‹ Histoire de la troisième république (volume 2)Chapitre 65 sur 145 · LE BUDGET DE ISBIJ 43H · texte numérisé non relu

LE BUDGET DE ISBIJ 43H

pleioes d'angoisse patrioti<]ue : elles se demandaient ai tous les membres du Cabinet apportaient le tact et la prudence voulus dans les délicates relations que nous devions entretenir avec l'Allemagne. Telles étaient les appréhensions des esprits éclairés: elles dev&ïenl avoir leur influence surla discussion budgétaire où fut Usé le sort du Cabinet du il Décembre.

M. Dauphin avait déposé le H Mars, sur te bureau de la Chambre, le projet de budget pour 1888. La dépense totale, en augmentation de 58 millions sur celle de 1887, atteignait le chiffre de Z.i^ millions, en y comprenant 233 millions de dépenses extraordinaires. Prévoyant seulement 2.935 millions de recettes, H. Dauphin était forcé de se procurer 133 millions de ressources : il les demandait k des impôts nouveaux et escomptait une recette de 71 millions sur l'alcool, de 29 millions sur le revenu, de H millions sur les sucres, de 14 millions sur les céréales. Seule cette dernière recette n'était pas aléatoire, puisque la surtaxe sur les céréales avait été votée par les Chambres. Accepteraient-elles l'impôt sur l'alcool, le revenu et les sucres? Le ministre ne pouvait que l'espérer. Accepteraient-elles surtout le système compliqué que proposait M. Dauphin pour se procurer les 182 millions nécessaires à un équilibre au moins apparente La complication même de ce système rendait son adoption incertaine. C'était un emprunt avec amortissement et reconstitution du capital, et la Chambre était peu favorable aux emprunts, même déguisés.

Le 3 Avril H. Rouvier avait demandé à la Chambre de faire procéder à l'élection de la Commission du budget, non plus dans les bureaux au scrutin uninominal, mais en séance publique et au scrutin de liste. La proposition avait été accueillie par274voixcontre249etla Commission, nommée dans ces conditions, ne comprit que des membres de la Gauche; tous, du reste, étaient d'une compétence incontes- Ei'(^ KEVodT. — Truiaifeme llépiiblJi|ue. lu. — t>S

434 LE MINISTÈRE GOBLBT (ii Wc. )«88.30 Uai 1887)

table. La Droite ne comptait pas ua représentant dans I* Commission : elle demandait 9 sièges, la Gauche ne consentait à lui en accorder que 4 ; la Droite refusa et elle n'en eut pas un seul. Il n'élait pourtant pas indilTérent à la Droite d'avoir quelques-uns de ses chefs de groupes dans la Commission, ni à la Gauche de montrer comment elle comprenait les intérêts financiers du pays ; mais, cette fois encore, l'esprit de parti l'emporta sur la bonne politique. A peine constituée la Commission mit à sa tête M. Rouvier; elle commença l'étude du projet de M. Dauphin e,t, à l'unanimité, elle se montra opposée aux combinaisons financières du ministre, aux impôts comme à l'emprunt. Les Chambres s'ajournèrent le 5 Avril, la Commission tint séance jusqu'au 8 Avril : avant de se séparer pour les vacances de Pâques, elle invita le Gouvernement à profiter de ces vacances pour rechercher dans les divers départements ministériels les économies possibles. La tâche était d'autant plus difficile qu'après les économies déjà faites certains articles du budget étaient incompressibles et que ni la Commission ni la Chambre n'admettaient que l'on touchât à certains autres articles.

A la reprise de la session, qui eut lieu le 10 Mai, U. Dauphin avait pourtant réussi à trouver li. 700. 000 francs d'économies qui portaient sur la Guerre pour d millions, sur les Finances pour un million et demi, sur les Travaux Publics pour un million, sur les Protectorats pour un million et sur l'Intérieur pour âOO.OOO francs. La Commission déclara ces économies insuflisantes et elle en réclama de nouvelles. Le Président du Conseil lui écrivit que te Gouvernement étudierait celles que la Commission proposerait ou qui seraient indiquées par les rapporteurs spéciaux de chaque ministère. La Commission, estimant que la procédure recommandée par M. Goblet intervertissait les rôles, que c'était au Gouvernement et non à elle d'indiquer ceux des services publics dont

LE RAPl'ORT CAMILLe PELLETAN 43S

les crédits pouvaient être réduits sans danger pour la bonne adœînistratioa des afTaires, décida, par SB voix wntre 5 et 3 abetenlions, de soumettre & la Chambre un projet de résolution ainsi conçu : u La Chambre, considérant que les économies introduites dans le budget de 1888 sont insufQsantes, invite le Gouvernement ft lui soumettre de nouvelles propositions. » Au fond, le dissentiment financier n'était qu'un prétexte; c'est une question politique qui allait se décider dans la séance du 17 Haï.

