DISCOURS DB JULES FEBRV SOI
nous jugeons de loin un peu sauvage. En France, on a considéré comme un grand progrès Je supprimer les écoles mixtes. En Amérique, la Temme est tellement respectée qu'elle peui aller seule deSainl-Louis à New-York, sans courir le risque d'une offense, tandis que chez nous une mère ne laisserait pas aller sa Hlle de la Bastille à ta Madeleine avec la même confiance, {/tiret.)
Dans ces écoles dont je vous parlais tout k l'heure, 13 ou 1.500 jeunes {^ens des deux sexes se livrent aux mêmes éludes; heureux sujet de comparaison ; H. Hippeau l'a faite avec soin, il a voulu tout voir, s'informer de tout; el, après avoir interrogé les professeurs et les élèves, il déclare qu'il est impossible de reconnaître une différence quelconque entre les aptitudes de la Jeune fille et celles du jeune homme; qu'ils sont égaux en intelligence, qu'il y a des élèves forts el des élèves faibles dans les deux sexes, en proportion égale; et j'en conclus que l'expérience est faite, et que l'égalité d'éducation n'est pas seulement un droit pour les deux classes, mais aussi pour les deux sexes.
C'est, à mon avis, dans celte limite que le problême posé aujourd'hui, de l'égalité de la femme avec l'homme, devrait être resireinl. Procédons par ordre, commençons la réforme par le commencement; on nous dit qu'il faut donner aux femmes les mêmes droits, les mêmes fonctions-, je n'en sais rien, je n'en veux rien savoir; je me contente de revendiquer pour elles ce qui est leur droit, ce qu'on veut leur donner aujourd'hui, et le libre concours fera le reste.
Les femmes américaines se montrent du reste très propres & certaines fonctions. M. Hippeau raconte qu'il eut l'honneur d'être présenté à une doctoresse en médecine de Philadelphie et c'était un excellent médeciu, très bien occupé, très bien payé. Il y a 800 femmes médecins en Amérique, 200.000 institutrices, et cela prouve jusqu'à l'évidence que, du moment ou les femmes auront droit k une éducation complète,'. semblable à celle des hommes, leurs facultés se développeront, et l'on s'apercevra qu'elles les ont égales à celles des hommes. [Appliiudiisrmenlt.)
Mon Dieu, Mesdames, si Je réclame cette égalité, c'est bien moins pour vous que pour nous, hommes. Je sais que plus d'une femme répond, à part elle : Mais à quoi bon toutes ces connaissances, tout ce savoir, toutes ces éludes? A quoi bon ? Je pourrais répondre : A élever vos enfants, et ce serait une bonne réponse, mais comme elle est banale. J'aime mieux dire : A élever vos maris. lApplatidiuemenl» et rires.)
L'égalité d'éducation, c'est l'unité reconstituée dans la famille.
Il y a aujourd'hui une barrière entre la femme el l'homme,
eotre l'épouse et le m&ri ; ce qui Tail que beaucoup de mariages, tiarmoDieui en apparence, recouvrent les plus profondes difTéraoces d'opinioQ, de goûts, de sentiments; maii alors ce n'est pas un vrai mariage, car le vrai mariage, Messieurs, c'est le mariage des âmes. Eh bient dites-moi s'il est Tréquent ce mariage des Ames; dites-moi s'il y a beaucoup d'époux unis par les idées, par les sentiments, par les opinions? Il se rencontre beaucoup de ménages oii les deux époux sont d'accord sur toutes les choses extérieures, ou il y a communauté absolue entre eux sur les intérêts communs; mais quant aux pensées intimes et aux seotiinents, qui sont le tout de l'être hamain, ils sont aussi étrangers l'un à l'autre que s'ils n'étaient que de simples connaissances. [AppliiudiMirmenlt.i
Voilà pour les ménages aisés. Mais, dans les ménages pauvres, quelles ressources, si quelque savoir reliait la femme à son mari! Au lieu du foyer déserté, ce serait le foyer éclairé, animé par la causerie, embelli par la lecture, le rayon de soleil qui colore la triste et douloureuse réalité. Condorcet l'avait bien compris, et il disait que l'égalité d'éducation ferait de la femme de l'ouvrier, en même temps que la gardienne du foyer, la gardienne du commun savoir. {Tris bien! Iris bien!)
Dans tous les cas, il faut bien s'entendre et bien comprendre que ce problème de l'éducation de la femme se rattache au -problème même de l'existence de la société actuelle.
Aujourd'hui, il y a une lutte sourde, mais persistante, entre la société d'autrefois, l'ancien régime avec son édifice de regrets, de croyances et d'institutions qui n'acceptent pas la démocratie moderne, et la société qui procède de la Révolution française; il y a parmi nous un ancien régime toujours persistant, actif, et quand cette lutte, qui est le fond même de l'anarchie moderne, quand celte lutte intime sera finie, la lutte politique sera terminée du même coup. Or, dans ce combat, la femme ne peut pas être neutre; les optimistes, qui ne veulent pas voir le fond des choses, peuvent se figurer que le rdie de la femme est nul, qu'elle ne prend pas part à la bataille, mais ils ne s'aperçoivent pas du secret et persistant appui qu'elle apporte h cette société qui s'en va et que nous voulons chasser sans retour. (ApplaudUsemenU.)
