CONCLUSION
L'application tieces rérormesJ'exéculiondupIanFreyciaet et les dégrËvements d'impôts, coincidaDt avec les années difficiles et avec la ruine du vignoble, amènent les plus sérieuses difficultés budgétaires, encore augmentées par la participation de la France au mouvement colonisateur qui eatrainait toute l'Europe. L'expédition de Tunisie (1880-1881), celle du Tonkin (1883-1885), la première eipédîtion de Madagascar (1883-188^), la fondation du Congo frangais (1884) et l'extension vers le Soudan se placent dans cette période.
Dans la seconde période, le Parlement et l'opinion sont dans un trouble profond après le 30 Mars 1883. Le Président de ta République aurait pu se mettre en relations avec les !iSO ou 300 députés capables de faire le sacrifice de quelques opinions personnelles à la nécessité de l'union ; il aurait pu, par de fréquentes entrevues, avec son expérience et son autorité, maintenir entre eux la cohésion ; il aurait pu, après la chute de Jules- Ferry, reformer la majorité qui avait soutenu Jules Ferry pendant deux ans et trouver les éléments d'une majorité suffisante, même dans la Chambre élue en 188o. Malheureusement, s'exagéract comme de parti pris la réserve que lui imposait la Constitution, il ne sut pas ou ne voulutpas jouer ce rôle et ses sympathies personnelles étaient acquises aux hommes les moins capables de le jouer à sa place. Tout en pratiquant une politique modérée, conforme aux volontés de ta France, il éprouvait une secrète défiance des républicains modérés ; il avait une tendance à se rapprocher des républicains sceptiques ou des républicains radicaux, il les attirait dans ses Conseils, il tentait de constituer un Gouvernement avec ceux auxquels l'idée de gouvernement était le plus étrangère.
De 1& vint l'anarchie qui régna, avec quelques intermit* tenccs, dans les Ministères, dans le Parlement et dans l'opinion du 30 mars 1885 au 3 décembre 1887 et qui, par mal-
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heur, devait survivre k celui qui en avait eu la responsabilit« partielle.
La Chambre élue en 1885, comptaul un tiers de monarohistes, UD tiers de républicains modérés et un tiers de républicains radicaux ou intransigeants, est frappée d'impuissance. Les Cabinets, forcés de se recruter parmi les de'putés avancés, ne peuvent plus diriger utilement le travail législatif ni gouverner en se dégageant des influences parlemealaires. Ils font la politique que l'on a appelée « la politique des bureaux de tabac. » Ils sont sans autorité pour lutter contre un général factieux qui a groupé autour de lui tous les mécontenta et tous les chauvins. La crise commerciale et agricole complique le malaise politique et le laisser-fatre du Président de la République, qui était sans inconvénients quand les rênes du pouvoir étaient aux mains énergiques d'un Jules Ferry, devient un danger public quand des ministres, qui favorisent ou qui tolèrent l'agitation dictatoriale, provoquent par leurs imprudences les susceptibilités de l'étranger. Quelques hommes clairvoyants conjurent ce double péril, en renversant le Ministère qui compte le général Boulanger parmi ses membres. Alors commence la guerre au couteau faite au Cabinet Rouvier par les radicaux du Parlement et la guerre sourde faite au Président de la République par les radicaux et par les boulangisles. Le Président de la République prête le Qanc aux attaques pour avoir toléré les agissements suspects de son gendre et aussi pour avoir peu soutenu les républicains modérés qui lui faisaient un rempart de leur corps. Le jour oii éclate un scandale qui éloigne de lui tous les honnêtes gens, il se trouve seul en face d'un Parlement hostile, d'une France indiiïérente, d'une Europe narquoise, et sa Présidence s'achève par une démission forcée, au milieu d'un immense désarroi moral.
Dernière itartie du rajipurt de M. Ileitri Brition sur lespourtuile» contre tes mii>islres du 16 Mai el du 33 Novembre 1877.
Nous arrivons. Messieurs, à la deuxième période de la crise ouverle par le 16 Mai.
La volonlé aaiionale, que l'ou avait prétendu consuller, la voloaté nationale était connue. Elle était d'autant plus claire que de violents efforts avaient été faits pour lui arracher un verdict dilTérent.
Le Ministère du 16 Mai n'avait qu'une conduite à tenir : se re- Mrersur-le-cbamp.
