‹ Histoire de la troisième république (volume 2)Chapitre 52 sur 145 · INTERPELLATIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

INTERPELLATIONS DIVERSES

prenait 273 républicains et un membre de la Droile, Hc^Freppel; la minorité comprenait 176 réactionnaires et 94 républicains ; il n'y eut que 6 abstentions, S de Gauche et une de Droite. Le Cabinet l'avait emporté, mais grâce à deux circonstances toutes fortuites : l'absence des députés du Tarn-et Garonne, de la Corse, de la Lozère, de l'Ardëcbe el des Landes qui avaient été invalidés; la vacance -de six sièges de députés de la Seine, élus le 4 ou le 18 Octobre dans les départements, qui avaient opté pour ces départements et qui ne furent remplacés que le 28 Décembre par MM, Labordère, Maillard, Millerand, de Douville-Maillefcu, Achard et Brîalou. Si ces députés de Paris, qui tous auraient voté contre les crédits, et les 22 députés de la Droite avaient été présents à la Chambre le 24 Décembre, les crédits auraient été repoussés par 298 voix contre 274. On conçoit que M. Brisson n'ait pas considéré comme suffîsanle cette majorité péniblement acquise de 4 voix. De ce jour la résolution que lui commandait sa dignité fut prise. Les intérêts et l'honneur de la France étaient saufs : c'était l'essentiel.

Toute ia politique, depuis la rentrée des Chambres, s'était concentrée dans les discussions de l|i Commission des Trente- Trois. Pourtant, b. la Chambre même, au Sénat et dans l'ordre admiRislratifd'inlcressanLes questions avaient sollicité l'aUenlion publique.

La Chambre avait renoncé & interpeller le Gouvernement sur sa politique dès la rentrée, mais, un mois plus tard, trois interpellations s'étaient produites successivement les 10, 12 etlS Décembre. M. Raoul-Duval avait interrogé le minisire de l'Intérieur sur les droits et les devoirs des maires en temps d'élection ; M. Gamélinat, le minisire des Travaux Publics sur les travaux de Paris : l'ordre du jour pur et simple avait clos ces deux interpellations qui n'avaient pas pas-

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sionné la Chambre. Il n'en avait pas été de même de l'inlerpeilatioD de H. Baudry d'Asson au ministre des Cultes, sur la suppression des traitements ecclésiastiques. H. Goblet avait revendiqué les droits de l'autorité civile confirmés par l'arrêt du Conseil d'État que nous avons cité. La Chambre avait fait un chaleureux accueil au discours de M. Goblet, ordonné l'altlchage et voté un ordre du jour de confiance, par 317 voix contre 156. Quinze joursauparavant, elle avait montré des tendances protectionnistes, en obligeant l'administration de la Guerre, malgré le sous-secrétaire d'État, H. Cavaignac, et n'admettre dans les adjudications publiques intéressant l'alimentation de l'armée que (les produits d'origine française. Enfin, la Chambre avait procédé avec des intermittences à la vérification des pouvoirs de ses membres et appliqué h ces vérifications une doctrine assez capricieuse, invalidant les élections de tel département, où le clergé était intervenu, oti les fausses nouvelles avaient pu exercer une certaine influence et validant celles du département voisin, oii les mêmes interventions s'étaient produites, oîi les mêmes abus avaient été relevés.

Le Sénat, avant d'être appelé & voter, le 26 Décembre, sur tes crédits du Tonkin et de Madagascar, qu'il avait adoptés par 212 voix contre 59, avait eu h se prononcer sur de nombreuses lois d'affaires concernant les délégués mineurs, la liberté du taux de l'intérêt en matière commerciale, le monopole des pompes funèbres attribué aux fabriques et k ratifier bien tardivement le traité de commerce conclu le 15 Janvier 1883 entre la France et le roi de Birmanie Thibâ. Le roi avait accordé à une Compagnie française te privilège de l'exploitation de ses forêts enlevé & une compagnie anglaise. Le Cabinet de Londres avait protesté ; ThibA n'avait pas tenu compte de ces protestations et les Anglais avaient eu recours aux grands arguments : le 28 Novembre, le géné-

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rai Prendergast péaétrail dans Handalay avec uoe petite armée, dictait la loi à Thibô et annulait l'iaflueace fraoçaise en Birmanie.

Dans le département minislériel de H. Goblet deux très importantes mesures, peu remarquées alors, en dehors du monde spécial des universitaires, inaugurèrent la rérorme de l'enseignement supérieur, entrevue par HJtf. Waddington et Jules Ferry et qui ne devait aboutirqu'au mois de Juillet 1896, onze ans juste après le premier des deux décrets qui furent rendus sur l'initiative du ministre de l'Instruction Publique.

Le décret du 2S Juillet 1885 autorisa les Facultés à recevoir des dons, legs et subventions, à administrer ces ressources, à discuter et à arrêter les programmes des cours, k présenter des candidats pour le décanat. C'était un commencement d'autonomie donné aux Facullés qui depuis 1808 étaient étroitement subordonnées à l'administration centrale. Un nouveau pas fut fait dans cette voie par le décret du 28 Décembre, qui créa dans chaque chef-lieu académique un Conseil général composé des représentants de chaque Faculté ou École d'enseignement supérieur, élus en partie par la Faculté ou par l'Ecole, délibérant sous la présidence du recteur et chargé de répartir entre les Facultés les fonds affectés aux services communs.

