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L ORDRE DU JOUR DES GAUCHES

les Gauches iront pleines de confiance au scrutin : elles ne craignent qu'une chose, c'est que la France ne s'irrite contre ceux qui la fatiguent et l'obsèdent, c'est qu'elle ne voie dans la dissolution la préface de la guerre.

Personne ne répondit à ce discours et 347 voix contre 149 adoptèrent l'ordre du jour des Gauches, rappelant que la prépondérance du pouvoir parlementaire, s'exerçant par la responsabilité ministérielle, est la première condition du gouvernement du pays par le pays, affirmant que la confiance de la majorité ne saurait être acquise qu'à un cabinet libre de son action et résolu h gouverner suivant les principes républicains, qui peuvent seuls garantir l'ordre et la prospérité au dedans, la paix au dehors.

L'ordre du jour de M. Devoucoux avait été voté par tous les ministres-députés, moins le duc Decazes. Celui-ci devait pourtant son siège de député de Paris à l'appui des Républicains (M. Chauffour s'était désisté en sa faveur), comme il devait la conservation de son portefeuille à l'appui personnel de M. Jules Simon, qui avait accepté la solidarité avec un collègue non choisi par lui.

Ce vote fut le dernier acte politique accompli sous le ministère du là Décembre. Le Cabinet du 12 Décembre avait continué la politique du Cabinet du 10 Mars, et son chef avait fait, à la nécessité de l'accord avec le Président de la République et avec la majorité sénatoriale, plus de sacrifices que M. Dufaure lui-même. Il pouvait les faire plus facilement, parce que le républicanisme de M. Jules Simon ne s'était jamais démenti, non plus que sa tolérante philosophie et la naturelle modération de ses opinions. M. Jules Simon était tout désigné, pour faciliter la transition, pour préparer l'avènement d'un Cabinet représentant, non plus le Centre Gauche, mais la Gauche républicaine, en respectant les préventions de la majorité du Sénat et les préjugés du Président

334 LES TROIS MINISTÈRES (12 Déc iS76-13 Dec. 1877)

de la République, tout eu donnant à la majorité de la Chambre les légitimes satisfactions qu'elle était en droit d'exiger. Remarquable orateur, causeur plein de charme, administrateur habile et fécond en ressources, M. Jules Simon avait encore affiné toutes ses qualités, au contact de M. Thiers, et il pouvait légitimement espérer que le Maréchal ne résisterait pas à sa séduction personnelle. Le Maréchal résista et n'accorda jamais à son second présisident du Conseil républicain, la conûance, tempérée de respect, qu'il avait accordée au premier. Le représentant de la République bourrue eut, beaucoup plus que le représentant de la République aimable, l'oreille du soldat, étranger aux finesses de la politique, qu'était le Maréchal de Mac-Mahon. La chute de M. Jules Simon, au 16 Mai, fut définitive : les Monarchistes lui en voulurent de l'insulte gratuite qu'ils lui avaient faite ; les Républicains lui gardèrent quelque rancune des concessions qu'il avait dû faire à leurs adversaires, pendant ces cinq mois d'un pouvoir si disputé. C'est dans l'opposition à une nouvelle tentative de rétablissement du pouvoir personnel, c'est dans le journalisme militant que M. Jules Simon devait retrouver la popularité ; c'est de là qu'il devait remonter, dans l'opinion, au faîte d'où son ministère l'avait fait descendre.

Dès le 17 Mai au soir, le Cabinet nouveau était constitué. Tous les journaux français et tous les journaux de l'étrailger, le public tout entier, en deçà et au delà des frontières, ayant affirmé que le 16 Mai était la revanche du 4 Mai et la réponse des Ultramontains à Tordre du jour de la Chambre, le Maréchal, pour effacer cette impression, fit déclarer par VAge7ice Havas qu'il avait la ferme intention de conserver la politique de paix avec toutes les puissances et de réprimer, avec la plus grande fermeté, les menées ultramontaines. En même temps, il adressait une lettre cordiale au duc Decazes, pour le

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