‹ Histoire de la troisième république (volume 2)Chapitre 49 sur 145 · L\ DÉCLARATION DU 7 AVRIL · texte numérisé non relu

L\ DÉCLARATION DU 7 AVRIL

sont ceux qui a'ont pas les mains nettes ou ceux qui veulent user de ta liberté pour se ruer sur elle et pour l'aballre. C'est par sou désintéressement, par la dignité de son caractère, par sa conscience stoïcienne, qu'il s'est imposé si souvent à une Chambre où ses opinions n'avaient pas la majorité, qu'il s'est imposé au Président de la République, dans mainte circonstance délicate, qu'il s'est imposé en somme au respect de tous les partis et de la France.

Dans la très brève Déclaration qu'il lut le 7 Avril, H. Brisson qualifia son Ministère de Ministère d'union et de conciliation ; il annonça qu'il tenterait de réaliser la concentration naturelle des forces républicaines, qu'il suivrait à l'extérieur la même politique que le Cabinet précédent et qu'il s'efforcerait de préparer des élections libre, loyales et sincères. Ce programme très bref fut scrupuleusement suivi. L'administration de U. Brisson fut avant tout sincère, loyale et respectueuse de toutes les libertés.

Chambre et Sénat accordent, sans marchander, un crédit de 150 millions au Ministère pour le Tonkin. Bien que la paix fût assurée, le Cabinet organise le corps expéditionnaire comme si la guerre devait recommencer le lendemain : le général de Courcy est placé à la tête d'une force de 35.000 hommes; le général Warnet est son chef d'état-major; le général Jamont commande l'artillerie ; deux divisionnaires, Brière de l'isle et de Négrier, et 4 brigadiers Giovanninelli, Jamais, Hunier et Prudhomme, complètent cette brillante réunion d'officiers généraux. Pour parer à toute éventualité, une armée de réserve est réunie au Pas-des-Lanciers, sous la direction du général Coiffé. L'avenir n'est pas plus négligé que le présent : la Chambre, avec l'appui du Gouvernement, discute te 31 Mai en première et le 3 Août eu seconde délibération les grandes lignes d'une armée coloniale. Les troupes de la Marine doivent être rattachées à la Guerre ; les

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forces qui tieoDent garnisoQ eo Afrique , rendues distinctes des forces continentales, toutes réservées à la grande mobilisation, doivent être augmentées et recrutées par engagements volontaires avec primes ^'engagement. Ces principes offraient au moins les bases d'une organisation future : la Législature finit sans que le Sénat pût les étudier, et plusieurs autres Législatures ont passé sans que la question ait fait un pas.

Les négociations avec la Chine aboutirent le 9 Juin à la signature du traité de Tien-Tsin. Les incidents de Lang-Son n'avaient pas augmenté les prétentions du Céleste-Empire : il acceptait les conditions imposées par M. J. Ferry et consentait à évacuer le Toukin, mais ne payait pas d'indemnité de guerre, L'évacuatiou fut un peu plus lente qu'on ne l'avait annoncé : les Pavillons Noirs de Luh-Vinh-Phuoc ne quittèrent Than-Quan qu'à la fin de Juin. De notre côté, nous abandonnâmes dans les délais fixés toutes nos conquêtes maritimes et en particulier l'excellent mouillage des iles Pescadores que Courbet avait occupé à la Ùa de Mars. Le grand marin, dont la science nautique et les qualités militaires nous avaient valu sur mer et sur terre les vrais succès de cette guerre, mourut à son bord, le 11 Juin, victime des fatigues de ta lutte et des souffrances morales que les incertitudes de la direction suprême avaient infligées à son patriotisme.