La majorité contre lui n'était pas douteuse; elle était de plus de 100 voix. 11 demeure cependant au pouvoir; il affecte de ne tenir aucun compte des élections législatives. 11 pousse l'usurpation jusqu'à procéder et h faire procéder par ses préfets de combat aux élections des Conseils généraux et des Conseils d'arrondissement. Ses organes annoncent une seconde dissolution.
Vous ordonnez une enquête sur les élections. Le Ministère du 16 Mai se met immédiatement en révolte contre vos décisions. Par des circulaires rendues publiques, il interdit à ses fonctionnaires de comparaître devant votre Commission, de lui prêter le moindre concours, de la laisser pénétrer dans les édifices publics. 11 provoque les citoyens à vous désobéir. Le président du Conseil renouvelle à la tribune de la Chambre ces interdictions et ces excitations.
Tout il coup cependant, le Ministère disparaît; on a dit, avec beaucoup d'apparence de vérité, que c'était après avoir sondé la majorité du Sénat et s'être assuré qu'elle ne le suivrait pas jusqu'au bout, s'il tentait l'aventure d'une deuxième dissolution.
480 APPBNDICG
Le Hinislère du 16 H&j disparaît lionc. 1^ cabinet qui lui succède est eotièremeal compose d'hommes étrangers aux Chambres ; il n'a rien de parlementaire. II a pour chef un homme de guerre, M. le géaéral de Rochebouët.
Souk quelles inOueuces le nouveau Cabinet prenait-il le pouvoir? De quelles iaspiralions procédait-il? C'est ce qu'il importe, Messieurs, de savoir.
Le Uinistère Rocbebouét n'a été nommé que le 23 Novembre et sa nomination n'a paru au Journal Officiel que le 2i.
Le Ministère Ilochebouct s'installe. Le 21 Novembre, il est mis en minorité devant la Chambre par 315 voix contre 20*7. Il ne se relire pas. Son langage h la tribune a été un peu moins agressif que celui de ses prédécesseurs ; néanmoins le coup de force semble se préparer; les indices en abondent. Nous ferons passer les plus importants sous vos yeux.
Deux dépêches adressées par le ministre de la Guerre, le 27 et le â8 novembre, à M. le général commandant k Marseille et à H. le général commandant à Lyon, leur recommandaient des précautions sjgnjlicatives, entre autres de faire rentrer au fort de Saint- Jean des armes appartenant à des particuliers. La réponse de M. le général commandant à Lyon contient ce passage : n Je ne doute pas que vous proclamiez l'état de siège par le télégraphe. i>
D'autres télégrammes expriment la crainte que certains corps ne se prélent pas au coup de force médité. Le 4 Décembre, le ministre de la Guerre télégraphie ce qui suit au général commandant à Toulouse :
■ On me dit qu'on ne peut pas compter sur le 9° régiment. Est-ce vrai ? Y a-t-il une mesure à prendre ? «
Que préméditaient donc les chefs de l'entreprise pour redouter une résistance de la part de la troupe?
1^ soupçon et la crainte paraissent d'ailleurs s'être glissés dons leur esprit ; les télégrammes suivants en font foi :
€ B Décembre. — Guerre à gouverneur militaire Lyon.
■ D'après avis qui paraît certain, les perturbateurs seraient au courant des ordres donnés à vos chefs de corps. Le secret ne serait pas gardé sur vos instructions confidentielles en cas de troubles. >
t 5 Décembre. — Guerre à gouverneur militaire Lyon.
■ Si je suis bien informé, le sieur Gallol, commissaire à la préfecture de Lyon, livrerait à la rue Grolée les secrets de l'administration. >
M. le ministre de la Guerre, président du Conseil, et H. le général Ducrot éprouvent le besoin de conférer ensemble, car nous Ifou- Tons dans notre dossier le télégramme suivant :
RAITORT DB M. IIBNRI BHISSOS (EXTB.UTS) 4t^l
< Paris, le 6 Décembre I87Î. — Guerre à général commaDilant le 8' Corps à Bourges,
4 Je vous autorise à venir à Paris dîmancbe. li y a, en ce momcnl, UQ Hitiistère Dufaure en formation. *
Ces derniers mots indiquent que, pour M. le géaéral Ducrot et M. de Rochebouël, la question politique prime tout. On parlait, en etTet, Messieurs, d'une tentative de conciliation ; la nation pensait que l'accord allait s'établir entre H. le Président de la Itépubliquc et les élus de la France. Tel était l'espoir de tous les bons citoyens.
