‹ Histoire de la troisième république (volume 2)Chapitre 51 sur 145 · RÉSULTATS COMPARES DE IS81 ET DE · texte numérisé non relu

RÉSULTATS COMPARES DE IS81 ET DE

à peu près par tiers en royalistes, impérialistes et réaclionnaires cléricaux. Que les âOl réactionnaires s'unissent aux 180 radicaux, suivant une habitude invétérée, et, tes 200 républicains modérés étant écrasés entre les deux ailes de l'Assemblée, tout Gouvernement sera rendu impossible. On comptait sur le scrutin de liste pour former une majorité qui aurait donné la force, la stabilité, la durée à un Gouvernement et le scrutin de liste, abandonné à lui-même, avait produit une Assemblée oii l'on ne trouvait que trois minorités, impuissantes pour appuyer un Cabinet quelconque, toutes puissantes pour le renverser par une coalition.

Il nous reste à rapprocher quelques chiffres qui montreront éloquemment le résultat des élections générales de 1885. En 1881 les républicains avaient obtenu S.lâ8.44!â sufTrages et les réactionnaires 1.789.767. En 1883, les républicains réunirent seulement 4.327.162 suffrages et les réactionnaires 3.541.384. Les voix réactionnaires avaient plus que doublé en quatre ans, de 1881 &I880: jamais depuis 1876, même enl877, où toutes les forces de l'administration et du clergé étaient & leur service, les adversaires de la République n'étaient arrivés aussi près du but. Sans programme, sans drapeau, ayant contre eux le pouvoir exécutif, le Ministère et toutes les grandes forces sociales, moins le clergé, ils avaient fait échec au régime établi et presque triomphé, dans des conditions cent fois moins favorables qu'au 16 mai 1877.

La session extraordinaire de 1883 s'ouvrit le 10 Novembre. Le matin même le Joui-nal officiel avait annoncé le remplacement de MM. Pierre Legrand et Hervé-Mangon, ministres non réélus, par MM. Gomot et Dautresme. MM. Hérault et Rousseau ne furent pas remplacés comme sous-secrétaires d'État. Les élections non contestées furent validées à la Chambre avant l'élection du bureau, fixée au 14 Novembre. Antérieurement à cette élection, des réunions extraparle-

âOfi LE HimSTÉRE BRISSON (6 ATril tSSa-T Janrier 1886f

mentaires furent tenues rue Cadet, au Grand-Orient, dans la salle d'oii était parti le fameux programme. Elles furent présidées par M. Lockroy, le premier élu de Paris, el fréquentées par 150 députés : une centaine se rattachaient au radicalisme et une cinquantaine seulement & l'ancienne majorité ferryste. Aussi les résolutions qui furent prises se ressentirent-elles de cette composition : les radicaux, comme toujours, firent la loi aux modérés et parmi les-radicaux les plus aventureux imposèrent leurs vues et leurs projets aux autres. Vues et projets étaient d'une très grande simplicité. Estimant que l'alîaire la plus urgente était la mise en accusation du Cabinet Ferry réclamée, disaient-ils, par le suffrage universel, les intransigeants consentaient pourtant à renoncer à la mise en accusation, si on leur accordait hic et nunc l'amnistie qui devait s'appliquer exactement à quatre personnes : à M"' Louise Michel, au prince Kropolkine et h deux inconnus. Ou allait répétant que cette combinaison, que ce marché avait l'assentiment de deux ministres et que le Président de la République n'y était pas opposé. En tout cas, le Président du Conseil le repoussa formellement et, dans la Déclaration qui fut lue aux Chambres le 16 Novembre, il recommanda une politique d'union, de conciliation, de concentration et d'affaires, sans la moindre ' allusion à l'amnistie et sans s'exprimer avec une énergie suffisante, au gré des radicaux, sur les révocations de fonctionnaires qu'ils jugeaient nécessaires.

