‹ Histoire de la troisième république (volume 2)Chapitre 6 sur 145 · LES GRANDES LOIS SCOLAIRES · texte numérisé non relu

LES GRANDES LOIS SCOLAIRES

visible. Il faut au contraire aoigneiisemcnt distinguer, dans cette oeuvre, la pédagogie et la polémique. Avec son esprit de combalivilé, M. Jules Perrj n'a peut-être pas fait cette distinction tant qu'il était au pouvoir; quand il en fut tombé, dès 18ttS, sans rien abandonner de ses doctrines, sans faire aucune concession aux adversaires de l'Etat, il jugeait les choses d'un autre point de vue et quelques-uns de ses anciens collaborateurs allaient alors jusqu'à le trouver « (rop cléri cal ». Il défendit toujours, en effet, le budget des cultes el le Concordat; il recommandait « une politique de paix reli gieuse », il opposait une haute sérénité à ceux qui l'avaien attaqué arec tant de mauvaise foi et de violence et peutêlre, dans son for intérieur, s'est-il demandé parfois si l'agi' tatlon soulevée parle célèbre article, n'a pas été plus nuisible qu'utile au succès des grandes réformes scolaires.

Depuis l'avènement de H. Grévy à la. Présidence jusqu'à la chute du second Ministère Ferry, en 18X3, pendant six années, le nom de Jules Ferry revient à chaque page dans l'histoire de la troisième République ; ses actes l'emportent en conséquence sur ceux de tous les autres serviteurs de la démocratie ; et sa biographie détaillée, comme celle de Gambetta, pourrait suffire au récit que nous avons entrepris. Nous aurons, pour nous diriger durant cette période, un guide très sâr, M. Paul Robiquet, qui a consacré au grand ministre sept volumes très documentés '.où se trouvent reproduits tous ses discours, consignées toutes ses opinions, énuméréset appréciés tous ses actes.

Né à Saint-Dié, le 5 Avril 1832, Jules Ferry n'avait pas quarante-sept ans quand il prenait le pouvoir en 1879. Son passé comme journaliste et comme député, sous l'blmpire, son rôle pendant le siège et après le siège, jusqu'au 18 Mars,

2'f LE MINISTÈRE WADDINGTOH (1 Féï.-28 Décembre 1879)

soat bien connus. Minisire de France à Athènes jusqu'au 34 Mai, il était venu reprendre sa place dans la Gauche 'épublicaîne, à l'avënementdu ministère de Broglie. Pendant la durée de la Présidence du Maréchal, il prit part à toutes les grandes discussions, il apparut à la tribune dans toutes les circonstances importantes, il fut au premier rang des défenseurs des libertés publiques et des adversaires de la réaction monarchique et cléricale. Orateur, Jules Ferry n'avait ni la correction impeccable d'nn Jules Favre, ni la chaleur communicative d'un Gambetta ; mais sa parole un peu rude était forte, pénétrante et volontiers agressive. D'une prodigieuse puissance de travail, il savait n'accorder aus questions d'un intérêt restreint et, en particulier, aux questions de personnes, que la somme d'attention qu'elles méritent, pour se consacrer tout entier aux questions vitales, & celles oîi l'avenir même de la démocratie et de la France était en jeu. 11 n'estimait les hommes que pour les idées qu'ils représentaient et il ne sut jamais les attirer à lui par des grâces câlines ou par des éloges donnés à propos. Mais une fois qu'il les avait jugés, et il les jugeait vite, il ne leur retirait jamais sa confiance- Comme tous les hommes de gouvernement, Jules Ferry grandit au pouvoir ; il grandit comme orateur, comme homme d'Etat, comme guide de la majorité et il fallut l'afTolement inexplicable produit par les nouvelles du Tonkin, la coalition de toutes les rancunes et de toutes les ambitions pour le renverser. Dans la Chambre qui sera élue en 1881, Jules Ferry étant Président du Conseil, et qui comptait 457 républicains, il ne devait pas s'en trouver 190, pour soutenir jusqu'au boutcelui qui représentait mieux que personne la politique de la majorité, il l'extérieur comme à l'intérieur, et qui avait rendu à son pays et à la République d'inappréciables services.

