CHANGEMENTS DIPLOMATIQUES ET ADMINISTRATIFS
innombrables et ininterrompus, pendant les trois premiers mois. Nous citerons seulement la nomination de H. Pascal à Bordeaux et celle de l'ingénieur Ducros à Lyon, parce que nous aurons l'occasion de revenir sur ces deux noms. A Bordeaux M. Pascal avait remplacé un administrateur éminent, esprit modéré et sincèrement libéral, M. Ferdinand Duval, qui reçut la succession de M. Calmon à la préfecture de la Seine.
Nous avons dit quelles considérations avaient dicté les choix faits dans la magistrature debout. Tous ces changements profitèrent surtout à Tancien personnel de TEmpire dont les cadres, h peine diminués de quelques unités depuis 1870, étaient restés intacts. On n*improvise ni des administrateurs, ni des magistrats, ni des percepteurs : pour combler les vides qui s'étaient produits, après la Révolution par^ lementaire du 24 Mai, les ministres puisèrent dans la réserve des fonctionnaires du Régime impérial et bien rares furent ceux qui, par fidélité à la dynastie déchue, ne répondirent pas à leur appel.
Avec un Chef glorieux et docile comme le Maréchal, avec un manœuvrier parlementaire et politique comme M. de Broglie, avec une majorité disciplinée et qui alla sans cesse en augmentant du 24 Mai au 29 Juillet, avec des fonctionnaires dévoués et sans scrupules, tout semblait facile au nouveau Gouvernement et Ton s'explique les angoisses qu'éprouva la France, à la nouvelle de la chute de M. Thiers; Ton s'exf plique la circulaire collective que les Gauches adressèrent au pays pour l'exhorter au calme, à la patience, au maintien de l'ordre public. Il est certain que toute tentative de désordre eût été impitoyablement réprimée, et elle eût si bien fait les affaires de l'ordre moral, que Ton peut s'étonner qu*ii ne Tait pas provoquée. G*est la seule partie de l'héritage de l'Empire qu'il ait répudiée.
8 LE PREMIER MINISTÈRE DE BROGUE (25 Mai-26 Nov. 1873)
Gomment se fait-il, qu'avec toutes ces facilités, la Révolution parlementaire du 24 Mai n*ait abouti, en moins de six mois, qu'à Tacte parlementaire du 20 Novembre, c'est-àdire à une nouvelle et involontaire consécration de la Répuplîque ? L'histoire de ces six mois donnera la réponse à cette question.
En notifiant son élection aux préfets le Maréchal de Mac- Mahon leur avait fait savoir, nous l'avons dit, que c rien ne serait changé aux lois et aux institutions existantes ». Le duc de Broglie, dans sa première circulaire aux agents diplomatiques de la France à l'étranger, sur papier à en-téte de la République Française, avait insisté sur ce caractère de l'acte du 24 Mai. c Le nouveau Gouvernement, disait-il, se conformant à son origine, suivra donc une politique résolument conservatrice, c'est-à-dire pacifique au dehors et modérée au dedans. Opposant une sévérité inflexible à toutes les tentatives que ferait le parti révolutionnaire, pour étendre son influence par des voies illégales, il ne sortira pas lui-même de la légalité la plus stricte. Aucune réaction n'est méditée et ne sera tentée contre les institutions existantes ; les lois constitutionnelles, présentées par nos prédécesseurs, restent soumises au jugement de l'Assemblée qui tranchera seule, quand elle le jugera convenable, la question suprême de la forme du Gouvernement. >
Ainsi voilà 362 monarchistes qui renversent un Président de la République, parce qu'il veut constituer la République, et qui le remplacent par un autre Président qui ne veut porter aucune atteinte aux institutions existantes ; voilà un vice-président du Conseil qui se réfère aux lois constitutionnelles organisant la République, lois déposées par son prédécesseur, et qui déclare que ces lois restent soumises au jugement de TAssemblée! Et cette Assemblée ne semble pas comprendre que la seule et facile transmission des pouvoirs