Le traité de Tieu-Tsin fut ratifié par la Chambre le 6 Juillet et le 16 par le Sénat. Le traité conclu le 17 Juin 1884 avec le Cambodge fut également ratifié par les deux Chambres. Dans toutes ces négociations le Cabinet du 6 Avril prenait la suite des affaires du Cabinet du 21 Février, comme il le faisait pour la convention de Londres du 17 Mars 1885, pour la neutralisation du canal de Suez, pour le règlement de la question du Congo. U. Henri Brisson fit preuve d'un remar-

iai Googic

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quable esprit politique en cootiauatit purement et simplemeot la politique extérieure et la politique coloniale de Julea Ferry. Les événemeats le favorisèrent, d'ailleurs, et il n'éprouva pas les déceptions et les mécomptes qui avaient si malencontreusement troublé notre action en Indo-Chine et amené larupture entre la majorité et le Cabinet précédent. On ne connut qu'après la répression la perfidie des Annamites et les intrigues de la cour de Hué. Celle-ci avait préparc un de ces guets-apens oii les Asiatiques sont passés maitres. Le général de Courcy leur tua l.SOO hommes et peu après il fit déporter & Poulo-Condore l'un des régents, Thuong. L'autre régent, Thuyet, s'était enfui avec le jeune roi. Le prince Metrten fut substitué au roi en fuite : il prit le nom de Donc-Khanh et subit docilement notre proteclorat. Au Tonlcin, le général Jamont prit Than-Hoî le 34 Octobre.

C'est dans la grande discussion de la fin du mois de Juillet sur le crédit de \t millions pour Madagascar, demandé par son prédécesseur, que M. Brisson se déclara nettement et, comme son prédécesseur, en faveur de la politique * de conservation du patrimoine national. > Le rapporteur, M. de Lanessan.s'étaitmontréfavorableàla demande. MM. G. Périn et Clemenceau s'étaient montrés très hostiles b toute politique coloniale. M. de Maliy, député de la Réunion, aurait voulu que la France s'annexât Madagascar. M. de Preycinet, au contraire, protestait contre toute idée de conquête. Le Président du Conseil enleva le vote en s'engageant & ne rien abandonner ni des droits ni des intérêts français. Le crédit fut accordé par 2'7 voix contre 120.

Les réserves faites par M. de Preycinet au sujet de l'expansion française dans la grande ile malgache empêchèrent d'y réaliser de sérieux progrès ; le combat de Furafate y fut livré non sans succès le 13 Septembre, et trois mois plus tard fut signé un arrangement qui nous donnait, avec de libres éta-

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bliasemenls pour nos aalionaux, uae iDdemnité de 10 millioDS, la possession de la baie de Diego-Suarei, et ladîreclion de la polilique extérieure des Hovas. Nous reconnaissions la reine de ■ Madagascar. Mais celle-ci sut échapper à notre action, comme ses ministres, et noire influence fut purement nominale sur tous les points de la grande île que nous n'occupions pas avec des forces respectables.

Le lendemain de la formation du Ministère, la Chambre avait dû procéder & l'élection de son Président, en remplacement de M. Brisson. La majorité était tellement divisée que H. Floquet, candidat des radicaux, n'avait pu passer qu'au troisième tour, avec les votes de quelques membres de la Droite, par 179 voix contre 175 données à M. Fallières, candidat des modérés ou ferrystes. Ces modérés ne pouvaient plus être exclus de toutes les Commissions, comme ils l'avaient été au lendemain de la chute de Gambetta : ils entraient en nombre dans la Commission du budget de 1886 et c'est un ancien ministre de Jules Ferry, H. Rouvier, qu'ils plaçaient à leur léte comme président.

La session ordinaire, close le 7 Avril, reprit le 4 Mai et le Cabinet de M. Brisson, malgré les gages qu'il avait donnes au radicalisme, en remplaçant ou en déplaçant quelques préfets, en demandant la démission de M. Camescasse, préfet de police, se trouva en butte aux mêmes attaques que celui de M. Ferry, de la part de l'Extrême Gauche ou de la Droite. Il combattait les prétentions de ces deux groupes intransigeants par les mêmes arguments que M. Jules Ferry et il obtenait les mêmes majorités. Le 16 Mai, il faisait rejeter une proposition d'amnistie déposée par MM. Clovis Hugues et Pellelan, à 100 voix de majorité. Le Sti Mai, M. Allain- Targé, répondant aune interpellation sur les manifestations qui s'étaient produites au Père-Lachaise pour l'anniverHaire du 24 Mai, faisait une distinction subtile entre les bannières

