LES NOUVEAUX MINISTRES
fut effacé : on ne lui demanda du reste que d*expulser des petits et des grands parquets quiconque était suspect de libéralisme et il s'acquitta docilement d'une tâche que M. Dufaure avait presque entièrement accomplie, d'ailleurs. M. Ërnoul avait à son actif une réflexion judicieuse, c Ne sentez-vous pas, avait-il dit, dans la discussion de la loi Waddington, qu'en France les extrémités sont froides î » Mais, son principal titre au portefeuille, c'était la présentalion de Tordre du jour qui avait renversé M. Thiers. M. de laBouillerie, riche propriétaire de l'Anjou et administrateur du sous-comptoir d'escompte de Paris, avait un autre titre au choix dont il fut l'objet : sa parenté avec un prélat et son cléricalisme.
Ce sont aussi leurs sentiments réactionnaires qui recommandèrent le très brillant ofQcier de cavalerie d'Afrique et du Mexique, le général du Barail, et Tarrière-petit-neveu de Voltaire, le délégué de M. Fourichon à Paris pendant la Défense nationale, le vice-amiral de Dompierre d'Hornoy.
Tous deux furent de très médiocres ministres. Très compétents, au contraire, furent les ministres des Finances et des Travaux publics MM. Magne et Deseilligny, très compétents comme administrateurs et très écoutés comme orateurs d'affaires. M. Magne, ancien membre du Conseil privé, était un Bonapartiste, mais usé, désabusé, vieilli et qui fut moins un politique qu'un spécialiste. Il ne faut pas oublier qu'il eut l'honneur, sur les réserves préparées par M. Thiers, de payer les derniers termes de la subvention de guerre. M. Deseilligny était un transfugge du Centre Gauche ; il avait quitté ce groupe parlementaire lorsque le général Chanzy en était devenu le président, lorsque le Centre Gauche avait fait adhésion à la République conservatrice de M. Thiers.
En résumé tous ces choix, où se reconnaît la main experte de M. de Broglie, attestaient un très habile dosage des élé-
6 LE PREMIER MINISTÈRE DE BROGLIE (24 Mai-26 Not. 1873)
ments qui constituaient la majorité. Le maintien, la consolidation et Textension de cette majorité fut du reste la principale préoccupation du nouveau Cabinet, à Versailles et dans les départements. M. Beulé le disait sans ambages, dans sa première circulaire aux Préfets. L'Assemblée nationale attendait, avant tout, du Gouvernement qu'elle avait institué c un personnel administratif inspiré par une même pensée, dirigé avec précision et se mettant ouvextement à la télé des Conservateurs ». Les préfets devaient dire bien haut de quel côté étaient leurs sympathies et leurs encouragements, et par cette ferme conduite, « constituer en France une vraie majorité de Gouvernement >. C'était la pure théorie de la candidature officielle, professée avec plus de cynisme qu'elle ne l'avait jamais été par M. de Persigny. Mais le ministère avait si peu de confiance dans la théorie, qu'il ne convoqua les électeurs qu'une fois, dans une période de six mois, et la pratique du système impérial par un Orléaniste donna de si piètres résultats que l'on cessa de compter sur les électeurs pour renforcer la majorité monarchique.
Du haut en bas de l'échelle, le personnel gouvernemental refléta les opinions de cette majorité et du ministère. On ne demanda qu'une qualité aux fonctionnaires de tout ordre, qualité purement négative : n'être pas Républicains. Aux Affaires Étrangères, le marquis de Banneville, ambassadeur à Vienne, et le comte d'Harcourt, ambassadeur à Londres, se retirèrent pour des motifs personnels et furent remplacés par le marquis d'Harcourt et par le duc Decazes ; mais MM. Ernest Picard et Jules Ferry donnèrent leur démission pour raisons politiques et eurent pour successeurs le baron Baude et M. de Gabriac. Celui-ci laissait vacant le poste de La Haye qui fut donné à M. Target, le chef du groupe dont la défection avait entraîné la chute de M. Thiers.
Dans l'administration préfectorale, les changements furent