LA LOI DU 3U OCTOBRE
latiaes, légiférant pour l'enseignement spéci&l, refusërenl de s'y engager; ils auraient m6me volontiers reculé, estimant qu'on devait s'en tenir k la lettre et à l'esprit de la loi de 1865, qu'il serait < inopportun et dangereux > de dénaturer l'enseignement créé par H. Duruy.
La loi du 30 Octobre 1886 sur l'enseignement primaire ne soulève pas les mêmes critiques que la réforme incomplète de l'enseignement secondaire spécial. Elle est restée un titre d'honneur, nous oserions presque dire un titre de gloire, pour M. Gobletquien soutint la discussion au Sénat avec une force et un éclat incomparables, dans la session d'hiver. C'est, bien entendu, contre la laïcisation que porta tout l'effort de la Droite, aidée par le Centre gauche dissident, parfois même par quelques membres du Centre gauche pur, comnie M. Bardoux. L'article 12 conGc l'enseignement à un personnel exclusivement laïque dans les Écoles publiques de tout ordre ; aucun congréganis te ne peut plus être nommé dans les Écoles publiques des départements où existe depuis quatre ans une Ëcole normale d'instituteurs ou d'institutrices. Les congréganistes hommes seront tous remplacés, dans les Écoles publiques de gargons, cinq ans après la promulgation de la loi ; les congréganis tes femmes seront remplacées, dans les Écoles publiques de filles, au fur et à mesure des extinctions, sans délai fixé d'avance pour l'exéculiou de la loi. La Droite prétendait que l'exclusion des congréganis tes était la violation du principe qui déclare tous tes citoyens également admissibles h tous les emplois. M. Goblet répondit que les congréganisles n'avaient qu'à ouvrir des Écoles libres et à y enseigner conformément à leurs principes ; mais il les jugeait incapables de respecter la neutralité religieuse dans les Écoles de l'Étal. Le Sénat vota l'afllchage du discours de M. Goblet dans toutes les communes de France. Un amendement de MM. Bardoux et La Caze, tendant à subordonner Edc. Zevort, — TroisiËme République. ui. ~ 20
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la laïcisation à l'avis conforme du Conseil municipal, fut repoussé par 149 voix contre 107 et l'article 13 adopté par 134 voix contre 99.
Eo seconde délibération H. Jules Simon, devenu partisan de la liberté absolue de l'enseignement et adversaire résolu de la neutralité religieuse, attaqua la loi comme contraire à la justice, à la liberté et au progrès. M. Goblet n'eut qu'& reproduire sa réponse de la première délibération et l'article 12, devenu l'article 17, fut adopté par 166 voix contre 99. Un amendement de MM. Barbey et Labiche, autorisant le ministre & surseoir à la laïcisation d'une École, sur l'avis conforme du Conseil municipal, fut repoussé & 3 voix de majorité, par 135 voix contre 132. L'article 66 réservant la dispense du service militaire aux services accomplis dans une École publique, combattu par M. Batbie, réunit 167 voix contre 88 et l'ensemble de la loi 171 voix contre 100.
Plusieurs sénateurs du Centre Gauche et de la Gauche sénatoriale, AIM. Bardoux, de Pressensé, Lenoel et Dide, avaient demandé que la nomination des instituteurs et institutrices fût enlevée aux préfets et rendue aux recteurs. Le ministre et le rapporteur, H. Ferrouillat, combattirent l'amendement Bardoux pour des raisons politiques. L'institutrice et l'instituteur, dirent-ils, qui vont être en butte à des attaques passionnées doivent être défendus par une autorité plus rapprochée d'eux que le recteur. On aurait pu répondre à MM. Goblet et Ferrouillat que l'inspecteur d'académie départemental est aussi rapproché de l'instituteur et de l'institutrice que le préfet lui-même ; à cette objection MM. Goblet et Fenouillat auraient certainement riposté que l'inspecteur d'académie est moins en état qu'un préfet de résister aux sollicitations d'un maire ou d'un personnage politique, moins qualilié aussi pour obtenir des municipalités les améliorations matérielles que réclament tes Écoles.
