‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 110 sur 230 · LE RETOUR DES CHAMBRES · texte numérisé non relu

LE RETOUR DES CHAMBRES

Mai 1874 et en Décembre 1875 était moins certaine. Ils finirent par promettre leur concours, à la double condition que le Maréchal quitterait le pouvoir en 1880, pour faire place au comte de Chambord, et que les Légitimistes bénéficieraient, dans une large proportion, de la distribution des candidatures officielles. Les engagements pris envers eux ne devaient pas être plus tenus que ceux que l'on avait pris envers les Constitutionnels, qui avaient fait toutes leurs réserves au sujet de Talliance avec les Bonapartistes. Ces négociations étaient heureusement terminées, les dupes volontaires ou involontaires étaient prêtes h voter la dissolution < la mort dans Tâme », quand la prorogation prit fin, au milieu du mois de Juin. Le 16, le Sénat et la Chambre rentraient en séance, après avoir assisté, du 16 Mai au 16 Juin, à la répétition générale de la pièce qui allait se jouer après dissolution. L'esquisse donnait une faible idée du tableau définitif, qui ne pouvait être achevé que loin du contrôle importun des sénateurs, pourtant si dociles, et des députés, ingouvernables.

C'est le duc de Broglie qui donna connaissance au Sénat, le 16 Juin, du Message Présidentiel. Le Message justifiait le 16 Mai, en prétendant qu'aucun ministère n'avaitpuse maintenir, en face de la Chambre, sans rechercher l'alliance et sans subir les conditions du parti radical. L'apaisement attendu de la prorogation ne s'est pas produit et plus de 300 députés ont protesté contre l'usage que le Maréchal a fait de son droit constitutionnel. Dans ces conditions, une prompte dissolution s'impose et le Maréchal s'adressera avec confiance à la nation, qui veut, comme lui, maintenir intactes les institutions, qui ne veut pas plus que lui que ces institutions soient dénaturées par l'action du Radicalisme, qui ne veut pas plus que lui que tout se trouve prêt d'avance, en 1880, pour la désorganisation de toutes les forces morales et matérielles

344 LES TROIS MINISTÈRES (12 Déc 1876-13 Déc 1877)

du pays, t Le France, j'en suis sûr, disait le Maréchal, choisira pour ses mandataires ceux qui promettront de me seconder. » En résumé, le Message procédait par affirmations sans preuves, faisait un procès de tendances à la majorité républicaine et annonçait Tapplication de la candidature officielle. Il avait été interrompu à chaque ligne, à chaque mot, à chaque émission d'une nouvelle contre-vérité, par les interruptions et les protestations de la Gauche. Jamais la paisible atmosphère de la Haute Assemblée n'avait été aussi agitée. Les Républicains, sept ans après la chute de TEmpire, se retrouvaient, avec une sorte de stupeur indignée, en face du Gouvernement personnel, restauré par un soldat auquel la France avait prodigué les trésors de son indulgente pitié pour Reichshoffen et pour Sedan, mais qui ne lui pardonnerait pas de la rejeter dans la guerre civile.

La communication de M. de Broglie, relative à la demande de dissolution, fut renvoyée aux bureaux, qui nommèrent six commissaires favorables contre trois hostiles et, le 20 Juin, M. Depeyre déposa son rapport, concluant à la dissolution de la Chambre des députés. A la demande du duc de Broglie Turgence fut déclarée et la discussion fixée au lendemain, î2t Juin. Elle dura deux jours. Victor Hugo, qui prit le premier la parole, prononça un discours plus imaginé que concluant, où il affirma que le passé ne prévaudrait pas, que la justice est plus forte que la force, que tout le Moyen Age, condensé dans le SyllabuSy n'aurait pas raison de Voltaire, que toute la Monarchie, fut-elle triple et eût-elle, comme l'hydre, trois têtes, n'aurait pas raison de la République,

M. Jules Simon ramena la question sur le terrain politique et pratique et adressa une décisive réponse, cette fois, à l'auteur de la lettre du 16 Mai. H prouva que le vrai grief du Maréchal contre le ministère du 12 Décembre, c'était l'acceptation parce ministère de Tordre du jour du 4 Mai, et il répéta.

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