Le 1 Décembre, M. de Rochebouet télégraphie à M. le général Ducrot :
• Les négociations pour la constitution du Uinistére sont rompues, par suite du refus du Maréchal de céder sur les titulaires de la Guerre et des Affaires Étrangères. »
M. le général Ducrot répond ;
< Merci! Que le bon Dieu et le Maréchal de Mac-Mahon soient bénis et gloriliés ! ><
Nous ne commenterons pas. Messieurs, ce cri de triomphe arra-, ché à M. le général Ducrot parla nouvelle que la guerre est rouverte entre le Gouverneinenl et la nation. Les deux télégrammes du ~ Décembre montrent sullisamment quels sentiments animaient les chefs de l'entreprise.
A partir de ce moment, des mesures de détail sont prises pour assurer l'exécution de leurs résolutions.
Le 9 Déccml>re, l'intendant du !>" Corps d'armée adresse aux sous-intendants de Blois, Auxerre, Melun, Fontainebleau, Sens, el aux sous préfets de Joigny, Provins, Honlargis, Vendôme, Itomorantin, le télégramme suivant :
• Faites immédiatement transporter dans chaque caserne, pour l'tre aujourd'hui k la disposition des troupes d'infanterie, cavalerie, artillerie, deux jours de vivres de mobilisation, y compris la viande de conserve; pour les chevaux, deux jours d'avoine. Rendez-moi compte. •
Nous verrons plus loin que celte mesure n'a pas été prise seulement dans l'étendue du â" Corps.
Le 10 Décembre, deux nouveaux télégrammes s'échangent entre M. le ministre de la Guerre, président du Conseil, et H. le général Ducrot :
« Guerre à général commandant le 8« Corps, Bourges.
» La commission militaire se réunira demain mardi matin. Veuillez venir me voir à votre arrivée. ■■
Edo. ïkvout. — Troisième République. m. — 31
< Général commaDdaDt 8° Corps à Guerre, Paris.
< Je serai chez vous demain mardi, vers huit heures. >
C'est sans doute. Messieurs, dans celle dernière entrevue que les résolutions délinitives ont été prises :
t 12 Décembre. Ministre de la Guerre k général comm&Ddant 3'' Corps, Ilouen.
• Organisez la brigade Delaunay pour l'exécution du plan d" 3, comme vous me le proposez dans la lettre que M. le commandanl Gossard m'a remise de voire pari. •<
" 12 Décembre. Ministre Guerre â général commandanl 10" Corps,
a Faites vosenorlspourétreprët jeudi au plus tard. Vos troupes prendraient tous les cFTels de campement, mais impossible d'ajouter des Toitures. *
Enfin le 13 Décembre, c'est-à-dire le jour où le Ministère Dufaure est conslilué, H. de nochebouët télégraphie à Bordeaux :
« Veuillez prévenir conlidentiellement au quartier général d'arrêter tous les préparatifs de départ. Je reprendrai probablement le commandement du IS'' Corps d'armée. >
Ces quelques dépèches télégraphiques nous révèlenl, Messieurs, sinon toute l'organisation, au moins l'existence du complot. Le dessein de résister à la volonté nationale a été Tormé ; la résolution d'agir a été prise, les agents d'exécution ont été choisis, les dispositions militaires ont été ordonnées, les ordres de mise en marcbe oui élé donnés. Enlin, comme pour mieux prouver qu'il n'y a dans tout ceci qu'une conspiration politique, qu'aucune éventualité insurrectionnelle ne justillait ces préparatifs, dès qu'un Ministère constitutionnel est formé, tout est conlremandé par le ministre de la Guerre, et il retourne prendre le commandement de son Corps d'armée.
Ces documents. Messieurs, portent une vive lumière sur les faits signalés à la Chambre par la pétition du major Labordére, pélilion que vous nous avez renvoyée.
Le récit du,major Labordére se termine par les lignes suivantes :
« Le même jour. Il Décembre, on avait commencé l'instruction des jeunes soldats de la classe 1876 arrivés la veille; d'après l'ordre de la réponse au rapport, on les avait mis aussitôt à l'étude de la charge exclusivement.
« Jeudi 13 Décembre, j'appris, vers dix heures du soir, que tous les ofriciers du 14^ de ligne devaient se rendre immédiatement à leur caserne en tenue de campagne, avec leur revolver.
< J'y courus. Quand J'arrivai, les soldais étaient prêts à prendre les armes ; les chevaux des oiïiciers montés étaient dans la cour.