LA HtSe EN ACCUSATION DL' CABINET FERRV 3")!

rouges et les drapeaux rouges, entre l'enceinte du cimetière etrestérieurdueimelière; mais, cette concession mise à part, il coudamnait le désordre aussi énergiquement que M. Waldeck-Rousseau et il obtenait un ordre du jour de confiance voté par 373 voin contre S. H. Goblel, à la Chambre et au Sénat, répondait aussi victorieusement sur la désaiïectation du Pantbéon le 38 et le 30 Mai. Victor Hugo était mort le i\ Mai : le Gouvernement pensa, non sans raison, qu'une seule sépulture lui convenait, celle que la Révolution avait assignée aux grands hommes. Paris comprit celle pensée et il fit au poète des funérailles qui furent comme la glorification du génie et de ta République.

Trois jours après, le 4 Juin, venait devant la Chambre la discussion de la proposition démise en accusation du Cabinet Ferry, discussion dont l'urgence avait élé repoussée dans la séance du 30 Mars. Depuis sa chute, M. Jules Ferry avait gardé le silence à la Chambre. Le 15 Avril seulement, au Cercle du Commerce d'Épinal, il dit prophétiquement : • L'apologie du Cabinet tombé, je charge les événements de la faire ; u et annonça que le Cabinet du 6 Avril ne pourrait faire une politique différente de celle qu'avait suivie le Cabinet démissionnaire ; aussi donna-l-il le concours le plus dévoué à son successeur.

Le rapporteur de la Commission de;' poursuites, M. Ijomol, concluait au rejet de la proposition. Le Préaident du Conseil prit la parole avant toute discussion et, dans une déclaration pleine de franchise et de netteté, qui faisait autant d'honneur à son caractère qu'à son esprit politique et gouvernemental, il démontra l'inopportunité de la manifestation projetée, l'absence fatale de sanctions dans le cas oii la proposition serait votée et la désunion non moins fatale quelle introduirait dans les rangs de la majorité. Un membre de la Gauche radicale, M. Rivière, et un membre de la Droite,

^oi LE UNtSTÈRE BRISSON 6 ATril 1885-7 Janvier ISgS|

M. Delarosse. reproduisireat avec une violence passionnée des attaques coatre le Cabinet Ferry qui étaient devenues banales à force d'être répétées. M, Delafosse engloba dans ces attaques la majorité qui avait soutenu le Cabinet Ferry pendant vingt-cinq mois. Il s'éleva contre le Hiuistëre déchu qu'il représenta comme ayant exploité le dévouement et la complaisance de cette majorité, comme ayant tout osé contre la patrie et contre la loi. Ces furieuses critiques, présentées en bon style, semblaient comme un écho refroidi des violences du 30 Mars: personne ne crut devoir les relever, H. Clemenceau garda le silence et les conclusions de la Commission furent adoptées par 305 voix contre 141. Si M. Jules Ferry n'avait pas été avant tout un homme de gouvernement, il eût souhaité d'être déféré au Sénat : cette Assemblée lui aurait fait un triomphe, juste compensation des indignes traitements dont il avait été l'objet dans l'autre Chambre.

Cette discussion, rétrospective et vaine, fut la dernière incursion de la Chambre sur le terrain politique. Les trois derniers mois d'existence de l'Assemblée élue en 1881 furent consacrés, comme de coutume, au vote de nombreuses mesures qui avaient surtout un caractère électoral et qui ne furent pas toutes ratifiées par le Sénat. La loi sur le recrutement et sur le service de trois ans qui refusait toute dispense aux dipidmés, aux instituteurs et aux ecclésiastiques fut du nombre. La loi sur les récidivistes, au contraire, fui définitivement votée, telle qu'elle était sortie des délibérations du Sénat. M. Allain-Targé, qui l'avait énergiquement combattue avant le 6 Avril, dutia soutenir comme ministre et i) la fit voter par 383 voix contre 5â. L'article le plus contesté fut celui qui rendait la relégalion obligatoire pour les tribunaux. Il était pourtant à peu près annulé par l'article 18 qui laissait le soin au Gouvernement de déterminer le mode d'appU-

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cation de la relëgation. Celle-ci était, par le fait, obligatoire pour les tribunaux mais facultative pour l'admiaistratioD. Le vole d'une proposition de M. Bérenger, le célèbre criminaliste, sur la libération conditionnelle, le patronage et laréhabilitation compléta heureusement la loi dont M. Joseph Reinach avait démontré la nécessité dès \9St dans sa célèbre brochure sur les Récidivistes.

