LES PROPOSITIONS DUCHÉ-RIVET
M. Duché, U. Vielle, se forgeant des crainles chimériques, s'aulo-suggeatioaaaal eux-mêmes, comme on dirait aujourd'hui, prirent au tragique les prophéties du député, de la Droite et cherchèreot à conjurer ce péril imaginaire en déposant une proposition d'expulsion des princes. Ils voulaient faire remettre en vigueur les lois des 10 Avril 1833 et 26 Mai 18iâ cuncernant la famille Bonaparte et les princes de la maison de Bourbon. Le Gouvernement, surpris par cette proposition, Qt de vains effort» pour amener H. Duché et ses collègues à la retirer. D'autres députés, comme M. Rivet, intervinrent, demandant que l'on inscrivit dans une loi le droit d'expulsion que le Gouvernement déclarait posséder. Désormais la question était posée et il ne dépendait plus de personne de l'enterrer. Ceux que menaçaient les propositions intervenaient et le plus bruyant de tous, le prince Napoléon, profitait de l'occasion pour dire leur fait aux républicains et aux Bourbons qu'il s'efforçait de séparer des Bonaparles. Il représentait ceux-ci comme étant les respectueux serviteurs de la Souveraineté nationale, ceux-là comme ayant depuis un siècle combattu et trahi sans cesse la Révolution.
Les propositions Duché et Rivet vinrent en discussion le 4 Mars : le Président du Conseil lit valoir contre elles non pas des raisons de principe, mais des raisons d'opportunité ; il déclara qu'il avait en mains tous les pouvoirs nécessaires pourconjurer les périlsqui pouvaient menacer la République et les deux propositions furent rejetées, la première par 330 voix contre 193, la seconde par 319 voix contre 179. Dans' ces deux scrutins la Droite avait contribué & faire la majorité; dans le troisième, ouvert sur un ordre du jour de con-' fiance en la fermeté du Gouvernement pour réprimer les menées monarchistes et qui fut adopté par 347 voixcontrel09, la majorité était exclusivement républicaine. Deux mois se Edg. Zevort. — Troisième République. tu. — 25
386 LE TROISIÈME MINISTÈRE PREÏCINET (7 Jsnvier-tl DëC. 1«8«|
passèrent après cette séaace, où M. deFreycinet a'étaîl révélé comme un tacticien parlemeotaire de premier ordre, et les vacances survinrent le 2S Avril. Le Président du Conseil, pendant cette première partie de la session, avait fait preuve d'une incomparablevirtuositéetBoaautorîtéparaissaitînébranlable.
Durant les vacances le bruit s'était répandu que le comte de Paris donnait sa lille en mariage à l'hérilier présomptif de la couronne de Portugal. Dès que ce bruit avait été confirmé M. Billot, notre ministre à Lisbonne, conformément aux instructions de H. de Freycinet, avait adressé les félieitationscourtoises du Gouvernementfrançais au Gouvernement portugais pour un mariage qui ne pouvait que resserrer les liens d'amitié entre les deux nations. Le 15 Uai, dans sa magnifique résidence de la rue de Grenelle, l'hàlel GalIJera, le comte de Paris, k l'occasion du mariage de sa fille, donna une grande fêle & laquelle assistèrent tous les membres de sa famille, le a Tout Paris » mondain, un certain nombre de républicains et parmi eux un académicien, ancien ministre et sénateur du Centre Gauche dissident, plus connu par son séduisant esprit, par sa merveilleuse éloquence que par la fixité de ses opinions. Les représentants des puissances étrangères à Paris, également conviés, avaient eu le bon goût de décliner l'invitation. L'événement aurait passé presque inaperçu , si les journaux du parti et les gazettes des fêtes mondaines n'avaient mené grand bruit autour de la réception du 15 Mai.
La tentative de restauration monarchiste avait échoué en 18'i3, quand le Président de la République et la majorité de l'Assemblée unique étaient monarchistes ; elle avait échoué une seconde fois en 1S77, quand le Chef du pouvoir exécutif n'avait pour le soutenir qu'une majorité de quelques voix très douteuses dans l'Assemblée issue du suffrage restreint; elle n'était certainement pas redoutable en 1S86,