C'était bien là la pensée, à une époque récente, d'un ministre, dont je puis bien dire un peu de bien, mainlenant qu'il est tombé, l'ayant beaucoup attaqué quand il était debout. Quand H. Duruy voulut fonder l'enseignement laïque des femmes, vous souvenez-vous de celte clameur d'évéques, de cette résistance qui le lit reculer et qui entrava son œuvre? Que cet exemple soit pour
DlSOOOKB DE JULES FERRY M3
nous an enseigaeinent ; les évêques le savenl biea : celui qui lient la Temme, celui-là tient tout, d'abord parce qn'il tient l'enfant, ensuite par<ic qu'il tient le mari; non point peut-être le mari jeune, emporté par l'orage des passions, mais le mari fatigué ou déçu par la vie. (A'ombreux applaudittetnenlt.)
C'est pour cela que l'Eglise veut retenir la femme, et c'est aussi pour cela qu'il faut que la démocratie la lui enlève ; il faut que la démocratie choisisse, sous peine de mort;ilfaat choisir, Citoyens: il faut que la femme appartienne à la science, ou qu'elle appar tienne h l'Eglise. (Applaudissement* répéléê.)
fs par M. Léon HenauU 1 el en 188Î.
Si inlèressante, si douloureuse parfois que soit la<eituation des époux séparés, ou au moias de celui des époux séparés qui a été victime dans le mariage, certes il n'y aurait pas ta une raisou suffisaaie pour ét«blir le divorce, si réellement le divorce mettait en péril, dans une mesure quelconque, la solidité de l'union conjugale, telle qu'il importe qu'elle demeure, Torle et respectée, centre et point de départ de la société.
Qu'est-ce donc que le mariage dans notre code civil ?
Prenez les articles 212, 213 et 314. Toutes les personnes qui ont assisté à une cérémonie de mariage en ont entendu la lecture, mais il est bon de les reproduire, au moment où nous allons examiner dans quelle mesure le divorce, tel que la raison du législateur de 1803 l'a établi dans nos codes, est incompatible avec lo mariage :
« Art, 212. — Les époux se doivent muluellemeut fidélité, secours, assistance.
R Art. 213. — Le mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari.
" Art. 214. — La femme est obligée d'habiter avec son mari et de le suivre partout où il juge i propos de résider. Le mari est obligé de la recevoir, de lui fournir tout ce qui lui est nécessaire pour les besoins de la vie, suivaut ses facultés et son état. »
Voilà, Messieurs, toute la définition du mariage ; un ensemble d'obligations morales, un lien intellectuel de conscience, de raison et de coeur. Sur l'union matérielle des êtres, le Code se tait. C'est par là qu'il est si admirablement spiritualiste, par la qu'il a élevé l'inslilution du mariage jusqu'à un étal de splendeur intellectuelle et de beauté morale qu'aucune religion n'a surpassé ni même atteint.
Voulei-Tous me dire maintenant ce qui reste de ce mariage.
DISCOURS DE il. LÉON BENAVLT 5ù5
quaDd intervient la séparation de corps pour cause d^termiaée ' qu'établit la législation actuelle et à laquelle on ne nous propose pas de nous tenir, ce qui en demeurera dans le cas de séparation qu'admet le contre-projet de M. Louis Legrand 1
Voulez-vous me dire ce qui en demeure, quand la séparation Je corps a été prononcée pour cause d'adultère de la femme, ou parce que le mari a donné le spectacle de i'cntretieD d'une concubine dans te domicile conjugal ; lorsque l'injure des coups, de l'outrage, s'est abattue sur la femme; lorsque les enfants ont été dépouillés par les désordres de l'un ou salis par les vices de l'autre ; lorsque le nom commun a été déshonoré ; lorsqu'il n'y a plus entre le mari et la femme celle communauté du lit et de la table qui était comme la traduction extérieure du mariage tel que l'a détini le Code civil?
Ce qu'il en reste t le voici : c'est le spectacle que vous avez tous les jours devant les yeux ! C'est une femme à laquelle son mari ne peut plus donner d'avis, de conseils, à laquelle il peut encore de temps en temps envoyer un commissaire de police! Il en reste on mari qui, lui — car il n'y a plus de domicile conjugal — a le droit d'élablir publiquement le spectacle du concubinage; il en reste pour la femme la possibilité de traîner un nom qu'on ne peut plus lui enlever dans tous les désordres, dans toutes les hontes, sans que le mari puisse lui défendre de te porter.
11 reste encore, Messieurs — est-ce à cela que l'on lient î — la possibilité pour le mari d'intervenir dans la gestion matérielle des alTaires de sa femme, d'y apporter un esprit de vexation. Peu importe qu'il ait été le coupable, qu'il ait été (létri par la décision judiciaire qui a prononce la séparation : le tribunal a bien pu lui enlever ses enfants pour en confier à la femme seule la garde et l'éducation ; cette femme chargée de la préparation de l'ame et de la conscience des enfants issus du mariage, elle reste serve au point de vue de la gestion de ses biens.