Au lieu d'interpeller immédiatement le Président du Conseil et de vider leur querelle avec lui, sur cette question, au grand jour de la tribune, comme le conseillaient deux jeunes députés du Midi, MM. Jaurès et Jamais, les républicains avancés, dans de nouveaux conciliabules tenus au Grand-Orient, résolurent de demander sa démission au Président du Conseil. M. Brisson accueillît fort mal cette

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démarche. Il répondît & ses interlocuteurs que, conformément & toutes les règles parlementaires, il ne se retirerait que s'il était mis en miuorité par la Chambre. Du reste, il allait lui donner l'occasion de faire connaître son opinion, en déposant un projet de crédits pour le Tonkin et potir Madagascar. .

Trois jours après, le il Novembre, la demande de crédits était déposée. Sur 343 millions de crédits ouverts en 188S pour le Tonkin et pour Madagascar IlSrestaient disponibles. Le Gouvernement proposait de reporter sur l'exercice 1886 une somme de 79 millions qui seraient ainsi répartis : 4S millions pour la Marine, 30 millions pour la Guerre et 4 millions pour Madagascar. Il estimait qu'avec un corps expéditionnaire réduità 11. 35^ hommes et que l'on fortifierait par l'organisation de 3.73S tirailleurs tonkinois, les dépenses de la métropole pour ï<a colonie s'abaisseraient sensiblement en 188(t.

La Commission qui fut nommée le ii Novembre comprenait 26 membres hostiles et 7 membres favorables : elle choisit comme président M. Georges Périn, l'adversaire né de toute conquête coloniale, et elle appela immédiatement devant elle le Président du Conseil. Prenant position avec une remarquable netteté et un véritable courage civique, M. Brisson déclara, avec la même énergie que l'eât pu faire M. Jules Ferry, que le Gouvernement ne consentirait jamais ni à l'évacuation immédiate, ni à l'évacuation échelonnée et progressive. La Commission commença immédiatement ses travaux : après s'être divisée en trois sous-commissions, militaire, diplomatique et économique, elle se livra à une enquête approfondie sur les origines, les péripéties et le but de nos établissements au Tonkin et h Madagascar et sur toute la politique coloniale. Elle interrogea longuement les fonctionnaires que le Gouvernement avait eu la faiblesse

368 LE MINISTÈRE BRISSON {6 Avril 16Sâ-7 Janvier 1386;

d'auloriser à déposer devaal elle et elle put s'immiscer dans des détails d'admiaistralion, dans des recherches de responsabilités dont seul le pouvoir exécutif avait h connaître. De plus elle dirigea son enquête comme une instruction judiciaire, non pas contre le Cabinet du 6 Avril, mais contre celui du 21 Février. Le résultat répondit mal & son attente et presque toutes les dépositions furent la justification éclatante de la conduite de U- Jules Ferry et de ses collègues- La plus remarquée de ces dépositions, celle qui produisit la plus vive émotion et en même temps qui fit le mieux ressortir l'imprudeace commise par le Gouvernement, qui avait autorisé des officiers & comparaître devant une Commission parlementaire, fut faite par le général Brière de l'Isle. Le successeur du général Millot reconnut que le miaistre de la Guerre du Cabinet Ferry l'avait laissé seul juge de l'opportunité de la marche sur Lang-Son et il en assumait toute la responsabilité.

Quant à la retraite qui avait suivi la blessuredu général de Négrier, le général Brière de l'Iste l'attribuait uniquement â l'état d'ébriété du lieutenant-colonel Herbiager, Déjà traduit devant un Conseil de guerre pour la retraite de Lang- Son et bénéficiaire d'une ordonnance de non-lieu, le lieutenant-colonel fut traduit devant un Conseil d'enquête, & la suite de ces nouvelles accusations et acquitté à l'unanimité le 10 Février 1886.

Le troisième point de la déposition du général Brière de risle, qui frappa vivement l'opinion, fut relatif au général de Courcy. Le général Brière de l'Isle attribuait à sa rudesse, à sa méconnaissance des habitudes et des mœurs asiatiques, les troubles qui s'étaient produits & Hué et qu'il avait fallu si sévèrement réprimer.

Le général Brière de l'Isle plus que personne avait amené la chute du Cabinet Ferry par sa dépèche affolée du 24 Mars.

