‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 108 sur 230 · LA PRESSE ET LE SEIZE MAI · texte numérisé non relu

LA PRESSE ET LE SEIZE MAI

En France, la presse républicaine, des Débats au Radical, manifesta sa réprobation avec la même unanimité que la presse étrangère. Dans la presse réactionnaire elle-même, l'approbation n'alla pas sans réserves. Les journaux légitimistes attendirent avant de se prononcer ; les journaux orléanistes protestèrent généralement contre l'idée d'un coup d'Etat, que les journaux bonapartistes, fidèles à la vieille tradition, prônaient au contraire avec un enthousiasme cynique. « Si la Chambre nouvelle, disait l'un, est républicaine, il n'y aura qu'à la flanquer à la porte. > Et encore : « Si le Maréchal, ayant contre lui tous les pouvoirs publics, disait : Ça m'est égal et je reste quand même, qui donc irait le déloger du pouvoir? Il pourrait, s'il le voulait, aux applaudissements de la vraie France, se passer de toute espèce de Chambre. » Un troisième, en Province celui-là, dira bientôt : « Les 363, réélus, s'inclineront de la meilleure volonté du monde devant le pouvoir, sinon le Maréchal les fera mitrailler sans pitié. » Le Soleil, organe du Centre Droit, dut rappeler les Bonapartistes à la pudeur et déclarer que € si, par impossible, le Maréchal appelait à son aide un coup de force, qui serait une violation de la loi, » les hommes du Centre Droit ne le suivraient plus. Le Soleil reconnaissait enfin que « l'acte patriotique du 16 Mai » avait surtout profité aux Bonapartistes et cette crainte du Bonapartisme était le commencement de la sagesse, mais d'une sagesse inerte, qui fut impuissante à modifier la direction générale de la politique du 16 Mai. Cette direction aurait dû appartenir au président du Conseil, membre du Centre Droit; elle resta en réalité aux mains du ministre de l'Intérieur, dans lequel les Bonapartistes avaient placé toutes leurs espérances.

Pour répondre aux critiques de la presse étrangère et calmer les alarmes manifestées par les journaux allemands et italiens, le Gouvernement expulsa don Carlos du territoire

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français et donna, par Torgane du duc Decazes, les assurances les plus paciGques à l'Allemagne et à Tltalie. Pour répondre aux critiques de la presse française républicaine, M. de Fourtou recourut à un moyen radical : il éluda Tarticle de la loi de 1875, qui défendait aux préfets Tinterdiction de vente sur la voie publique, et des journaux aussi modérés que les Débats ou le Petit Journal ne purent être mis en vente que dans les librairies payant patente. Les journaux ministériels, qui prêchaient ouvertement le renversement de la Constitution, ne furent Tobj et d'aucun avertissement, bien que le ministre de l'Intérieur, en recevant le personnel de ses bureaux, eût déclaré qu'il défendrait t Tordre sur le terrain de la Constitution». Cette déclaration méritait la même créance que celle du Maréchal affirmant, au Concours régional de Compiègne, que l'acte qu'il venait d'accomplir t assurerait à la fois la stabilité intérieure et la paix au dehors ».

Ces premiers jours de prorogation furent employés très activement, par MM. de Fourtou et de Broglie, à la préparation de la candidature officielle. £n neuf jours, du 20 au 29 Mai, s'accomplit presque entièrement le remaniement administratif, qui devait atteindre, pour le seul ministère de l'Intérieur, 217 fonctionnaires frappés de destitution*.

(l) Les adminislraleurs du Seize Mai. — Un seul exemple prouvera le soin avec lequel M. de Fourtou avait choisi ses préfets et sdus-préfels.

M. de la Brière. ancien zouave pontidcal, avait été nommé sous-préfet de liaillac; au mois de Décembre 1877, il adressa sa démission, en ces termes, au Président de la Uépublique :

« Monsieur le Maréchal,

« le prie Votre Excellence d'agréer ma démission des fonctions qu'elle a daigné me confier.

- Uecevez, Monsieur le Blaréchal, l'expression des sentiments dus à un Maréchal de France. qui manque à la foi jurée.

« LÉON DE LA Brière. •

Traduit devant le Tribunal de Toulouse, comme ayant manqué de respect au Chef de l'État, M. de la Brière fut condamné à 1000 francs d'umende. Quinze jours après l'envoi de sa lettre, il avait élé révoqué

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