Voilà donc du mariai^e ce qu'il reste : quelques chaînes et je ne sais quoi de honteux qui dégrade l'institution, et dont on voit les débris traîner, avilis et salis, dans tous les coins de notre société.
El c'est au nom de la dignité du mariage et de sa sainteté qu'on nous accusait, à la dernière séance, de vous demander le rétablissement du divorce comme le Code civil l'a fait!
Discours de 188^.
Ce que nous demandons à la Chambre, ce n'est pas de proclamer
que le divorce est un remède certain, un remi^de infaillible aux
misères, aux défaillaDces inhérentes à I& oalure humaine, qui viennent trop souvent troubler l'unioD conjugale, qui l'altèrent, la faussent et la détruisent. C'est seulement de placer le divorce à calé de la séparation de corps, de les comparer et de rechercher au point de vue de la société, au point de vue des époux désunis, au point de vue des enfants nés du mariage, de quel cdté est le moindre mal.
Le divorce, comme la séparation de corps, soûl de lamentables extrémités, une triste fin h d'exquises espérances.
Ce qu'on doit vouloir, ce qu'on doit souhaiter, c'est que le mariage soit l'accord étroit, sacré, de deux corps et de deux &ines, que tout foyer domestique soit une école de respect, de haute éducation morale ponr les eofantE, qui seront un jour des citoyens.
Uais est-ce qu'il dépend de la loi de faire que la réalité corresponde toujours à cet idéal? Quel législateur peut espérer qu'il supprimera les passions, les accidents, qui viennent battre en brèche, anéantir les unions conjugales, et sous les coups desquels elles succombent trop souvent? Si cet écroulement s'accomplit, quel sera le remède? C'est de cela, de cela seulement qu'il s'agii.
Entre nous, partisans du divorce, et vous, partisans de la
séparation de corps, quel est le dissentiment? A nos yeux, à nous, le mariage est chose tellement sacrée, que le jour où il ne correspond plus à aucune réalité, où il n'existe plus qu'A l'état d'apparence, où il n'est plus qu'une sorte de sépulcre blanchi, pour employer l'expression des Livres Saints, nous l'aimons mieux détruit par le divorce qu'avili par la séparation de corps.
L'honorable U. Durand vous a dit : il y a un motif de droit qui s'oppose absolument à ce que vous rétablissiez le divorce. 11 faut voua résigner à garder le mot, alors même que la chose n'existe plus, que le mari et la femme ont cessé la vie commune, que la maison conjugale a été fermée, que le mariage n'est plus qu'un champ de bataille où se heurtent les époux, que du lien ancien il ne reste plus que débris, une sorte de servitude honteuse et insupportable, il faut vous en tenir à la séparation de corps. Vous ne pouvez recourir au divorce, car vous n'avez pas juridiquement le droit dedissoudre le mariage. Le mariage, en effet, n'est pas un contrat : c'est une condition, un état, qui ne peut être légalement modifié, une fois qu'il s'est constitué.
Oui, je le reconnais, le mariage est un état, il correspond à un ensemble de droits et de devoirs réciproques. Notre code en a donné une incomparable dérmition ; celle dont la lecture se fait chaque fois que se présentent devant l'ofUcier de l'étal civil un homme et une femme de France, qui vont fonder une fomilte.
DlSGOims DE U. LÉON RENAULT 507
Celte déQQition résume l'enaernble des devoirs moraux, des obligations matérielles, sar lesquels va reposer, par lesquels va se traduire, se réaliser au dehors, l'union que la société saactiortne.
Eh bien, quand la séparation de corps s'Impose; quand les sévices, les injures, les outrages, l'adultère, les menaces de mort, ont rendu la maison commune absolument inhabitable pour un des époux, que reste-l-il de cette définition du mariage écrite dans uoire loi ? Rien, absolument rien. Le divorce ne Tait que constater cette destruction. Il écarle une fiction : il renonce k une hypocrisie. De toutes les atteintes au respect ilu mariage, il q'; en a pas de plus grande que cette hypocrisie-lè .
L'honorable H. Durand ajoutait tout à l'heure : Soit ! au point de vue des époui, le divorce vaut mieux que la séparatioa de corps ; mais le droit des enfants est la qui vous arrête, qui vous interdit le divorce; il n'y a pas que le mari et la femme qui soient intéressés dans l'union conjugale, il y a les enfants nés du mariage ; ils ont, eux, le droit de réclamer un mariage intact ; vous ne pouvei le leur ravir I Hais ce mariage intact, est-ce qu'il y a une puissance humaine capable de l'assurer aux enfants, quand le père et la mère en sont venus aux extrémités qui rendent la séparation inévitable ? Le mariage intact, ce n'est pas seulement l'accomplissement par les parents des obligations matérielles qui découlent envers les enfants de l'union contractée, c'est l'obserrance de ces devoirs moraux d'éducation, qui forment le cceur, l'imagination, la volonté des enfants; qui se traduisent surtout par l'exemple des vertus domestiques pratiquées en commun.
