LE CONSEIL MUNICIPAL DE PARIS
serait sép&ré du Conseil géaéral de la Seiae. Il s'était montré favorable aus deux propositions faites dans ce but et avait déposé, pour l'établissement du scrutin de liste, un projet de loi conforme à la proposition de M. Slgismond-Lacroix. La Chambre avait accepté sang opposition le projet et la proposition : tous deux furent ajournés au Luxembourg. Les sénateurs reprocliaient à l'arrondissement municipal parisien d'être une division arbitraire, renfermant des électeurs qui n'ont pas d'intérêts communs. Quant à la séparation du Conseil municipal de Paris et du Conseil général de la Seine, elle aurait eu pour conséquence forcée, conformément à la loi de 1871, la formation d'une Commission départementale qui aurait encore réduit les pouvoirs du préfet de la Seine, déj& trop limités et trop contestés parle Conseil municipal. Ces deux graves questions, qui impliquent celles de l'autonomie communale di: Paris, sont restées en suspens depuis le Ministère Goblet.
La difficulté d'équilibrer le budget avait fait rechercher toutes les matières imposables el le Sénat, en l'absence de projets ou de propositions de loi, avait procédé à une enquête, qui avait plutôt un caractère administratif, sur le régime et la consommation des alcools. Les conclusions de la commission d'enquête, formulées dans un rapport de M. Claude, avaient été plus hardies qu'elles ne l'eussentsans doute été dans une loi. Le rapporteur se prononçait, en principe, pour le monopole de la fabrication donné & l'État, pour la suppression du privilège des bouilleurs de cm, pour l'organisation sérieuse de la rectification, pour l'interdiction des alcools frelatés. Cette autre grosse question, posée depuis tant d'années, attend également une solution.
Chambre et Sénat entraient plus franchement que le Gouvernement dans la voie de la protection. Le Cabinet était divisé :leministredu Commerce et de l'Industrie, M. Lockroy,
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était libre-échaDgisle, le ministre de l'Agriculture, M. Develle, se rattachait plutôt aux doctrines protectionaisles . La Chambre, laissée maîtresse de sou initiative, discutait du 17 Février au 4 Mars la surtaxe des céréales et votait le relèvemeut des droits & S francs, par 313 voix contre 233. Par un dernier scrupule, on ajoutait & la loi un article bizarre qui autorisait le Gouvernement à suspendre la surtaxe si le pain devenait trop cher. Votée au Sénat, par 138 voix contre 78, la loi fut promulguée le 39 Mars. Vinrent ensuite les bestiaux qui furent taxés & 38 francs par tète pour les bœufs, 30 francs pour les vaches, 8 francs pour les veaux et 5 francs pour les moutons. Les libre-échangistes durent une dernière victoire à M. Rouvier qui ût repousser, par 267 voix contre 363, le relèvement sur les maïs et le riz employés à la distillation. Le Sénat accepta les droits sur les bestiaux, et, plus protectionniste cette fois que la Chambre, il rejeta le traité de commerce franco-grec qui abaissait les droits d'entrée sur les raisins secs.
Le Cabinet, on le voit, n'avait pas une très grande ioQuence sur les décisions de la Chambre en matière économique : cela tenait à la composition de la Chambre. Ses divisions et son manque d'esprit gouvernemental aunivaienl fatalement aux changements ministériels. Quelques unités de plus ajoutées par les élections & la Gauche modérée ne suffisaient pas & constituer une majorité et à faire vivre un Cabinet. M. Dauphin avait eu le tort d'attendre tout un mois, après le vote du budget de 1887, avant de demander & la (Chambre le crédit supplémentaire sans lequel l'État ne pouvait payer les traitements du personnel de l'administration centrale des Finances. Ce crédit, qui s'élevait à près d'un million et demi, était engagé pour un tiers quand le ministre pria la Chambre de régulariser la situation. On n'a pas oublié que cette question avait été ajournée d'un commun
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accord et que l'eateuie provisoire sur ce point, entre le Cabinet et la Chambre, avait permis sans plus de retards la promulgalion de la loi de Finances de 1887.
