JULES SIMON AU SÉNAT
plus énergiquement qu'il ne l'avait fait à la Chambre, que personne n'était plus résolu que lui à s'opposer de toutes ses forces à rempiètement d'une religion, soit sur les doctrines philosophiques, soit sur le domaine civil de l'Etat. M. Jules Simon rappela ensuite sommairement ce qu'il avait obtenu de la Chambre des députés : le crédit des aumôniers, l'indemnité d'entrée en campagne, l'indemnité pour les chapitres de Saint-Denis et de Sainte-Geneviève et démontra qu'il n'avait pu obtenir ces concessions que parce qu'il était Républicain, parce qu'il représentait la Gauche républicaine. Le Président de la République ne l'ignorait pas et pourtant il ne fit jamais d'observations à ses ministres, sauf le jour où on lui proposa la révocation de 8 préfets : après une timide objection, il passa condamnation. S'il a renvoyé son ministère, c'est parce que ce ministère était parlementaire et parce qu'il s'appuyait sur une Chambre également dévouée au régime parlementaire. Cette Chambre, on va la dissoudre et essayer de la remplacer par une Assemblée plus docile, en pratiquant la candidature officielle. Si tel n'était pas le but que l'on se proposait, irait-on chercher dans l'administration impériale, les préfets les plus compromis, les plus signalés par leurs violations des lois électorales? Non, on ne fait pas à la France un appel loyal. On veut avoir des complaisants, qui seront, en 1880, les juges du Président de la République, candidat à une nouvelle Présidence. M. Jules Simon termina par une saisissante comparaison entre les ministres du 16 Mai, qui se réclamaient de 1789, et leurs adversaires, que ces ministres accusaient de se réclamer de 1793. Le rejet de l'amnistie, du divorce, de l'impôt sur le revenu, le respect de la Constitution, est-ce que cela « sonne 1793? ». Quant h 1789, pour s'en réclamer, il faut avoir une doctrine : or les ministres n'ont pas de doctrine. 11 ne leur est pas possible de dire quels sont leurs
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principes, parce que, s'ils émettaient un principe, les deux tiers de leurs alliés le contesteraient. < La République, disait M. Jules Simon, est plus forte que ces intrigues d'antichambre, qui viennent de donner à la France, pour quelques mois, un Gouvernement : elle est fondée dans notre pays, parce que les Républicains ont su être sages. Elle existe, nous l'avons. Rien ne prévaudra contre elle. Soyons unis, nous n'avons besoin <jue de cela. Union et sagesse, et la République est sauvée. » Après ce magistral discours, qui marqua le point culminant du débat, le Président du Conseil prit la parole, non pas pour répondre h M. Jules Simon, la tâche eût été par trop lourde, mais pour affirmer que le Maréchal n'avait rien fait de contraire à la lettre ni à l'esprit de la Constitution; puis il donna une définition de ce qu'il appelait l'esprit radical, et il représenta M. Gambetta comme le vrai chef de la majorité, auquel le Président de la République ne pouvait, étant donné sou passé et sa responsabilité morale, confier la présidence du Conseil. Le duc de Broglie faisait du 16 Mai un duel entre le Maréchal et le Dictateur de Bordeaux, entre le Président de la République et l'Orateur de Belleville, et il manifestait le ferme espoir que le pays se prononcerait pour le Maréchal. Sans relever le peu de convenance qu'il y avait à attaquer personnellement le membre d'une autre Assemblée, on pouvait objecter au duc de Broglie que c'était un singulier parlementarisme que celui qui consistait à aller, dans le choix des ministres, jusqu'à un homme déterminé, en s'arré tant juste à lui, et une singulière façon de respecter l'article de la Constitution sur l'irresponsabilité Présidentielle, que de faire constamment intervenir le Maréchal, que d'attribuer c l'acte patriotique » à ses répugnances à devenir l'allié politique de M. Gambetta.
Le duc de Broglie avait oublié bien des choses, depuis le 24 Mai 1873, et surtout les choses les plus récentes, comme il