Est-ce que la séparation de corps laisse aux enfants ce mariage intact? Quand le juge a dû déclarer que la vie commune des époux était Unie, l'enfant pourra bien continuer à voir son père, à voir sa mère; mais il y a une chose qu'il ne verra plus jamais, c'est le baiser du père k la mère, et il n'aura jamais plus leurs caresses en même temps. Est-ce que, dans ces conditions-là, H. Durand peut venir nous dire que la séparation de corps sauvegarde le droit des enfants au mariage intact 1
Les enfantsl Avec le divorce comme avec la séparation, nous leurjaissons ce que nous pouvons encore leur garder: une fois l'union conjugale brisée, disparue, nous entassons pour eux les précautions, les garanties. Nous ne pouvons rien de plus.
Si le divorce leur créait une situation pire que la séparation de corps, peut-être. Messieurs, trouveriez-vous dans ce fait douloureux non pas une raison pour vous prononcer contre la proposition qui vous est soumise, mais au moins un motif sérieux d'hésiter avant de la voter.
508 APPËNDICB
' Slais si vous voulez vous attacher à la rùalité, vous coDstaterez iju'au point de vue de la conditiou des eoraoïs, de leur éducation morale, de leur eotretien matériel, le divorce donne des garanties au moins égaies à la séparation de corps.
Quant à la situation morale des enfants, aimez-vous mieux — on peut et l'on doit tout dire à celte tribune — aimez-vous mieux les exposer à voir leur mère engagée dans des liens qu'elle ne pourra jamais avouer? à voir la place de leur mère occupée dans la maison paternelle par une étrangère qui ne peut s'y introduire i]ue clandestinement, que de les faire assister au spectacle de seconds mariages possibles de leurs parents?
Certainement l'enrant, par le divorce comme par la séparation lie corps, sera sevré de cette plénitude de salisraction, de cette douceur exquise dans les sensations et dans les impressions qu'il aurait éprouvées entre un père et une mère restés fidèles et unis. Il sera toujours innocent et victime à la fois. De quel c6té y a-l'il le moins de soufTrances et de périls pour lut ? De quel c6té seront les atteintes les plus redoutables à la préparation de son intelligence, de sa volonté, de son énergie ?
J'ai eu l'occasion de le dire l'an dernier à cette tribune, et je n'hésite pas aie répéter: dans les classes élevées, là où régnent la lortuoe, l'aisance, là où on peut étendre une sorte de manteau d'or et Je pourpre sur toutes les défaillances que Iraine après elle la séparation de corps, l'enfant peut encore être respecté. Hais lorsque la siiparalion de corps s'est abattue sur un milieu où la vie est rude, misérable ; où l'homme a besoin d'une femme pour tenir sa maison, préparer sa nourriture;où ilfautà la femme un homme i]ui puisse l'assister et lui fournir les moyens matériels de manger k sa suffisance ; où le logis est étroit, est-ce que vous n'apercevez pas les promiscuités devant lesquelles la conscience et te cœur reculent également ? Voilà la vérité, comme elle apparaît lorsqu'on ne se paye pas de mots, lorsqu'on écarte résolument, pour aller aux faits, les théories vagues comme celles qui ont été apportées '1 la tribune.
Oui, le mariage doit être tenu pour sacré ; oui, il faut lui souhaiter l'indissolubilité, la perpétuité. Il faut le vouloir tant ^u'on !e pourra. Mais, si on ne le peut plus ? Alors la question de moyen, lie remède, d'empêchement social, se présente. Voilà, Messieurs, la question que vous avez à résoudre.
Le divorcesc justifie, à mes yeux, comme il se justifiera aux
vôtres, par l'époque h laquelle son principe est apparu dans notre droit ; par l'heure à laquelle il a été momentanément aboli ; par le caractère de transaction équitable, de compromis humain avec
DISCOURS DE U. LÉON RENAULT ^d
lequel il vous est présenté par voire Commission; par la nature même et l'origine des attaques qu'on dirige contre lui.
Je vous demande de le rétablir, non comme un état souhaitable, mais comme un remède nécessaire à des situations douloureuses el exceptionoetles. Vous l'acceplerei, parce qu'après l'avoir pesé à côté de la séparation de corps, vous vous direz: « Ual pour mal, il faut préférer le moindre. » Vous l'accepterez, parce qu'au point de vue social il est moins dommageable que la séparation de corps ; parce qu'au point de vue des époux désunis il est moins cruel et plus équitable. Vous l'acceplerez surtout, parce qu'en songeant aux enfants nés des unions rompues, vous vous direz que pour eux il esl moins abominable que la séparation de corps.
Diicourt de M. Henri Briuoii sur le Sud-Oianaù (1881)
Messieurs, je déclare jminêdiBteineDt, à raison de l'heure avancée, que je n'ai que quelques courtes observations h présenter à la Chambre, et je la prie de croire que je n'apporte à la tribune ni la moindre animadversiou, ni la moindre prévention même, soit contre les chefs militaires qui ont pris part à reipcdition du Sud- Ouest algérien, soit contre H. le gouverneur général civil de l'Algérie, qui a été longtemps pour nous tous, ici, un excellent collègue, duquel j'ai gardé le meilleur souvenir.