La discussion s'engagea le 30 mars. M. Dauphin rappela les engagements pris, se justifia assez mal de présenler sa demande de crédit aussi tardivement et démontra fort bien qu'il élait d'une bonne administration de ne pas trop désorganiser les bureaux du ministère des Finances. H. Goblet, se plaçant exclusivement au point de vue politique et faisant preuve d'une grande largeur de vues, fit appel au concours de tous les modérés, même des modérés de Droite. C'était la première fois, depuis bien des années, qu'une parole de cette nature était prononcée par un membre du Gouvernement. Elle méritait d'être signalée. Cette confiance porta bonheur h H. Goblet qui eut ce jour-là un véritable succès oratoire ' et qui obtint une belle majorité de 287 voix contre !£0S. La Droite entendit l'appel qui lui était adressé : un certain nombre de ses membres s'abstinrent. Au Sénat, oii les crédits avaient été déjà votés dans la discussion du budget de 1887, ils furent accordés à la presque unanimité, par 207 voix contre 2.
La politique coloniale, sous le Ministère de M. Goblet, offrit peu d'incidents notables. Tamatave fut évacué le 1 4 Janvier par les Français, comme il était convenu. M. Constans s'acquitta brillamment de la mission commerciale qu'il avait été chargé de remplir k Pékin. La convention de Bruxelles, signée le 30 Avril, fixa au thalweg de l'Oubanghi la frontière entre le Congo français et l'État libre.
C'est au Havre, ou il se rendit le 7 Mai avec M. Lockroy, & l'occasion d'une exposition coloniale, que M. Goblet, renonçant à tracer un programme intérieur, exposa les grandes
il) Appendice XI. DJstours de M. Uoblel.
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lignes lie sa politique extérieure el l'on put remarquer que le Préaident du Conseil, lui aussi, pour la première fois peulélre depuis 1871, ne parlait pas comme un vaincu. « La France, disait-il, semble s'être fait un tempérament nouveau, oii le calme, le sang-froid, la résolution prennent dérmîtivement la place de cette nervosité, de cette ardeur un peu inconsistante qu'on nous a trop souvent reprochées. » Cette allusion aux incidents de Février et d'Avril, la crainte exprimée incidemment que le temps des épreuves ne fût pas définitivement passé, les assurances pacifiques répétées par le chef du Gouvernement dans cette fêle de la paix furent accueillies comme elles le méritaient au Havre. Seuls, les hommes prudents et prévoyants écoutèrent, avec quelque inquiétude, le commentaire que M. Goblet ajoutait à ces paroles. Quand il rappela que le Gouvernement avait senti vibrer l'Ame de la France tout entière; quand il dit que la France, prête à accueillir avec joie et réciprocité toutes les sympathies, ne serait pas moins prête, s'il le fallait, à faire face & d'injustes agressions, on trouva qu'il dépassait peutêtre un peu la mesure ; on se souvint qu'il avait un collègue dans le Cabinet qui la dépassait toujours, el l'on se demanda si ce langage n'aurait pas une répercussion en Alsace.
Le général Boulanger, dès le printemps, avait annoncé qu'il procéderait, l'automne venu, à une expérience de mobilisation dans l'ouest ou le midi de la France, expérience fort légitime et fort utile, mais qu'il était superflu et maladroit, soit au point de vue technique, soit surtout au point de vue politique, d'annoncer si longtemps à l'avance. Fallaitil fournir des prétextes & l'Allemagne qui continuait à procéder à des expulsions de Français domiciliés en Alsace, h des arrestations d'Alsaciens, à des instructions de procès de haute trahison? Oui, l'âme de la France avait vibré devant certaines menaces; mais quelques-unes de ces âmes étaient