‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 101 sur 230 · LES COMMISSIONS MIXTES · texte numérisé non relu

LES COMMISSIONS MIXTES

bruyamment au Sénat par Téloge discret d'un j ugement rendu par la Cour de cassation. Cette Haute Cour de justice avait rejeté le pourvoi de V Avenir de la Haute-Saône ^ condamné, on ne Ta pas oublié, par la Cour d'appel de Besançon, pour avoir attaqué le président Willemot, Tancien membre des Commissions mixtes. Le Gouvernement, par Torgane de M. Martel, put flétrir ces Commissions, aussi éloquemment que l'avait fait M. Dufaure le 25 Mars 1871, il put refuser au premier président Devienne, atteint par la limite d*âge, le titre de premier président honoraire, il ne put modifier les dispositions hostiles de la haute magistrature inamovible, qui se sentait soutenue et encouragée dans son opposition, par la majorité du Sénat et par la minorité de la Chambre.

Quant à l'action personnelle du président du Conseil sur le Président de la République, on ne saurait trop répéter qu'elle fut nulle. En cinq mois de collaboration, M. Jules Simon ne fit pas Fombre d'un progrès dans la confiance du Maréchal ; aucune de ses concessions, et elles furent nombreuses, ne lui fut comptée ; aucun des services qu'il rendit, et il en rendit de très grands, ne fut apprécié comme il méritait de Tètre. La défense victorieuse qu'il présenta, au mois de Février, du duc Decazes, que Ton accusait d'avoir retardé, dans un intérêt personnel, 1^ publication de la dépêche annonçant la chute de Midhat Pacha, était la preuve manifeste de la sincérité de M. Jules Simon : sa déférence respectueuse pour M. Thiers, les reproches publics que l'ancien Président de la République adressait à la politique de M. Decazes, il oublia tout pour justifier un de ses collègues qu'il n'avait pas choisi, un client du Maréchal, un Républicain de circonstance, dont le libéralisme ne devait pas survivre à l'acte personnel du 16 Mai, ni la reconnaissance pour son défenseur au bill d'indemnité voté par la Chambre.

318 LES TROIS MIiNISTÈRBS (12 Déc. 1876-13 Dec. 1877)

Entre les Républicains et les Conservateurs la réconciliation, que M. Jules Simon s'était flatté d'opérer, ne fît point un pas dans le monde parlementaire : elle en fit encore moins dans le pays. Deux élections législatives eurent lieu pendant ce ministère, dans Vaucluse et dans la Gironde. A Avignon le succès d'un républicain d'Extrême Gauche, M. de Saint- Martin, fut assuré par l'appoint d'un grand nombre de voix légitimistes, qui s'étaient portées à la précédente élection sur M. du Demaine, le Monarchiste invalidé ; à Bordeaux un avocat intransigeant, M. Mir, dut la victoire sur un Républicain modéré, M. Caduc, aux voix bonapartistes et légitimistes. Ces victoires de Républicains écarlates et des manifestations comme celle du président du Conseil municipal de Paris, M. Bonnet-Duverdier, faisaient au Gouvernement et à la majorité le même tort que l'élection du 27 Avril 1873 avait fait à M. Thiers. Elu conseiller municipal de Paris en 1874, battu aux élections législatives de 1876 par M. Spuller, M. Bonnet-Duverdier avait été porté, peu de temps après, à la présidence du Conseil municipal de Paris. Il fît en cette qualité un voyage à Londres, au cours duquel il fut reçu en audience privée par le Lord Maire, en audience publique, dans un banquet dont le retentissement fut immense, parles réfugiés de la Commune. De retour en France, il prononçait à Saint-Denis, le 23 Mai 1877, contre le Maréchal, des paroles où l'absurdité des attaques le disputait à la violence des injures et au cynisme des excitations meurtrières.

La Chambre, il faut le dire à son honneur, ne comptait pas, parmi les Républicains les plus avancés, de politiciens de cette École : il fallut la lutte entamée par le pouvoir personnel contre la nation, pour ouvrir les portes du Parlement, en 1877 et en 1881, à M. Bonnet-Duverdier. Il y siégea silencieusement et mourut en 1882, sans avoir pu se laver d'imputations diffamantes.

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