Préparé par M. Tirard, conservé dans ses grandes lignes par M. Sadi-Carnot, le budget de 1886, que l'on a appelé un budget d'attente, fut voté par le Sénat, tel que l'avait adopté la Chambre, le 6 Août 1885, le jour même de la clôture, et promulgué le surlendemain. Le budget ordinaire s'élevait à 3 milliards 1S millions en dépenses, &3 milliards 16 millions en recettes et le budget extraordinaire à 163 millions et demi.

La liquidation de l'ancienne Caisse des lycées, collèges et écoles et la dotation d'une nouvelle Caisse des écoles et des chemins vicinaux, en faveur de laquelle on émit 330 millions d'obligations à court terme, remboursables en vingtdeux ans, sur les ressources du budget ordinaire, servit comme de préface à la discussion de la loi de Finances. Cette discussion provoqua les critiques habituelles de MM. Germain, Amagat et Daynaud à la Chambre, BuiTet et Bocher au Sénat. Il y fut révélé que la Dette perpétuelle atteignait 20 milliards, la Dette amortissable tî milliards et la Dette flottante I milliard 100 millions. Pour réfuter les critiques de la Droite et celles de M. Germain, qui pronon<;a un vif réquisitoire contre la gestion des llnances républicaines, MU. Jules Roche et Dauphin, aidés du ministre des Finances, firent valoir les 73 millions économisés en trois ans sur les dépenses générales, les crédits extraordinaires et supplémentaires ramenés, en quelques années, de 200 millions en J88i à 30 millions en 1884, et abaissés it 5 millions et demi Edo. ïevoht. — Troisième République. m. — 23

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pour le premier semestre de 1883. L& réduction de l'impai foncier pour les ramilles comptant 7 enfants qui se transforma en une allocation supplémentaire de 400.000 francs au chapitre des bourses, la suppression de l'impôt sur le papier dont la Chambre avait reculé l'effet au i" Décembre 1886, pratiquant ainsi la politique d' ■ Après noua le déluge > et la limitation, à une année, des remises d'impôts accordées aux propriétaires d'appartements non loués furent les points saillants de la discussion, La h&le où l'on était de clore les travaux législatifs enleva toute acuité ii la contestation annuelle entre les deux fractions du Parlement, sur leurs attributions ttnanciëres respectives.

Nous avons laissé de côté la loi sur le scrutin de liste, qui futdiscutée au Sénat du 19 au i3 Hai et adoptée à la Chambre le 8 Juin, sans modifications, telle qu'elle revenait du Sénat. Un seul article de la loi votée par la Chambre avait été sérieusement contesté par le Sénat : c'était celui qui comprenait les étrangers dans le calcul de la population d'oii dépendait le nombre des députés. La Chambre avait admis les étrangers dans ce calcul : son vote défendu par MU. Brisson, Léon Renault et Tolain, attaqué par MM. Bozerian et G. Denis fut reclilié, à la majorité de 129 voix contre 131, et la Chambre passa condamnation.

L'Union républicaine, le journal la République française semblaient voir dans le vote du scrutin de liste une sorte de pieux hommage rendu & la mémoire de Gambetta. Ce principe, très contestable et très contesté, qui ne vaut d'ailleurs que par l'application qui en est faite, était devenu comme l'article 1" d'une sorte de testament politique qu'aurait laissé le grand patriote. Amis ou adversaires de Gambetta, tous se faisaient illusion et attachaient une importance démesurée au nouveau credo. Le courant était si fort qu'il ne fallait pas chercher & le remonter : personne n'y songea.

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