‹ Histoire de la troisième république (volume 2)Chapitre 57 sur 145 · LA DISCUSSION AU SÉNAT · texte numérisé non relu

LA DISCUSSION AU SÉNAT

dévouemeDta intéresEés comme par les amitiés sincères, à être et à rester des prétendants. La cause était entendue après ce merveilleux discours, plein de tact, de modération et de finesse, qui ne laissait rien subsister de l'argumentation de HM, de Mun, Piou et JolJbois : le contre-projet Brousse fut adopté dans sa Tonne primitire par 315 voix contre 23i. L'article 1" rendait l'expulsion obligatoire contre les chefs de famille et leur héritier direct ; l'article â la laissait facultative contre les autres membres des familles princiëres.

Au Sénat, oii la discussion remplit les séances du âl et du 22 Juin, H. de Freycinet rencontra des adversaires plus redoutables qu'à la Chambre dans la personne de MH. d'AudifTret-Pasquier, Jules Simon, Léon Renault et Bardoux ; il refit son discours de la Chambre en le transposant, en l'appropriant au milieu ambiant et il remporta le même succès : l'article l" fut adopté par i'il voix contre 122. Au vote sur l'ensemble, la Droite, escomptant des défections qui ne se produisirent pas, avait demandé le scrutin secret h la tribune : elle fut un peu plus battue, par 141 voix contre 107.

L'article 4 de la loi du 22 Juin édictait que les membres des familles ayant régné en France ne pourraient entrer dans les armées de terre ou de mer, ni exercer aucune fonction publique, aucun mandat électif. Conformément h cet article le duc d'Aumale et le duc de Chartres furent rayés des cadres de l'année. Le duc de Chartres introduisit un recours devant le Conseil d'État ; le duc d'Aumale saisit la même juridiction •l, de plus, il adressa au Président de la République une lettre qui motiva son exclusion. Cette lettre, en Juillet 1886, parut ce qu'elle était, parfaitement insolente. Quand on la relit Bujourd hui, avec le souvenir des derniers mois de la Présidence Grévy, avec celui de la magnifique réparation que le duc d'Aumale offrit à l'Institut de France, on est porté & la juger avec quelque indulgence. Le 12 Juillet M. Keller à la

390 LE TBOISlèME UtMSTÈRE FREVCIKET (7 IaDïier-11 DéC. 1886)

Chambre, le IS M. Chesnelong au Sénat interpellèrent le ministre de la Guerre sur la radiation des cadres de l'armée du duc de Chartres et du duc d'Aumale. Le général Boulanger obtint deux votes de confiance : & la Chambre, par 351 voix contre 172, au Sénat par 152 voix contre 79. H eut même un grand succès personnel & la Chambre, en faisant le procès du duc d'Aumale, général de division à vingt et un ans, pour la rapidité de son avancement. La Chambre vota l'afiichage du discours du ministre de la Guerre : son nom, inconnu la veille, fut répandu dans Sti.OOO communes.

Cinq princes étaient donc expulsés et pendant cinq mois tout travail utile avait été comme interrompu dans l'une dea deux Chambres. Cela ne compensait pas ceci. Et leii résultats ultérieurs montrèrent bien la faute commise parle Gouvernement dans la présentation de cette loi. 11 ne faut pas engager de pareilles affaires, en présenced une opinion publique nerveuse, qui s'afTole aisément et que l'on n'est pas certain de pouvoir ramener & volonté au calme et à la raison. Après l'expulsion des princes, l'esprit public, dirigé par des journalistes sans responsabilité, par des républicains intransigeants, s'éprit d'un soldat que les derniers événements avaient mis en pleine lumière,et alors commença cette prodigieuse popularité du général Boulanger qui aurait fait courir le plus sérieux danger à nos institutions, s! les républicains raisonnables n'étaient venus à leur secours.

Agé de moins de quarante-huit ans, au moment où il était appelé au ministère de la Guerre, le général de division Boulanger avait eu une carrière militaire glorieuse, heureuse aussi et un avancement exceptionnellement rapide. En Kabylie, h Turbigo, dans l'Indo-Cbine, èi Cbampigny, dans l'armée de Versailles, en Tunisie il montra la plus brillante bravoure et conquit sa troisième étoile en 1884. Directeur de l'infanterie au ministère de la Guerre, pendant deux ans.

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