LES GRANDES COMPAGNIES DE CUEMIN DE FKR
Au milieu des discussions consacrées h la revision de la loi sur la presse et de la loi municipale, dont nous aurons à reparler, à la veille du coup d'Etat légal du 16 Mai, la Chambre de 1876 consacrait plusieurs de ses séances h de grandes questions d'affaires. Elle avait adopté le projet de loi portant augmentation de la solde, qui devait grever de 5 millions les finances de l'Etat ; elle vota la déclaration d'utilité publique de plusieurs lignes de chemin de fer, qui devaient être exécutées par la Compagnie d'Orléans, à la suite d'une convention entre cette Compagnie et l'Etat, que plusieurs députés trouvèrent trop onéreuse pour l'Etat. MM. Wilson et Laisant se signalèrent, dans ces discussions du mois de Mars, au nombre des adversaires des grandes Compagnies; MM. Léon Say et Christophle, ministres des Finances et des Travaux Publics, au nombre de leurs partisans. Par 231 voix contre 192 la Chambre se prononça pour une solution moyenne, dont l'idée et les termes lui furent suggérés par un membre de l'Extrême Gauche, M. Allain- Targé. Les lignes, qui cesseraient d'être exploitées par leurs anciens concessionnaires devaient être rachetées au prix réel, déduction faite des subventions primitivement accordées pour la construction. Toutes les lignes à grand trafic devaient être concentrées sous une même administration, pour empêcher une concurrence qui serait ruineuse pour le Trésor. L'Etat devait conserver son autorité sur les tarifs et le trafic ; il pouvait ordonner l'adjonction de lignes nouvelles au réseau d'une région et un septième grand réseau, de l'Ouest et du Sud-Ouest, exploité par l'Etat, devait être créé, si la Compagnie d'Orléans se refusait à traiter sur ces bases. En somme, deux points résultèrent de ces longs débats : le premier, qu'il serait peu sage de renoncer au système des grandes Compagnies fortement outillées et organisées ; le second, que l'Etat devait être mieux armé en face d'elles et
320 LES TROIS MINISTÈRES (12 Dec. 1876-13 Dec. 1877)
qu'il devait tenir plus rigoureusement la main à la stricte exécution du cahier des charges.
L'intérêt de ces questions, si graves pourtant, s'effaçait devant celui que provoquait la renaissance inattendue de la question religieuse. Ministre des Cultes, sous la Présidence de M. Thiers, M. Jules Simon, sans rien céder des droits de l'Etat, avait réussi àcontenir les hauts dignitaires de l'Eglise, que séduisait le charme cauteleux et enveloppant de sa conversation, parce que les prélats sentaient bien, qu'avec un Président comme M. Thiers, ils n'avaient rien à prétendre en dehors de ce que leur attribuait le Concordat. Ministre de l'Intérieur sans les Cultes, qui étaient rattachés à la Justice, depuis le 10 Mars 1876, M. Jules Simon avait certainement de plus fréquentes relations avec les évêques que son collègue le Garde des Sceaux. Il usait avec eux des mêmes moyens de séduction et M. Dupanloup aurait pu répéter alors le mot plaisant qu'on lui avait attribué : « M. Jules Simon, il sera cardinal avant moi I » M. Jules Simon pouvait peut-être devenir cardinal sous le « pontificat » de M. Thiers ; il ne le pouvait certainement plus sous celui du Maréchal de Mac- Mahon et, pendant son ministère, la lutte, de politique qu'elle était, devint subitement religieuse entre les Républicains et les Conservateurs. Des incidents de la politique extérieure en Italie et en Allemagne, qui eurent leur répercussion en France, une demande en autorisation de conférences présentée au ministre de l'Intérieur par l'ex-Père Hyacinthe, l'ardeur agressive des archevêques et évêques, les violences antireligieuses d'une partie de la presse radicale, tout se réunit pour mettre en présence la société laïque et le monde clérical, pour provoquer dans le Parlement une crise redoutable, dans le pays une agitation qui aurait pu amener une Révolution d'abord; ensuite la guerre.
Contenus, sous le ministère Dufaure, par la présence à la