L\ DISCUSSION A LA CUAHBRE 408
Ea réalité, la nominatîoQ des instituteurs par les préfets, telle que l'a organisée la loi du 30 Octobre 1886, n'olTre pas d'inconvénients : elle n'en olTrirait que si les préfets prétendaient, ce qui n'est pas, transformer les instituteurs en agents électoraux. Que si une modification apportée à la loi du 30 Octobre faisait passer la nomination des préfets aux recteurs, ces fonctionnaires, absorbés par d'autres soins, ayant h nommer un personnel de plusieurs milliers d'intituteurs et d'institutrices dans 5, 6, 7, 8, et jusqu'à 9 départements, laisseraient forcément de pleins pouvoirs aux inspecteurs d'académie et rien ne serait changé & la situation actuelle. Sans doute les instituteurs ne relevant que de leurs chefs hiérarchiques seraient plus indépendants, mais leur indépendance n'a-t-elle pas été sauvegardée sous le régime de la loi de 1886?
A la Chambre, du 19 au ïl Octobre, la loi ne fut attaquée que par la Droite. MM. Keller, Freppel, de Mun reproduisirent, avec beaucoup moins de talent, les arguments produits par la Droite du Sénat. Tout l'elTort de la discussion reposa sur H. Steeg, rapporteur, et sur le ministre, et tous les amendements proposés par la Droite furent repoussés. La Gauche, pour en Qnir avec une discussion qui durait depuis des années, s'était concertée pour accepter sans changements le texte sénatorial : il fut adopté, le 27 Octobre, par 363 voix contre 179. La loi sur l'enseignement primaire portait ua nouveau coup à la loi du 13 Mars 1850 qui ne subsistait plus que dans ceux de ses articles qui concernent l'enseignement secondaire. C'est l'acte le plus important du troisième Ministère Freycinet; c'est peut-être l'acte le plus important de la République, depuis l'avènement au pouvoir des républicains. Aucun n'a eu une portée plus grande, une influence plus décisive sur les générations. L'École, telle que l'a faîte la loi de 1886, a une prise certaine sur l'&me même de la France.
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Onze jours après la promulgation de la loi, l'un de ceux qui en avaient pris l'initiative, l'un de ses principaux artisans, Paul Bert, était enlevé au Tunkia, par une attaque de choléra, sans savoir que l'œuvre à laquelle il avait si passionnément travaillé était enlin accomplie. Par un décret du il Janvier U. de Frejcinet avait réorganisé le Protectorat du Tonkin et de l'Annam, constitué en service autonome. Seuls le résident général, les deux résidents supérieurs de Hanoï et de Hué et deux ou trois autres résidents restaient h la nomination du Gouvernement central. Tous les autres fonctionnaires du Protectorat étaient nommés par le résident général. Cette mesure de 1res intelligente décentralisation fut complétée par le choix que fil le Ministère de M. Paul Bert pour le poste de résident général. Le Président du Conseil fut récompensé de cette bonne politique coloniale par un double succès à la Chambre et au Tonkin : à la Chambre une demande d'enquête sur les origines de l'expédition, déposée par l'Extrême Gauche et appuyée par les bonapartistes, fut rejetée ; au Tonkin le général de Courcy, rappelé en France pour sa conduite un peu rude en Annain, fut remplacé par le général Jamont, et le 29 Mars Lao Kaï, le point extrême de notre occupation sur le Fleuve Rouge, fut pris. L'administration de M. Paul Bert commençait sous d'heureux auspices, pendant que la Commission de délimitation poursuivait son tracé de la frontière entre LaiigSonctlaChinc, etque les négociations entamées simultanément h Ticn-Tsin et & Pékin aboutissaient, le iû Avril, h la conclusion d'une convention commerciale entre la France et le Céleste Empire.