Dans une histoire de l'Instruction Publique en France, il

L'UNSEIGHBIIBNT SUFÉRIEUR EN AL&ËRIE 25

coovieodraîl d'élndier par ordre d'importance, ou par ordre chrODologique, les lois universitaires dites lois Perry. Dans nae histoire générale de la troisième République nous oui' vrons simultanément les deux métliodes, en proportionnant les détails au mouvement d'idées, aux protestations sincères on Tactices que chacune de ces lois ou que certains de leurs articles ont provoqués. H. Paul Robiquet réunit les discours parlementaires ou extraparlementaires de Jules Ferry, pendant le ministère Waddington, sous les titressuivants : l'enseignenienl supérieur en Algérie ; la proposition de loi sur les Écoles noi-males primaires ; la loi sur la liberté de l'enseignement supérieur ; l'article 7 pendant les vacances ; la loi sur le Conseil supérieur de l'Instruction Publique. Nous nous servirons de ce cadre commode, oit l'on peut faire rentrer, non seulement tous les discours et toutes les opinions, mais aussi tous les actes pédagogiques de Jules Ferry, pendant cette période initiale, oii les questions furent seulement posées et discutées, mais non définitivement résolues '.

Le projet de loi sur l'enseignement supérieur en Algérie avait été déposé par H. Bardons. Il ajoutait & i'Ecolo préparatoire de médecine et de pharmacie, déjà existante à Alger, une École préparatoire è l'enseignement supérieur du droit et une École préparatoire à l'enseignement supérieur des sciences et des lettres. Ces Écoles, organisées comme les Écoles similaires de la métropole, situées dans des villes qui ne sont pas siège de Facultés, Rouen, Nantes, Angers, Tours, etc., donnaient à l'Algérie un rudiment d'enseigne-

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iti LE MIMSTÈBE WADDINllTOK (i Pév.-3g Décembre 1879)

ment supérieur. Après un discours de M. Ferry, qui fit en la circonstance ses débuts comme ministre, la loi fui adoptée sanH opposition. Un amendement de M. Duvaux, demandant la création de Faculléa en Algérie, fut repoussé lors de la première délibération. M. Duvaux tombait dans l'erreur de ceux qui poursuivent une assimilation complète entre la France continentale et la France africaine. La seconde délibération eut lieu le 11 Mars. H. Chevandier voulut refuser à l'Ecole de médecine et de pharmacie d'Alger le droit de délivrer des certificats permettant d'exercer la médecine en territoire indigène. Son amendement eut le même sort que celui de M. Duvaux.

Les projets ou propositions de lois relatifs à l'enseignement primaire furent bien plus ardemment conteslés que le projet sur l'enseignement supérieur en Algérie. On est porté il faire dater du premier Ministère de Jules Ferry la grande réorganisation de l'enseignement primaire. Son prédéces! H. Bardoux, avait ouvert la voie. Par la loi du 1'^'^ Juin 1878, il avait constitué la Caisse des f^coles. Cent vingt millions, répartis en 5 annuités, étaient alloués au ministère de Fins- Iruclion Publique. Soixante devaient être distribués en subventions aux communes; les soixante autres leur étaient avancés, & titre de prêt, à des conditions avantageuses. Elles devaieni rembourser ces avances en trenic et un ans, par un versement annuel de o p. 100 représentant à la fois l'intérêt et l'amortissement. La création de cette Caisse donna une impulsion inouïe aux constructions scolaires; mais elle obéra le Trésor et ce système de subventions gratuites aux communes n'était possible qu'aune époque d'excédents budgétaires. L'organisation primitive de la Caisse des Écoles ne fut modifiée, sous H. Jules Ferry, qu'en 1880 par la loi du 13 Juillet et, en 1881, .par la loi du S Août.

Dès le mois de Décembre 1877, au lendemain de la réélec-

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