Je me garderais bien surtout, si j'avais à parler de lui, d'en tracer le portrait assez complexe qu'en présentait, il y a un instant, M. le président du Conseil, Taisant de H. le gouverneur général tantôt un alarmiste par tempérament, et tantôt un homme se laissant aller à des espérances hasardées que les événements venateat démentir.
J'ai demandé la parole lorsque j'ai enlendu M. le président du Conseil, quoique président du Conseil et cher du Cabinet, essayer de diviser les responsabilités qui pouvaient exister dans cette aiTaire, s'elTorcer de leur donner un caractère purement militaire et de les rejeter sur les chefs militaires, sinon sur le ministre de la Guerre, car, à la Un de sou discours, il nous apportait cette autre théorie, assez étrange de la pari d'un chef de Cabinet, qu'on n'est responsable que de ce qu'on exécute soi-même.
M. LB Président du conseil. — Et de ce qu'on ordonne 1
M. Henri Bbisson. — Pour moi, je l'avoue, je conçois tout à Tait différemment les devoirs d'un chef de Gouvernement : il me semble que lorsqu'il se produit des Taits, quels qu'ils soient, qui deviennent le motif d'une interpellation, le sujet d'un débat parlementaire, il n'y a qu'une responsabilité générale : la responsabilté du Gouvernement. C'est la seule qui puisse être mise en jeu.
Ëh bien. Messieurs, cette responsabilité, sur quoi repose-t-elle T Il me semble, dans cette aiîaire, qu'il est bien facile de la préciser.
DtSCODRS DE M. HENRI BRISiiON .Hll
Quoi qu'on en ail pu dire, quelles que soient les explicalions qu'on ftit Toulu apporter, il reste un poinl démoniré : c'est qu'au mois de Janvier 1880, H. le gouverneur général civil de l'Algérie était résolu à faire une expédition, ou, si l'on veut, une démonstration militaire dans le Sud-Ouest algérien.
M. LvNCLOis. — Contre le Maroc!
U. Henri Brisson. — Non, pas contre le Maroc, Monsieur Langlois : ne recueillez pas avec cette facilité extraordinaire ta parole ministérielle.
Il résulte de la dépêche du li 'Janvier 1880 qu'une expédition devait être dirigée vers le territoire des Ouled-Sidi-Cheikh, ce qui n'a aucune ressemblance avec le Maroc.
Telle étail, en Janvier 1880, la disposition d'esprit du Gouvernement. Cette disposition d'esprit, le ministre en eut connaissance évidemment, puisque le gouverneur était alors à Paris, ou du moins y vint peu après. Néanmoins, celte démons Irai ion militaire préventive, on y renonce. Ce n'est pas que le danger cesse ; non, car la mission du lieutenant de Castrîes, celle d'un autre ofllcier, la mission Pouyanne, viennent démontrer que le péril persiste. Tous ces indices concourent à la même démonstration. Le Gouvernement va donc au moins accumuler sur celte portion menacée du territoire algérien des éléments de défense et de résistance suffisants ? Non pas ; l'insurrection se produit quinze mois plus tard, et malgré tant d'avertissements, faute de forces sunisantes, le drapeau français subit une humiliaiion.
Dans de telles circonstances, après un pareil délai, la responsabilité ne pèse pas sur les chefs militaires locaux ; elle peut ne pas incomber au gouverneur général de l'Algérie ,- mais il y a là, dans tous les cas, une grave leçon. 11 semble que, dans ces quinze mois qui se sont écoulés, le Gouvernement ne s'est pas suffisamment préoccupé de la situation véritable du sud-ouest algérien, et n'y a pas pourvu.
Je sais bien que je n'ai pas de compéteuce particulière dans la cause ; mais retenant seulemeal ce qui est indéniable, ce qui a été prouvé à cette tribune, ce qui ne peut pas être contesté, je dis — et nous ne l'apercevons pas seulement dans cette affaire — jedisque d'une façon générale il y a chez nous une trop grande facilité k laisser se rel&cher les liens du Gouvernement, le sentiment des responsabilités. Je dis que nous cédons facilement à des sentiments de camaraderie, de bonne amitié, de confraternité profes* sionnelle, de sorte que, soit dans l'ordre militaire, soit dans l'ordre maritime, soit dans tout autre ordre, il suffit d'avoir un grade, d'élre charge d'une fonction pour que tous ceux qui ont le
SI i APPENDICE
même grade, la même Tonctioa ou même les voisins, preDDenl re parti.
i nous voulons dous prémuoir contre le relour de ce qui nous arrivé, contre des désordres pareils à ceux qui sont tombés sur rance il y a on peu plus de dix années, il faut réagir coDlre ce liment : l'alîaiblissementde la responsabiliié. >à est-elle, cette responsabilité t Je ne me fais pas fort de le erminer h. cette tribune ; ce qu'il y a de certain, c'est qu'il faut ; le Parlement — ou celui-ci ou celui qui suivra, — prenne part enquête qui fera la lumière et fera connaître la vérité, e le répète, il est impossible de dénier ce fait, sur lequel Je X insister en terminant : d'une pari, certitude d'un danger sur roDtière sud-ouest algérienne au mois de Janvier i S80 ; d'autre t, absolue négligence des précautions à prendre, quinze mois es, au mois d'Avril 1881.
oilà ce dont ni les chefs militaires, ni le gouverneur général, e Gouvernement ne pourront se laver.