La même tranquillité régnait à Madagascar où M. Le Myre de Villers était envoyé comme résident général, après l'approbation par les Chambres du traité du 1 7 Décembre I880. Dans l'Afritiue occidentale une révolte des tribus nègres voisines de
ËCBeC DIPLOHATIOUE EN (IKÉCE 403
Bakel était facilement réprimée et M. de Brazza était nommé commisaairegénéral du Gouvernementdansle Congo français.
L'échec qu'éprouva H. de Freycinet dans sa négociation avec l'Angleterre, au sujet des Nouvelles-Hébrides, qu'il voulait réunir à la Nouvelle-Calédonie, se rattache à sa politique extérieure qui fut moins bien inspirée que sa poli* tique coloniale.
Après le règlement du conflit qui s'était élevé entre la Serbie et la Bulgarie, la Grèce était restée en armes. Elle attendait l'exécution, en ce qui la concernait, du traité de Berlin, les compensations qui lui avaient été promises et elle maintenait des réclamations qui auraient eu quelques chances d'être admises par l'Europe, quand toutes les puissances tremblaient que la guerre ne devînt générale dans la presqu'île des Balkans, qui n'en avaient plus aucune, une fois le différend apaisé enire les belligérants du Nord. C'est le moment que choisit M. de Freycinet pour faire remettre le 23 Avril à M. Deljannis, par M. de Mouy, plus ingénieux écrivain qu'avisé diplomate, une Note où la France engageait la Grèce à se montrer conciliante. Le surlendemain M. Delyannis cédait aux conseils de la France et le 26 Avril il informait de sa résolution les ministres de l'Allemagne, de l'Autriche, de l'Angleterre et de l'Italie en résidence h Athènes.
Le soir même, les ministres des quatre puissances, sans se concerter avec le ministre de France, remettaient un ultimatum à M. Delyannis. Le Président du Conseil hellénique repoussa cet ultimatum et le 7 Mai les représentants des Quatre quittèrent Athènes. M. de Mouy, ne tarda pas à les suivre : M. de Freycinet l'avait rappelé, sous prétexte de conférer avec lui, pendant que la Qolte internationale bloquait les cdles de ta Grèce. Les Chambres étaient trop occupées de l'affaire des princes pour que M. de Freycinet fût
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interpellé sur l'isolcmenl diplomatique où sa légèreté avait mis la France. Les choses d'ailleurs tournèrent mieux qu'on n'eât osé l'espérer : après la retraite de H. Delyannis, M. Tricoupis s'engagea & désarmer et, le 8 Juin, le blocus des côtes grecques fut levé.
M. de Preycinet, toujours indécis dans sa politique extérieure, avec des intermittences de fermeté, laissa contester par le roi des Belges la frontière tracée entre nos possessions et celles de l'État libre du Congo, conformément à l'acte général de la Conférence de Berlin. Si nos troupes, appelées dans les Nouvelles-Hébrides pour la protection de nos nationaux, y plantaient le drapeau français, il s'en excusait â Londres et il laissait entendre que cette occupation serait éphémère.
Plus écouté de Léon XIII, M- de Freycinet obtenait du Vatican la rupture des négociations entamées par la Chine pour l'envoi d'un nonce à Pékin. La France conservait ainsi l'influence que lui donne dans rExtrème-Orient le Protectorat des missions catholiques. Léon XIII qui, dès 1880, avait négocié avec M. de Freycinet la soumission des Congrégations non autorisées ; qui avait reçu au mois de Juin 1883 de M. Grévy une lettre ou le Président lui disait : < Votre Sainteté peut beaucoup sur les ennemis de la République ; * qui avait répondu à celte lettre le 8 février 1884, en exhortant les évêques à ne pas se montrer hostiles au Gouvernement, saisit avec empressement l'occasion de faire à la France une concession qui servait ses desseins secrets. La France, en effet, était le meilleur terrain pour l'évolution politique et sociale de l'Église dont le pape allait bientôt donner le signal.
