‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 112 sur 230 · RÉPONSE DU DUC DE BRÛGLIB · texte numérisé non relu

RÉPONSE DU DUC DE BRÛGLIB

arrive dans les maladies de la mémoire. N'était-ce pas lui qui, dans son rapport du mois de Février 1873, sur la loi des Trente, appelait la responsabilité ministérielle « la première des libertés nécessaires d*un pays »? Ce principe était bon à opposer à M. Thiers; sous le Maréchal, on avait respecté la responsabilité et aussi l'indépendance ministérielle de M. Dufaure et celle de M. Jules Simon, en guettant à l'Elysée, comme des chasseurs à TaiTût, qui attendent que le gibier s'offre à leurs coups, en s'embusquant derrière le Maréchal, et l'on venait, le coup porté, parler de la loyauté du chef de l'État qui ne lui permettait pas d'aller plus loin que M. Jules Simon. Mais il n'avait même pas été jusqu'à M. Dufaure, jusqu'à M. Jules Simon, en toute sincérité, en toute confiance I Il était resté l'homme de ses électeurs du 24 Mai, après comme avant le vote des lois constitutionnelles, avec cette différence qu'au Iti Mai il violait manifestement l'esprit, sinon la lettre des lois existantes. Le duc de Broglie justifiait cette violation, en présentant comme un épouvantail le chef reconnu de la majorité, le premier citoyen de France, le grand Français qui avait derrière lui tout un Peuple. N'existait-il donc pas un autre moyen de mettre d'accord ses sentiments personnels et le respect des lois ? Nous avons vu depuis, un autre Président de la République, qui ne se larguait pas chaque jour de sa loyauté : mis en demeure de faire appel à un ministre radical, il a donné sa démission, simplement, dignement, sans imposer à la France une crise de six mois, sans mettre en péril la Constitution et les libertés publiques. En somme, le duc de Broglie avait présenté la justification telle quelle d'une politique agressive et brutale, d'un acte imprudent qu'il n'avait pas conseillé, ni peut-être même approuvé, pour une raison d'opportunité, mais dont il était, au fond, l'inspirateur et dont il devait, volens nolens, endosser la responsabilité- ministérielle. M. Berenger répondit au duc

348 LES TROIS MINISTÈRES (12 Déc 1876-13 Déc. 1877)

de Broglie qu'il ne s'agissait pas des intentions latentes du parti républicain, mais de la question de République ou de Monarchie, les Monarchistes qui étaient en minorité voulant s'assurer la majorité dans le futur Congrès, et tout d'abord faire eux-mêmes les élections municipales et départementales, préparatoires des élections législatives, et jouer leur va-tout. C'était l'évidence même. Le Sénat, dont les Monarchistes avaient voulu faire la forteresse de la résistance , le Sénat devait être renouvelé dans quelques mois ; si les Monarchistes qui y avaient une petite majorité ne faisaient pas les élections départementales et les élections municipales, la majorité se changeait en minorité, laforteresse succombait et avec elle le Maréchal. C'est pour cela que l'on s'était tant pressé à l'Elysée et sans attendre que la Chambre fournît un sérieux prétexte. Le sénateur de la Drôme retraça ensuite l'œuvre de la Chambre du 20 Février; il rappela qu'elle avait écarté la liberté absolue de la presse, la liberté de réunion, la liberté d'association, la séparation de l'Église et de l'État, la suppression du budget des Cultes, l'instruction laïque, gratuite et obligatoire, l'élection de tous les fonctionnaires, celle des maures des chefs-lieux de canton. Qualifier cette Chambre de radicale, c'était la calomnier. « Votre politique, disait l'orateur le plus modéré du Centre Gauche, n'a eu qu'un résultat : apaiser les violents, surexciter les modérés et il rappelait heureusement le mot de Royer-Collard : « Quand on persécute les gens pour les opinions qu'ils n'ont pas, on les leur donne. » Mais, à quoi bon rappeler Royer-Collard à des ministres qui n'avaient qu'un modèle, M. Fialin de Persigny? Le 16 Mai avait trouvé moyen de réunir contre lui tout ce que la France coknptait de plus illustre et de plus honorable dans la nation, toute la portion de la bourgeoisie laborieuse que ruitramontanisme n'avait pas absorbée, le peuple des villes et même la majorité des paysans

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