement de l'archevêque de Paris, celui qui supprimait le crédit pour frais de bulles et d'informations, celui qui réduisait les frais d'établissement des cardinaux, archevêques et évêques. Au budget des Affaires Étrangères M. Madier de Montjau essaya vainement de faire remplacer notre ambassadeur au Vatican par un simple chargé d'affaires. Au budget de la Guerre M. de Roys signala les abus de la non-disponibilité et montra que près de 80.0UO Français étaient dispensés des obligations militaires. M. Laisant, rapporteur, signala une économie de II millions réalisée par la Commission, dont 7 millions seraient consacrés
2"i4 MINISTÈRE DUCLBBC-FALLIÈRES 0 Août 1882-21 Fév. 1883)
^ l'augmentalion de l'elTectir. Le général Billot, ministre, répondant & un député, annonça qu'une partie du corps expéditionnaire de Tunisie serait remplacée par des compagnies mixtes. Le crédit total accordé à la Guerre atteignit près de 666 millions. Celui de la Marine fut de S37 millions, après de vives et très justes critiques dirigées contre la comptabilité et l'administration, que le ministre ne parvint pas à réfuter entièrement.
Au budget de l'Instruclion Publique de nombreux amendements portant créations de chaires ou élévations de crédits pour les bibliotbëques populaires et pour les bourses furent rejetés. La Chambre accepta seulement la création d'une chaire de littérature française du moyen âge & la Faculté des Lettres de Paris, l'annexion d'un laboratoire à la chaire de pathologie de la Faculté de Médecine, une subvention pour les voyages des élèves de l'École française d'Athènes et des allocations aux instituteurs et institutrices, pour\'us de la médaille d'argent. Les aumdniers des lycées furent maintenus ; ceux des écoles normales primaires furent supprimés. Le crédit total accordé h l'Instruction Publique fut de l^.)jl7.43l francs; celui des Beaux-Arts, de 9 millions 6S4.K4o francs-
Le Sénat n'introduisit que trois modifications dans le budget voté par la Chambre. Il rétablit deux modestes crédits de 20,000 francs pour les congrégations religieuses en Orient et de 3.000 francs pour un aumônier au Prylanée militaire ; il réduisit de 15 millions à 14 la subvention destinée & exonérer les communes du prélèvement d'un cinquième de leurs receltes pour assurer la gratuité de l'enseignement primaire. Cette réduction, combattue à la Chambre par le ministre, M. Duvaux, fut consentie à la suite d'un discours très politique de M. Jules Ferry.
Les orateurs de la Droite et le rapporteur général, h la
LES AVERTISSEBiENTS DE M. BU>TET 2oS
Chambre, avaient été à peu près les seuls à dérnootrer la nécessilé des écoaomtes. Au Sénat, orateui-s de Droite ou de Gauche furent unanimes à s'élever contre l'augmeotalion continue des dépenses, et M. BufTet fit entendre ees patriotiques paroles : « Qu'arriverait- il si, persistant en pleine paix dans ce déplorable système d'emprunts continus, nous avions à afTroater une grande crise nationale?... Je vous adjure de tenir compte de certaines éventualités qu'il n'est donné à pei^ sonned'écarteretquenouB ne pourrions affronter avec succès, le jour où elles viendraient nous surprendre, que si nos finances étalent parfaitement dégagées et si nous n'avions pas créé nous-mêmes, par une dette Holtante exagérée ou par des emprunts réitérés, des dirUcultés peut-être insurmontables à l'effort suprême que le pays, pour sa sécurité, pour son honneur, pour son existence même, serait obligé de faire. »
La loiderinancesfutadoptéedélinilivementle^ Décembre 1882. Les dépenses de l'exercice, ltJ83 se sont élevées h 3 milliards 715 millions, somme supérieure de 141 millions et demi aux prévisions de la loi du 29 Décembre 1882. Prévues â81 millions, les dépenses du budget extraordinaire de la Guerre ont atteint 141 millions; au budget de la Marine et des Colonies, le service du Tonkin a exigé IS millions, et au budget de l'Instruction Publique la Caisse des Écoles a réclamé un complémentde 13 millions. Les recettes de 1883, prévues par M. Léon Sayà 3 milliards 30 millions, par la Commission et par le Parlement a 3 milliards 12 millions, n'ayant atteint que 2 milliards 962 millions et demi, le déficit s'est élevé à près de 753 millions.
On entrait si peu dans ta voie des économies, à la fin du moisde Décembre 1882, que la Chambre avait volé, le 22, un supplément de dotation de 120 millions pour la Caisse des Écoles, lycées et collèges. Ce vote avait été émis, grâce aux efforts combinés de MH. Duvaux, Ferry et Clemenceau, et
io& HINISTÉRE DUCLERC-FALUÉBES (I Aoill IHS! 21 Fèv. 1883)
malgré les protestations de MM. Goblet et de Harcëre. Ceuxci s'étaient élevés vivement contre l'innovation autorisant rËtat b imposer d'oflice les coromuoes récalcitrantes. Leur amendement, exigeant que celte imposition ne pût être établie que par une loi, avait été repoussé par â5â voix contre â29.
L'année 188â, si bruyante et si stérile, se terminait donc assez paisiblement : les agitations du monde parlemenlaii'e n'avaient pas pénétré dans la masse de la nation. La démoeratie urbaine et rurale bénéficiant de dégrèvements, proniant des travaux publics entrepris sur 144 lignes de chemins de fer, voyant s'élever partout de belles et saines maison d'École, se rattachait évidemment à la République et attendait sans impatience les rérormes promises. Rien ne faisait prévoir, à la veille de 1883, la mort de Gambetla ; rien non plus ne faisait craindre l'espèce d'alTolement qui allait s'emparer den, pouvoirs publics et des Chambres et qui a montré, mieux que tout le reste, quelle place tenait le grand citoyen dans le parti républicain et dans le cœur de la nation.
Une blessure, réputée d'abord insignifiante, avait amené des troubles dans un organisme fatigué, dans un corps d'apparence vigoureuse, mais surmené par quinze ans de vie publique, de dépense cérébrale. Le 31 Décembre, quelques minutes avant l'aurore de l'année nouvelle, Gambetta expirait, au milieu de ses amis les plus chers, dans la modeste chambre d'une petite maison de Ville-d'Avray. Le lendemain, â la lecture des journaux, chacun de nous éprouvait comme une sorte de stupéfaction douloureuse : personne ne pouvait croire que ce grand cœur eût cessé de battre, que cette bouche si puissante fûi devenue muette & jamais. On se reportait par la pensée à cette séance du 18 Juillet \iiHi où, pour la dernière fois, l'admirable orateur s'était