‹ Histoire de la troisième république (volume 2)Chapitre 72 sur 145 · LES TROUBLES DU 2 DÉCEHBIIE · texte numérisé non relu

LES TROUBLES DU 2 DÉCEHBIIE

la Carmagnole sur les boulevards, ne recueillait que les huées de la foule et la police, pour la proléger, faisait refermer sur elle les grilles du passage Jouffroy.

Le lendemain Vendredi (2 Décembre], les troubles furent plus sérieux : de la foule, massée sur la terrasse des Tuileries et sur la place de ta Concorde, partirent des pierres qui atteignirent et blessèrent quelques gardes municipaux. H"° Louise Michel, arrivée en omnibus sur la place de la Concorde, en était écartée par la police, prenait en aval du pont le bateau-mouche qui remontait la Seine, débarquait en amont et revenait peu après au beau milieu des manifestants. MM. Camelinat, fiasiy et Duc-Quercy voulaient entraîner la foule h. l'Hôtel de Ville : on les isolait et on les autorisait à s'y rendre seuls, pendant que des charges de cavalerie dégageaient peu à peu la place de la Concorde et la rue Royale. Les manifestants, camelots, gavroches et révolutionnaires avaient pour armes des bûches qu'ils lançaient bravement dans lesjambes des chevaux.

Dans la soirée, à l'Kôtel de ville, le Conseil municipal, réuni sous la présidence de M. Hovelacque, invitait le préfet de la Seine à faire remettre au syndic du Conseil les clefs des souterrains qui font communiquer l'Hôtel de Ville avec la caserne Lobau et à ne prendre aucune mesure sans en référer au bureau du Conseil. L'Assemblée municipale, comme la réunion publique de ta salle Favié, enjoignait à son bureau de se concerter avec les députés de Paris pour empêcher l'élection de M. Ferry.

Au milieu de toute cette agitation et de ces menées, on représentait à M. Grévy l'émotion qui régnait dans certains groupes parisiens comme une preuve des regrets et des inquiétudes qu'éprouvait la France à la perspective de son départ. Convaincu d'avance et espérant contre l'espérance, il avait fait informer, le 38 Novembre, les Présidents des deux

47â LE MINISTÈRE ROUVIER |30 Uai-ll Dec. 1887}

Chambres par H. ftouvier que le Message ne serait envoyé que le Jeudi 1"' Décembre. Sur la demande du Gouvernement, les Chambres, dont la Gëvre était tombée depuis que ta démission paraissait certaine, s'ajournèrent à la date indiquée.

Le 30 Novembre au soir H- Grévy couûrma au Président du Conseil sa résolution de se démettre : le lendemain matin le Journal officiel annonçait que la démission du Cabinet était refusée ; seule celle du Garde des Sceaui, donnée avant le 19 Novembre, était acceptée. La Note du Journal officiel n'aurait pas eu de sens si la résolution de se dt^meltre n'avait pas été maintenue ; aussi sénateurs et députés se réuaissaienl'ils au grand complet, le 1" Décembre, à 3 heures, au Luxembourg et au Palais Bourbon. M. Rouvier au Palais Bourbon, M. Barbey au Luxembourg, au lieu de donner communication du Message promis, firent savoir que, le Président de la République ayant changé d'avis, le Cabinet avait de nouveau remis sa démission. Cette nouvelle inattendue produisit une véritable indignation, à la Chambre comme au Sénat : les deux Assemblées étaient scrupuleusement restées dans la limite de leurs attributions et le Président de la République, par ses tergiversations, par son manque de parole, semblait vouloir les poussera en sortir. Dominant leurs sentiments, les Députés et tes Sénateurs, sans se départir du calme nécessaire, sans voter des ordres du jour comminatoires, donnèrent une grande leçon dedignité b la Présidence, en s'ajournant ft heure fixe, « pour attendre la communication promise. » La résolution fut prise à la Chambre par 522 voix contre 3, au Sénat par 264 voix contre 3. Le Parlement était unanime.

Cette unanimité ne laissait plus de refuge h M. Grévy : après avoir consulté successivement tous ses minisires et constaté qu'ils pensaient comme l'unanimité du Parlement, il chargea le Cabinet de faire savoir aux Chambres que.

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