Pendant qu'&Madagascar la France paraissait vouloir exiger le respect absolu du traité de 1885, au Cambodge elle semblait, pour diminuer d'autant ses charges financières, vouloir
l'amendbment uolfavho i07
laisser à Norodom plus d'indépendance que ne lui en reconnaissait le traité du 17 Juin 1884.
Le discours prononcé par M. de Freycinet le ±9 Novembre, dans la discussion des crédits demandés pour le Tonkin, fui son dernier acte comme ministre des ÂfTaires Étrangères. M. Raoul Duval et M. Georges Périn avaient demandé une fois de plus l'évacuation : le Président du Conseil dut poser la question de confiance pour obtenir d'une Chambre frani.'aise que la France rest&t au Tonliin; une majorité de 24 voix trancha la question contre les partisans de l'évacuation qui étaient tous les membres de la Droite, tous ceux de l'Extrême Gauche et une notable partie de ceux de la Gauche radicale.
A quatre jours de là, la Droite et l'Extrême Gauche et une vingtaine de députés de la Gauche radicale prenaient leur revanche sur les sous-préfets et sur le Gouvernement. L'amendement de M. Coiravru, supprimant tous les sous-préfets a partir du l" Janvier 1887, fut adopté par 262 voix contre 249 malgré le ministre de l'Intérieur et le Président du Conseil. Une demi-heure après ce vote le Cabinet du 7 Janvier était démissionnaire.
Il avait vécu onze mois, vécu à force de concessions et de faiblesses, subissant la protection hautaine et capricieuse de M, Clemenceau, contribuant à rendre encore plus ingouvernable ta Chambre élue en 1885, contribuant aussi à cette déconsidération du pouvoir et à cette perversion de l'esprit public qui ont rendu ai lamentables la fin de la Présidence Grévy et la fin de la Législature de 1885. Après ce troisième Ministère de M. de Freycinet, l'expérience semblait décisive : le chef du Cabinet démissionnaire pouvait encore figurer avec éclat à la tête d'un déparlement ministériel quelconque; Guerre ou Justice, Marine ou Travaux publics, il serait partout de premier ordre, & la condition d'être partout en sous-
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ordre; mais personne, dans ce pays où tout arrive, n'eût pu penser qu'à cinq mois de là, du 17 au 30Hai 1887, il serait sollicité deux fois de reprendre le pouvoir et que, moins de cinq ans après ', il figurerait encore à la tète d'un Cabinet comme Président du Conseil
Cette Chambre inconsciente, qui venait de le renverser sans motifs, le jour où il défendait les véritables principes de tiouvernemeot, H. de Freycinet la jugeait ainsi deus mois auparavant, à Toulouse : < La Chambre nouvellement élue, oubliant les dissentiments de la première heure a su, avec un sens politique parfait, trouver en elle les éléments d'une majorité durable. » On est frappé d'un pareil manque de perspicacité chez un homme d'Etat. M. de Freycinet n'avait pas compris que la journée du 30 Mars et les élections d'Octobre 1885 avaient ouvert une crise qui devait se prolonger autant que la Législature. Dans cette crise le Ministère Brisson, le Ministère de Freycinet et ceux qui les ont suivis, les deux élections présidentielles de 188S et de 1887, le Wilsonisme et le Boulangisme ne sont que des incidents d'importance secondaire, parce que ce ne sont que des résultats, des effets dont il faut chercher la cause dans l'Assemblée ellemême, dans ses dissentiments qui ont duré jusqu'à la dernière heure, dans son absence de sens politique, dans la succession déconcertante de ses majorités sans durée et sans, consistance.
■l) Le 17 mars \SW.