‹ Histoire de la troisième république (volume 2)Chapitre 43 sur 145 · LA. MORT DE GAUBETTA · texte numérisé non relu

LA. MORT DE GAUBETTA

fait entendre ; où il avait parlé si bien de la PraDce, de sa mission historique, de son rdie dans la Méditerranée ; et, remontant à douze années en arrière, on se prenait à évoquer la glorieuse et lugubre e'popée de la Défense Nationale ; on voyait le jeune tribun frappant du pied la terre et en faisant sortir des légions mal équipées, mat armées, mais pleines du même feu patriotique que leur évocateur et partageant son invincible espoir. Et après l'Année terrible, comme il avait modéré l'élan des plus fougueux républicains, comme il avait su discipliner son parti pour le conduire à la victoire! Et surtout comme il avait préparé une autre victoire, comme il avait consacré toute sa haute intelligence et tout son grand cœur au relèvement de la patrie 1

Et ces impressions delà première heure, qui ne lésa éprouvées plus vives encore, le jour de ces splendides funérailles, comme Paris sait les faire h ceux qu'il honore ou qu'il aime? Certes tout le Parlement, tous les grands corps de l'État, tout le monde officiel suivaient le cortège ; mais c'était la France elle-même qui menait le deuil, qui rendait les derniers devoirs et les suprêmes honneurs à l'un des meilleurs parmi ses fils. Ni aux obsèques de Thiers, ni à celles de Ferry, de Mac-Mahon ou de Pasteur on ne sentit au même degré palpiter l'âme populaire. Le 6 Janvier 1883, l'émotion était plus contenue, mais plus profonde. Chacun comprenait d'instinct que la République avait perdu une force et une parure; qu'elle avait, pour la première fois depuis son triomphe, reçu une grave blessure, qu'elle était touchée et à l'endroit le plus sensible. Pour la patrie, la mort du grand patriote était une défaite, c'était une bataille perdue en pleine paix.

Le 4 Janvier 1883, Cbanzy, commandant du 6' corps d'armée, succombait à CbâIons-sur-Marne ; la France voyait disparaître, presque en même temps, les deux espérances de Em. Zevobt. — Troisième République. m. — n

258 MINISTÈRE DUCLBRC-FAUiÈRES (7 Aoùl I88Î-21 Féï. 1883)

l'aveDir, les deux facteurs priacipaux des rêparatious attendues, les meilleurs ouvriers de sa résurrection.

La session ordinaire de 1883 s'ouvrit tristement, sous le coup de ce double deuil. Les premiers jours furent consacrés & l'élection des deux bureaux : H. Le Royer fut porté à la Présidence du Sénat par 166 voix sur 187 votants. Les viceprcsideats furent MH. Peyrat, Humbert, Galmon etTeisserenc de Bort. A la Cliambre H. Brisson fut reporté au fauteuil par 280 voix sur 349 votants. MM. Lepère, Philippoteaux. Sadi-Carnot et Spuller lut furent odjoints comme vice-présidents. Le travail parteuientaîre ne recommença que le 15 Janvier, par la lecture d'un exposé de M. Duclerc sur la politique extérieure. Dans ce travail, qui ressemblait plus au rapport d'un chef de service qu'à la Déclaration ou au Programme d'un Cabinet, M. Duclerc reprenait les évéuements d'Egypte depuis son avënementau quaid'Orsay etconcluait, comme lord Granville, que le contrôle anglo-français avait cessé d'exister. La France se retirait, non sans dignité, mais elle se retirait des affaires d'Egypte. Aucun vote ne suivit la Déclaration ministérielle.

Le lendemain matin paraissait, sur tous les murs de Paris, une Manifeste-afftcbe du prince Napoléon' qui débutait par ces mois : « La France languit. » Après avoir accusé le Gouvernement » d'athéisme persécuteur, » le défenseur innattendu de la religion accusait notre politique extérieure d'être <t de mauvaise foi avec les faibles, » de se mettre « au service de spéculations particulières en Tunisie » et de se montrer « lâche et inepte » en Egypte. Ce long faclum, composé de petites phrases qui avaient la prétention de rappeler Vimperatoria brevilas de Napoléon I"'', avait pour conclusion l'aphorisme banal de l'appel

(1) Appendice IX.

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