Ditcour* de Jules Ferry au Séiial le 4 Juillet 1881,
H. Jules SimoD avail propose d'ialroduire dans la loi sur l'enseigDement primaire cet amendemenl : • Les mallres enseigiicronl & leurs élèves leurs devoirs envers Dieu et envers ta patrie; > H. Jules Ferry répondit :
Od vous propose donc une démonstration politique. Ëtes-vous sûrs d'abord que cette espèce de pacte ijui nous est proposé sera entendu des deux partis? Et qui peut se Halter que, celte lormule même étant volée, l'honorable M. Chcsnclong cessera de me mettre au rang des persécuteurs, et que les honorables orateurs de la Droite, qui attaquent incessamment notre politiqu" vis-à-vis des congrégations, déposeront les armes? Est-ce que vous avez Tcspoir qu'entraînés à je ne sais quel nouveau et immense baiser Lamourelte...
M. i^ DABûN DE Lareintï. — Nous ne sommes pas des iraiircs !
M. LE Président ut Conseil. — Nous serons tous d'accord, et que tous consentiront à l'econnaitre que nous ne sommes pas des ennemis de l'Eglise, de la religion, que nous ne faisons pas la guerre à Dieu ? {liiUrriiplions à Droîle.) J'en doute beaucoup. On m'en parlait à la dernière séance, lorsque l'amendement de l'honorable M. Jules Simon eut la Taveur de satisfaire les orateurs de la
M. Buffet. — Qui a satisfait, non pas la Droite seulement, mais la majorité qui a pris l'amendement en considération.
M. LE Président du Cu.sseil. — Eh bien, si la proposition de H. Jules Simon excitait l'enthousiasme des membres de la Droite, je demande comment elle pourrait élre rassurante pour la Itcpublique? (Tris bien.' tr^s bien, à gntiche.) Je crois que la République n'a pas besoin de voler la formule qui vous est proposée pour démontrer qu'elle n'est ni antireligieuse, ni persécutrice [Itirea à Droite); je crois qu'il lui suffit de montrer aux geus de bonne foi, et au suITrage univiverscl qui va nous jugerions {Très bien! à Gauche) que jamais le clergé catholique n'a été mieux Edg. Zevort. — Troisième République. . lu. — 33
814 APPEBDICE
dolé iC'est cela ! tris bien! gur kt même» bancs), qu'il n'a jamais mieux élé protégé {Bruyantes exclamations à Droite), et qu'il n'a jamais joui d'une plus grande liberlé de prédication et de propagande. iXouvelles interruptions à Droite. — Mais c'est vrai.' à Gauche.) Voilà la vérité.
Il se peut qu'à une certaine époque la Convention nationale qui, elle, avait bien persécuté le clergé catholique, qui avait envoyé ses membres en exil ou à récbafaud; il se peut que la Convention nationale ait ressenti, un jour, le besoin de reconnaître l'existence de l'Être suprême et l'immortalité de l'âme ; mais ta République de I88t, qui n'a rien fait de pareil, peut, la conscience libre et le cœur haut, afTronter le jugement du pays. {Applaudissements à Gauche.) Messieurs, au cours de la dernière séance, j'ai entendu maniresler, par quelques-uns de mes amis qui siègent de ce c6lé [L'orateur désigne la Gauche), ce doute, ce scrupule : ■ Hais est-ce qu'il va Talloir voter pour ou contre Dieu? » (Oui! à Droite.-^ Messieurs, je proteste énergiquement contre cette manière de poser la question. (Rumeurs sur les mimet banc*.) Il ne s'agit pas ici de voter pour ou contre Dieu : on ne vote pas Dieu dans les Assemblées. {Vifs applaudissements à Gauche.)
M, LE DABON DE Labeinty. — Oq ne le vote pas, on cherche à l'exclure de l'enseignement.
H. LE Président du Conseil. — Car, si on pouvait le voler, si on pouvait lui donner de la force en le volant, cela supposerait qu'on peut le diminuer ou l'abolir en ne le votant pas. (Interruptions à Droite.)
H. LE BARON DE Labeinty. — On peut l'eiclufe!
M. LE Président du Conseil. — Les Assemblées ne sont pas faites pour promulguer des credo théologiques, de quelque nature qu'ils soient. Ce n'est pas là votre r61e ; j'oppose donc à cette prétention ime lin de non-recevoir absolue. {Nouvelles inleirupliont à Droite.)
M. AUDREN DE Kerdrel. — El la Constitution de 18iB !
M. LE Président. — N'interrompez pas, monsieur de Kerdrel.
M. LE Preîjident du Conseil, — ... Une fin de non-recevoir Urée de la nature, de l'essence même de notre société laïque, de l'esprit même de toute notre Révolution française, qui n'a pas d'autre but, qui ne veut pas atteindre d'autre résultat que de séparer nettement le domaine de la conscience du domaine du gouvernement terrestre et temporel. ( Très bien ! à Gauche.)
