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LES CHANGEMENTS ADMINISTRATIFS

Le premier décret, celui du 20 Mai, portait sur 62 préfets dont 38 étaient révoqués : les décrets des 21, 28 et 29 Mai complétaient le bouleversement de l'administration départementale et substituaient au personnel républicain, si timidement choisi par MM. Ricard, de Marcère et Jules Simon, un personnel hardiment bonapartiste, recruté parmi les victimes des deux précédents ministères, ou même parmi les épaves de TEmpire, que Tordre moral avait laissées de côté. Tous ces nouveaux administrateurs, en prenant possession de leur poste, firent des déclarations assez insignifiantes, où ils se maintenaient sur le terrain banal de la conservation sociale. Quelques-uns même, en recevant des municipalités notoirement républicaines, affirmèrent leur respect de la Constitution, respect aussi sincère que celui du Maréchal et de ses ministres.

M. de Broglie, dans sa circulaire du 29 Mai aux procureurs généraux, leur avait adressé des instructions, où il avait insisté, théoriquement, sur le maintien des lois constitutionnelles; dans la pratique, il avait frappé les magistrats dévoués à la République et révoqué le procureur général de Besançon, M. Serre, qui s'était associé au blâme infligé par le précédent Garde des Sceaux à Tavocat général Bailleul.

par décret. Il télégraphia, en ces termes, au ministre de Tlntérieur : « Merci, citoyen ministre, d'avoir enHn compris que les gens comme moi ne servent pas des gens comme vous. »

M. de la Brière Tut condamné encore, par défaut, à quinze jours de prison, pour pression électorale ; mais la Cour de Toulouse cassa le jugement sur appel. La cour de Toulouse eut raison ; le vrai coupable o*était pas M. de la Brière qui, après tout, s'acquittait de la besogne qui lui avait été prescrite, mais son chef, le ministre de l^ntérieur. Celui-ci, saisi de tardifs remords, lors du procès qui lui fut intenté par M. Ménier, rejeta par la bouche de son avocat, M* Bousse, toute la responsabilité sur des subalternes trop zélés. Ce désaveu suspect 8*appliquait aur rédacteurs du Bulletin des Communes, qui avaient certainement agi par les ordres de M. de Fourtou, aussi bien que le sous-préfet de Gaillac ou le sous-préfet d*Apt, M. Montagne, donnant aux maires, le 14 Octobre, Tordre « de faire sauter les paquets » de bulletins de vole et affirmant que « cela se faisait partout >, le salut de la société y étant intéressé.

342 LES TROIS MINISTÈRES (12 Déc 1876-13 Dec. 1877)

Ces révocations, qui ne pouvaient porter que sur les magistrats amovibles du parquet, furent rares, M. Martel et M. Dufaure n'ayant confié le ministère public qu'à des hommes d'opinions très modérées et très rarement à des Républicains. La tâche de M. de BrogIie,*qui était entré sans enthousiasme et sans illusions dans l'aventure du 16 Mai, était d'ailleurs bien difTérente de celle de M. de Fourtou. Son action devait principalement s'exercer dans les salons, dans les académies et dans les coulisses parlementaires, tant que les Chambres siégeaient encore. Dans les salons, il rencontrait des partisans de l'une des trois Monarchies, unanimes à approuver t Tacte patriotique >, mais divisés sur les conséquences à en tirer. À l'Académie française, il ne réussissait pas à faire préférer le duc d'AudifTret-Pasquier au vaudevilliste Sardou : le mouvement de protestation contre t l'acte patriotique » s'accentuait dans les milieux les plus modérés, et M. Sardou, bien que Bonapartiste de tendances et de regrets, l'emportait sur le président du Sénat, auquel on reprochait justement de n'avoir pas usé de son influence sur le Maréchal, pour l'arrêter dans la voie où il s'était si imprudemment engagé. Au Sénat, où il fallait s'assurer une majorité dissolu tionniste, M. de Broglie fut plus heureux : il n'eut pas besoin d'agir sur les prétendus Constitutionnels, dont le vote était acquis d'avance à toute mesure de réaction et, fait incroyable, à celle qui devait être la plus funeste à la Constitution. Ces modérés, ces hommes de Gouvernement, ces Conservateurs approuvaient un acte révolutionnaire entre tous. Y avait-il, en effet, rien de plus révolutionnaire qu'un Chef d'Etat constitutionnel, descendant des hauteurs de l'irresponsabilité, renonçant à Gouverner avec la majorité, s'unissani aux ennemis déclarés de la Constitution et mêlant la religion à la politique? L'adhésion des Légitimistes, qui avaient abandonné le duc de Broglie en Novembre 1873, en

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