PROCÈS DE PRESSE
Chambre rautorisation de poursuivre M. Paul de Cassagnac, cette autorisation fut accordée par 286 voix contre 174 et le journaliste bonapartiste, cité devant le jury et devant la police correctionnelle, fut condamné par les deux juridictions à 4 mois de prison et à 5.000 francs d'amende. Le journal Les Droits de l'homme, que Rochefort inspirait de Genève, fut suspendu pour 6 mois par la police correctionnelle ; mais il reparut15 jours plus tard, sous le nom de i?ac?^ca/, et commit les mêmes excès de langage, toujours prémédités, après cet avatar.
La répression même sévère, et elle ne le fut jamais sous le ministère Jules Simon, de ces excès, n'aliénait au Cabinet aucune sympathie dans la majorité républicaine. Au lendemain de la division qui s'était produite le 28 Décembre, M. de Marcère, en prenant la présidence du Centre Gauche, déclarait que son groupe maintiendrait, sur le terrain constitutionnel, l'union politique qui faisait la force de la majorité. M. Leblond donnait les mêmes assurances, au nom de la Gauche républicaine. Et M. Gambetta, en présidant la première réunion de la nouvelle Commission du budget, qui ne comprenait pas un seul membre de la Droite, affirmait que sa collaboration avec le pouvoir serait empreinte de sympathie et de sincère confiance. Il n'y avait donc pas, malgré le radicalisme démocratique du Jules Simon d'avant 1870, au moins sur le terrain politique, d'incompatibilité d'humeur absolue, entre la majorité et l'ancien opposant à l'Empire, devenu le membre du Gouvernement de la Défense nationale, le collaborateur de M. Thiers, le théoricien de la République aimable et enfln le répondant du Maréchal. C'est sur un autre terrain que celui de la politique, que devaient se manifester les dissidences entre la majorité et le président du C«mseil.
L'opposition de la majorité du Sénat, que M. Jules Simon
316 LES TROIS MINISTÈRES (12 Déc. 1876-13 Dec. 1877)
se crut de force à neutraliser, grâce à ses relations d'intimité avec quelques-uns des membres les plus influents de la Droite, grâce à sa camaraderie avec M. de Kerdrel, son compatriote, fut plus irréductible sous son ministère que sous celui de M. Dufaure. Elle se manifesta dans toutes les questions, elle engloba même le groupe des Constitutionnels et, dans les élections d'inamovibles, elle maintint intacte la coalition de tous les Monarchistes, nous ne disons pas contre les Républicains les plus modérés, mais même contre tous les Conservateurs libéraux. Le 18 Février le rejet de la loi sur les Conseils de prud'hommes, votée par la Chambre, et dont l'article 1®'' conférait à ces Conseils l'élection de leurs présidents, fut la manifestation signiflcative de ces sentiments. Une interpellation adressée par M. Caillaux à M. Christophle^ pour avoir prolongé la rue des Pyramides à travers le jardin des Tuileries, aurait peut-être abouti à un vote de blâme, si le ministre ne se fût prudemment contenté de l'ordre du jour pur et simple, proposé par M. Ernest Picard.
Le 10 Mars, l'élection, par 142 voix contre 140, de M. Dupuy de Lôme, le candidat des Bonapartistes, contre un Républicain constitutionnel, M. Alfred André, montra l'union de tous les Monarchistes contre la République la plus rassurante. Les membres du Centre Droit libéral, accusés par tous les journaux d'avoir favorisé le succès du candidat bonapartiste, ne. s'en défendirent pas. Au Sénat, comme à la Chambre, les membres de la Droite avaient renoncé aux belles indignations d'autrefois contre les artisans de la déchéance nationale. Il n'est pas jusqu'aux membres des Commissions mixtes qui n'aient trouvé grâce devant la Droite des deux Chambres. Avec la différence de tempérament des deux Assemblées, l'appro' bationfut égale. Elle se manifesta à la Chambre des Députés par une interpellation adressée au Garde des Sceaux pour la révocation de l'avocat général Bailleul ; elle s'exprima moins