Par leur portée, par les conséquences qui en découlèrent tout naturellement, les décrets de Juillet et de Décembre 1883 nous apparaissent, & distance, comme l'acte le plus remarquable qui se soit accompli sous le Ministère de H. Henri Brisson.

Le jour même oii le décret de Décembre était signé, le Congrès se réunissait à Versailles et, après que la Droite eut retardé ses travaux par un violent tumulte, comme protestation contre l'absence des députés invalidés, il reportait M. Grévy à la Présidence de la République, avec cent voix de

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moins qu'en 1879. M.Brisson, qui n'était pas candidat, réuail 68 suffrages. Les craintes que faisait concevoir la composilion de la Chambre des Députés n'étaient pas étrangères & la réélection de M. Grévy. On oublia d'autant plus facile- ' ment ses fautes, qui étaient un peu celles de son entourage, que les républicains modérés en avaient surtout souffert et que ces républicains, hommes de Gouvernement, par discipline, par sentiment des nécessités politiques sont moins portés k la rancune. D'ailleurs, dans l'état d'esprit où se trouvaient, le S8 Décembre 1885, les 383 députés républicains, on ne voit pas trop quel meilleur choix tis auraient pu faire.

Réélu dans les Vosges, avec toute la liste républicaine, H. Jutes Ferry était encore sous le coup des colères, des haines qui avaient amené sa chute, le 30 Mars, et d'une impopularité qui devait mettre huit années à se dissiper seulement en partie. M. Brisson, outre que ses opinions étaient un peu plus avancées que celles de la majorité du Congrès, surtout que celles de la majorité de ta France, était rendu responsable du résultat des élections d'Octobre et de fautes qu'il n'avait pas commises. M. Clemenceau n'avait d'influence que sur une minime fraction du parti radical; dans le pays son autorité était restreinte et son programme semblait peu rassurant. M. de Freycinet avait contre lui la ruine partielle de l'influence française en Egypte et plus récemment son adhésion à la politique de conservation coloniale, son discours en faveur du vote des crédits du Tonkin et de Madagascar qui lui enlevaient presque tous les sufl'ragcs sur lesquels il aurait pu compter en toute circonstance. H. Sadi- Carnot, appelé aux grandes affaires depuis le 6 Avril seulement, n'avait joué qu'un rôle effacé comme ministre ; comme député, les ordres du jour de con0ance qui portaient babituellemeut sa signature n'étaient pas pour le recommander

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auprès des radicaux et des iii transigeants. H, Floquet, enfin, n'avait jamais été ministre et les souvenirs de 1867 lui interdisaient la première place de l'État. La nomination de U. Jules Grévy, qui bénéficiait encore des Lristes résultats qu'avait donnés la première expérience d'un scrutin auquel it était opposé, s'imposait donc presque fatalement, en l'absence d'un autre candidat présidentiel ayant de sérieuses chances de succès ; il était de plus le bealus possidens et bien que le renouvellement de la Présidence fût contraire aux principes démocratiques, se réélection se fit d'ellemême. On vota pour lui sans enthousiasme mais sans hésitation.

Le âd Décembre H. Henri Brisson remit la démission du Cabinet au Président de la Republique et la session de I88S fut déclarée close. Au terme de cette médiocre année 188B, oii tous les pouvoirs publics avaient été renouvelés, la France se trouvait en présence d'un vieux Président, d'un Sénat excellent, d'une Chambre sans majorité et d'un Cabinet démissionnaire ; la lassitude, le découragement, l'incertitude de l'avenir régalent partout; le pays n'avait ni la conscience de soi-même, ni l'énergie persévérante qui font les nations puissantes : l'heure critique de la République avait sonné.

Radical par les personnalités de MH. Brisson, Goblet, de Freycinet et P. Legrand, le Cabinet du 6 Avril avait élé opportuniste par ses actes. En dehors de quelques avances à la Gauche et de quelques épurations regrettables, il n'est pas une de ses paroles que n'eût contresignée un Cabinet plus modéré, pas une mesure qu'il n'eût prise. Si H.Jules Ferry avaitété au pouvoir avant les élections de 1886, il est bien probable que le Gouvernement, sans sortir d'une neutralité qui s'impose è toute administration vraiment libérale, eût guidé les votants par quelque déclaration très ferme et affirmé la politique de conservation républicaine et de pro-

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grès démocratique qui avait été la sienne. Par un respect scrupuleux pour la liberté des électeurs, U. Henri Brissoa n'a pas fait cette déclaration ni affîmié cette politique. Il n'en a pas moins gouverné comme l'eût fait M. Jules Ferry et, après avoir rendu au pays tes services que l'on attendait de lui, il est rentré dans le rang, sans amertume ni récriminatioa, avec la dignité tranquille et simple dont il ne s'est jamais départi. Son nom ne sera pas prononcé dans les innombrables combinaisons ministérielles qui vont s'élaborer désormais ; sa voix frémissante de douleur et d'indignation ne se fera entendre que lorsque le Gésarisme renaissant menacera son idéal de raison, de justice et de moralité : nous voulons dire ta République.

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