Le rapporteurde la Commission, H. Camille Pelletaa, avait très habilement motivé ses conclusions; il l'avait fait avec une modération et une déférence pour le Cabinet, auxquelles ce redoutable adversaire n'avait pas habitué les membres des Gouvernements précédents. Dans la discussion il garda la même réserve et se contenta, comme H. Bouvier, de montrer que le chiffre des dépenses, au budget de 1888, était supérieur à celui du budget de 1887. C'était l'évidence même, mais ce n'était pas la question : elle ne fut pas abordée non plus par le ministre des Finances, qui se cantonna sur le terrain très circonscrit de la lettre de M. Goblet, se déclarant prêt & étudier tes nouvelles propositions de la Commission. La véritable discussion ne commença qu'avec le Président du Conseil. Il déchira les voiles, dissipa les lénêbres que l'on s'obstinait à épaissir et posa nettement la question de confiance. Six ordres du jour furent déposés, aous forme d'amendement au projet de la Commission. Le Gouvernement accepte celui de M. Anatole de ia Forge, ainsi libellé : « La Chambre, comptant sur le patriotisme du Gouvernement et de la Commission, affirmant de nouveau la nécessité d'une politique d'économies et attendant de l'accord du Gouvernement et de la Commission l'équilibre réel du budget, passe & l'ordre du jour. » Pour dissiper les derniers doutes M. Goblet remonte h la tribune et pose ainsi la question : t La Commis-

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sion veut-elle rechercher les éconoaniea, d'accord avec le Gouvernement, ou ne le veuUelle pas? » Le Gouvernement, répond H. ftouvier, vient de déclarer qu'il ne peut prendre à l'avance l'engagement de réduire de 30 millions, car c'est à cela que se réduit la question, les t. BOO millions de dépenses qui restent dans le budget, en ne prenant que la partie qui est compressive et réductible. La Chambre appréciera, mais au moins il n'y aura pas de doute ni d'erreur dans sa décision.

Sa décision fut, en effet, fort nette et fort claire. L'ordre du jour de H. Anatole de La Forge fut repoussé par 37S voix contre 237. La majorité comprenait 165 membres de la Droite et 1 10 membres de la Gauche, non pas seulement de la Gauche Extrême, mais delà Gauche la plus modérée. HH. Jules Ferry, Raynal, Spuller, Héline, avec S4 de leurs collègues de l'Union des Gauches, avaient voté contre le Cabinet, beaucoup moins contre H. Goblet que contre le général Boulanger. Leurs bulletins de vote s'étaient, pour la première fois peutêtre, rencontrés dans l'urneavec ceux de M. Clemenceau, bien revenu de son enthousiasme pour le ministre de la Guerre, et des autres chefs de l'Extrènie Gauche, HH. Camille PelletaD. Barodet et Henri Haret. Après la proclamation du vote, le Président du Conseil annonça que le Cabinet se désintéressait de la suite du débat ; les cinq ordres du jour déposés furent retirés par leurs auteurs cl la résolulion Je la Commission fut adoptée par 306 voix conlre 133.

Dans l'intervalle entre ce vote et la reconstitution du Cubinet, le Conseil d'État statua sur le recours des princes rayés de l'armée, le Sénat adopta une surtaxe temporaire de 10 francs sur les sucres et la Chambre prit en considération une proposition de H. Hartin-Nadaud sur le droit des valides au travail et des infirmes à l'assistance.

Ainsi succomba, après une existence de B mois et 6 jours, le Hinistère présidé par H. René Goblet. Aucun Cabinet,

DÉMISSION DE H. GOBLET Vil

depuis l'avënemeat de U. Grév^', n'avait eu une existeuce aussi courte. Aucun pourtant ne renfermait autant d'hommes de talent. Hais quelques-uns de ces hommes u'étaient pas & leur place. Uieux eât valu un spécialiste aux Finances que le magistrat très distingué qu'était H. Dauphin. Mieux eût valu surtout, à la Guerre, un soldat modeste et dévoué, travaillant sans bruit à la défense nationale, ayant plus de conscience et moins de panache. De nombreux ministres s'étaient succédé rue Saint-Dominique, du 4 Septembre 1870 au 30 Mai 1887 : aucun n'avait eu le culle de sa personnalité au même degré que le général Boulanger, aucun n'avait montré une ambition à la fois aussi excessive et aussi naïve, aucun n'avait usé aussi cyniquement des moyens que sa charge mettait à sa disposition pour se faire une popularité plus malsaine. Le général qui siégeait aux côtés de H. Goblet, dans le Conseil des ministres, depuis te 7 Janvier 1886, n'était pas impénétrable : il est étrange que H. Goblet n'ait pas percé & jour cette &me peu compliquée et discerné, sous le patriote vantard, le vulgaire conspirateur.

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