Un sÉNATEUii, d droite, — Et les prières publiques ?
M. LE Président du Conseil. — Ce qui importe à la République, Messieurs, c'est de légiférer convenablement, utilement.
DISCODRS DB JULES EEBBT 515
clairemeDl surtout ; ce qui importe au Sénat, doDt la coDsidération et la force sont, à mes yeux, le pilier foodamental de noire organisation républicaioe (Nouvelle approbation à Gauche. Sourires à Droite); ce qui importe au Sénat, c'est de faire des choses claires, qui ne donnent pas prise à ses détracteurs ; et, quand il a rendu, à deux reprises difTérentes, un vote solennel comme celui qu'il a rendu sur la neutralité de l'école, de ne pas se laisser arracher, par des moyens plus ou moins habiles et plus ou moins détournés, la grande conquête qu'il a faite ! {ApptaudissemenU prolangé» à Gauche. M. le ministre, en retoumtmt à son banc, est vivement félicité par ttn grand nombre de sénateurs.)
L'amendement, adopté par 139 voix contre 126, fut rejeté par la Chambre et ce rejet fut conlirmé par le Sénat lui-même, quand il eut été renouvelé, au mois de Janvier 18S2.
ExUnits du ilûcours iirononcé par Gambellit, Ir 26 janvier 1882.
Messieurs, je veux m'expliqucr devant cette Chambre, car de toutes les douleure qu'on peut resseulir dans la politique, et Dieu sait s'il m'en a élc épargné, il y en a une que je ne peux supporter et subir en silence : c'est d'êlre constamment présenté à cette Chambre, que dis-je? au parti républicain tout entier comme un homme qui méditerait de se séparer ou de s'écarter de lui; de s'arrêter, de revenir en arrière, de paralyser son développement, d'alTaiblir son autorité dans le pays. Et par qui pourrail-OD espérer de remplacer la force et l'honneur du parti républicain dans la nation î Est-ce qu'on osera venir à cette tribune et dire que j'ai, sous la suggestion de je ne sais quelle passion personnelle, par je ne sais quelle avilissante pensée qu'on décore du nom de dictature et qui ne serait que la risée du monde, si je pouvais descendre jamais ïi la conception d'une pareille et si misérable idée... [Triple satee d'a/iplauilitstments mr un gran-l nombre île l/anct)..., à qui donc fera-t-on croire que je viens ici, après que vous m'avez imposé l'honneur. que j'avais considéré comme une récompense des quelques services que j'ai pu rendre; après, dis-jo, que vous m'avez impose l'honneur de prendre les affaii-es, à qui Tera-t-on croire que j'emploie ce que je puis avoir conservé d'autorité morale et intellectuelle à vous nuire, à vous discréditer, à entraver l'œuvre commune commencée depuis douie ans, parce que je ne veun plus m'appuyer sur vous, pour atteindre autant que possible la perfection de notre œuvre? {Xotiveaux applatidissemenls répélei tur /es mêmes bancs.)
J'ai cru, je crois encore que, dans tout ce que l'on a dit, it y a bien plus de surprise et bien plus d'égarement que de malice et
DISCOURS DU GAMBETTA (EXTavITS) '■*
de méchanceté. Mais, Messieurs, il y a des heures daas I& ïie il faut que tout soit apporté sous le regard vcridcaleur de France. Vous me conoaissez avec mes défauts et, j'ose dire au avec la passion que j'apporte au service de la démocral Qu'ai-je fait? jai Tait ce que j'ai pu...
Un membre d l'ExIri'me Gauche prononce qucliiies paroles qu, pnrvieuneni pas jtint/u'au bureau.
H. LeliêVRB. — Que l'interrupteur se lève.
M. Paul Beat, minûlre de V Instruction Publique. — Ce n rien !
M. LE Président pu Conseil. — Messieurs, j'ai partagé, v l'avez tous vu, et je puis bien dire que des adversaires géncr et loyaux qui sont là peuvent l'atlesler, j'ai partagé avec vou lultc au grand jour contre les adversaires de la République, j'ai combattus, uon h cause de leurs personnes, mais parce q m'apparaissait, comme il m'apparalt encore, que leur triom n'était pas compatible avec la liberté, la prospérité et la grnnd de la France moderne.
Nous nous sommes débarrasses de nos adversaires. Il n reste à nous gouverner nous-mêmes (Profond mouvement) lutter contre les incessantes causes de division qui nous assiègi n dépouiller le personnalisme pour ne voir que le pays.
Eh bien, j'affirme. Messieurs, qu'un avenir prochain dém
trera la justesse de mes paroles, cl cela parce que j'ai la con' tion intime et profonde, quand je vous résiste, quand je li contre vous, d'être dans la douloureuse mais impérieuse néces de vous déclarer que c'est une nécessité de gouvernement.
Je vous demande si, quand je vous dis ces choses, si, qu j'invoque le vole que vous avez rendu il y a six mois à pe quand je vous fais voir la nécessité de l'exécution de ces engi menls, quand je vous démontre l'utililc de reviser l'article | mier, paragraphe 3, alin d'arriver, avec le concoure du Séna une revision partielle, quand je dis cela, si vous ne m'écoule; | si vous croyez que je me l'amoindrissement et la dissolution | maturée de la Chambre, je ne puis vous convaincre.