LE R&PFORT CAHIUE PELLETAN ob^

laterrogé par la Commissioa 8ur le point de savoir s'il avait dît qu'il faudrait 60.000 hommes pour garder le Tonkin, il répondît : « C'était une boutade, a L'auteur de cette « boutade » était absolument hostile & l'évacuation et affirmait qu'avec 6.0O0 Français et IS.OOO Tonkinois on pouvait garder et défendre le Tonkin. Bien que le général Briëre de ruie eut fait preuve en quelques circonstances d'une regrettable légèreté, la déposition d'un homme qui connaissait le pays, qui y avait remporté de brillants succès au Kep, à Chu, sur la ligne du Loch-Nam, fit impression sur les commissaires et, sans les ramener à une plus juste appréciation des nécessités qui s'imposaient h la France, les empêcha de se prononcer ouvertement pour la solution radicale et désastreuse de l'évacuation.

Le long rapport de H. Camille Pelletan porta les traces de cet embarras. H ne conseillait pas au Gouvernement de rappeler nos troupes « sur un coup de télégraphe, » mais « de faire la liquidation » avec toutes les garanties et les précautions nécessaires, garanties et précautions qu'il ne se chargeait pas d'indiquer. Aussi hostile au protectorat qu'à l'annexion, la Commission proposait simplement le vote d'un crédit de provision pour l'entretien des troupes. Appuyées parle rapporteur et par MM. Delafosse, Raoul-Duval, G. Périn, F. Passy, Clemenceau et Andrieux, durant quatre séances, ces conclusions furent vivement combattues par H*' Freppel, par MH. Paul Bert, Ballue, Brisson, Campenon, Casimir-Périer et de Freycinet. Tous ces orateurs firent valoir les conséquences déplorables que l'abandon du Tonkin aurait pour notre prestige en Orient ; ils montrèrent nos rivaux (ont prêts à occuper la place que nous laisserions vacante après avoir accompli les trois quarts de la tâche. Nos intérêts comme notre honneur nous conseillaient d'achever l'œuvre commencée et d'exécuter le traité que nous avions signé avec la Chine. Edo. Zevobt. — Troisième RÈpublique. ru. — 2t

'Ali) LE MINISTÈRE BRISSON {4 Avril 1)85-7 Janvier 1886)

M. Brisson avait d'autant plua de mérite k accepter l'hérî- Uge de son prédécesseur et k dérendre intégralement sa politique coloniale qu'il pensait, qu'il pense peut-être encore que les intérêts de la France lui commandaient de ne pas étendre son action au delà du bassin de la Méditerranée. Notre influence a augmenté dans la Méditerranée occidentale, depuis que nous exerçons le protectorat de Tunis; on n'en saurait dire autant de notre influence dans la Méditerranée orientale, où le prestige de l'Angleterre a si fort éclipsé le nôtre, depuis qu'elle domine dans la vallée du Nil, qu'elle est maîtresse à Chypre ; depuis aussi que d'autres rivaux de la France, tout-puissants à Constantinople, ont pris la place que nous devions à une alliance plusieurs fois séculaire avec la Porte. Qui pourrait affirmer qu'en disséminant nos efforts sur tant de points du globe, nous n'avons pas affaibli notre capacité de résistance aux empiétements qui devaient fatalement se produire dans un domaine plus rapproché et plus restreint, où nos traditions historiques, une clientèle dès longtemps acquise nous assuraient à moindres IVais des succès plus certains? N'était-ce pas là la véritable politique de conservation coloniale? Ne nous eùtelle pas réservé moins de mécomptes que la politique d'extension lointaineet d'annexion par tes armes? Ces questions, que nous posons après coup, ne se posaient pas au mois de Décembre 1885 ; une seule était en Jeu : la France abandonnerait-elle une terre arrosée du sang de nos soldats, un marché de 10 millions d'habitants, voisin du plus grand marché du monde, la Chine, et M. Brisson fit à cette question la seule réponse honorable, en donnant avec tout son talent, tout son patriotisme, toute son autorité de républicain intègre, pour obtenir le vote des crédits.

Le 34 Décembre, à 10 heures du soir, l'ensemble des crédits fut voté par 274 voiic contre 371). La majorité com-

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