Je ne puis mettre en face de vos appréhensions que ma loya' que la sincérité de mes paroles, que les projets que nous av préparés, enfin que mon passe... ( Vt/t appliiwlissemnils), e fais appel à vos consciem-es. (Xoureaiix applaudissements.)
Oui, je rrois que i-ette légion républiraine avec laquelle débuté, avec laquelle j'ai passé à travers les luttes et les cpreu
ne nous fera pas plus défanl an jour du succès qu'elle ne nous a fait défaut an jour de la bataille. Dans tous les cas, ce sera sans amertume, surtout sans l'ombre d'un sentiment personnel blessé que je m'inclinerai sous voire verdict. Car, quoi qu'on en ait dit, il y a quelque chose que je place au-dessus de toutes les ambitions, fussent-elles légitimes, c'est la confiance des républicains, sans laquelle je ne saurais accomplir ce qui est, — j'ai bien quelque droit de le dire, — ma t&che dans ce pays, le relèvement de la pairie.
Manifeite-affiche du pritut Napoléon (
A mes CoDcitoyen?,
La Fr&Dce tanguil.
Quelques-uns parmi ceux qui souffrent s'agitent.
La grande majorité de la nation est dégoûtée. Sans confiance dans le présent, elle semble attendre un avenir qu'elle ne pourra obtenir que par une résolution virile.
Le pouvoir exécutif est affaibli, incapable et impuissant.
Les Chambres sont sans direction et sans volonté.
Le parti au pouvoir méconoatt ses propres principes, pour ne rechercher que la satisfaction des passions les moins élevées.
Le Parlement est fractionné à l'inrmi.
Réactionnaires, modérés, radicaux, se sont succédé au Gouvernement. Tous ont échoué.
On TOUS a promis une République réparatrice et réformatrice. Promesse mensongère.
Vous assistez à des crises continuelles qui atteignent le chef de l'Etal, les ministres et les Chambres.
L'expérience de la République parlementaire, poursuivie depuis douze années, est complète.
Vous n'avez pas de Gouvernement.
Le mal réside dans laConstitution qui metle pays àla discrétion de huit cents sénateurs et députés.
Des fautes avaient été commises dans le paisé. Pourquoi les aggraver au lieu d'y trouver des enseignements T
L'armée, base de notre grandeur et de notre sécurité, est livrée à l'outrecuidance d'hommes incompétents. Us dissertent depuis dix «Ds sur sa réorganisation et en sont réduits, après des t&ton-
nements qui miDeot l'esprit mililaire, h. chercher encore uae bonne loi (le rei^i'Utemeot.
L'administration est discréditée. Les fonctionnaires sont les esclaves des intérêts électoraux les plus mesquins.
Exploiter le p&ys, ce n'est pas l'administrer.
La magistrature, menacée dans le principe de son indépendance, semble perdre tous les jours, avec la sécurité à laquelle elle a droit, le sentiment de sa mission.
Nos finances sont dilapidées.
Les impûts, lourds et mal répartis, sont maintenus dans ua fatal esprit de routine qui met obstacle à tout progrès.
Il est, en elTel, plus facile d'emprunter que de réformer.
Les dépenses s'accroissent sans raison.
Les conditions les plus élémentaires du crédit public sont méconnues. Un agiotage, qui ne doit souvent son impunité qu'à. des solidarités compromettantes, a envahi toutes les classes de la sociélé.
La Dette flotlanle est portée à un chiffre qui menace notre crédit b la première spcousse.
Malgré des impôts énormes, l'équilibre du budget n'existe pas.
La religion, attaquée par un athéisme persécuteur, n'est pas prolégée. Fit cependant ce grand intérêt de toute sociélé civilisée est plus facile à sauvegarder que tout autre, par l'application loyale du Concordai, qui seul peut nous donner la paix religieuse.
Les questions sociales, vitales pour notre démocratie, où l'égalité politique doit avoir pour conséquence une meilleure répartition des charges, au profit de la classe la plus nombreuse et la plas pauvre, sont niées. L'étude môme en est dédaignée. En face de ces problèmes qui s'imposent, nous n'avançons pas, nous reculons.
Notre commerce est atteint par l'abandon des traités de 1860, auxquels nous devions la prospérîlé ; et l'intérêt des consommateurs et des commerçants est sacrifié.
Notre politique étrangère est de mauvaise foi avec les faibles. Elle est au service de spéculations particulières en Tunisie, dont l'occupation coûteuse est sans prollt; elle est lâche et inepte en Egypte, où les intérêts de la France sont considérables.
On ne peut parcourir les pays étrangers sans une tristesse profonde. Nuire France, naguère si grande, n'a plus aujourd'hui ni amis, ni prestige. Elle ne rencontre chez les plus vaillants qu'une indifTérencc plus pénible que l'hostilité, et cependant une France forle a sa place nécessaire dans le monde.
Nous ne retrouverons notre position vis-à-vis de l'étranger que par noire relèvement intérieur.