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LES BONAPARTISTES ET LE SBIZE MAI

A la séance du 32 Juin, M. Bertauld posait au Cabinet une série de questions embarrassantes : « Mettrait-il tout ou partie de la France en état de siège ? Dans quelle mesure soutiendrait-il les candidats agréables ? Dans quelle mesure permettrait-il la circulation des journaux? » Le conseiller à la Cour de Paris, que le 16 Mai avait transformé en Grand Maître de TUniversité, répondit à M. Bérenger. Autant M. de Broglic, représentant du Centre Droit, s'était montré correct, autant M. Brunet, représentant du Bonapartisme, se montra provoquant. Deux fois le duc d'Audiffret-Pasquier dut le rappeler au respect du Sénat, des convenances parlementaires, de la vérité et MM. Jules Simon et Martel, que le ministre de rinstruction Publique avait mis en cause, protestèrent avec indignation et complétèrent les deux leçons très méritées que le président du Sénat avait données au ministre. Trop oublieux et trop indulgents, les Républicains, revenus au pouvoir, laissèrent son siège de Conseiller à ce magistrat, approbateur des Commissions mixtes, que M. Le Pelletier avait remis en fonctions.

L'intervention de M. Brunet aurait compromis la victoire du Cabinet, si celte victoire n'avait été gagnée d'avance. Les discours n'y pouvaient rien et les prophétiques paroles de M. Laboulaye furent impuissantes à ouvrir les yeux de la majorité : t Défendre un Gouvernement sans que ce Gouvernement ait un nom, dit-il, sans que ce Gouvernement représente une idée commune, sans qu'il soit la personnification de la patrie ; défendre un Gouvernement quand il ne représente que des espérances diverses, c'est une chimère. > C'est ce Gouvernement sans nom, sans idées, sans lendemain que le Cabinet de Broglie-de Fourlou allait opposer à la République ; il allait faire plébisciter ce Gouvernement et la République et placer le Maréchal entre une humiliation et une abdication. Le Cabinet allait même faire plus que ne le

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prévoyait M. Laboulaye : il allait imposer h la fois au Maréchal rhumiliation et TabdicatioD. La Droite, par 149 voix contre 130, approuva cette politique d'aventure : 3 constitutionnels seulement refusèrent de s'y associer, MM. d'Audiffret-Pasquier, Wallon et d'Andlau. Votée le 22 Juin, décrétée le 2S, la dissolution nécessitait des élections dans le délai maximum de trois mois : elles eurent lieu le 14 et le 28 Octobre. Nous verrons, par quelle entorse donnée au texte et à Tesprit de la loi, le Cabinet étendit le trimestre qui lui était accordé.

Le 16 Juin, en même temps que le duc de Broglie lisait le Message au Sénat, M. de Fourtou faisait h la Chambre des députés une Déclaration à peu près identique au Message. Il dit, comme le duc de Broglie, qu'aucune majorité n'était possible, dans la Chambre, sans l'appui du parti radical; que le Président de la République aurait préféré ne recourir à la dissolution qu'après le vote du budget, mais que le Manifeste des Gauches avait répandu dans le pays une agitation à laquelle il convenait de mettre un terme ; en conséquence, le Gouvernement se bornerait, avant la dissolution, à demander le vote de quelques lois urgentes, touchant à des intérêts graves.

Après cette communication, l'ordre du jour appelait la discussion de rint*erpellation déposée parles Gauches, le 18 Mai. Pendant trois jours cette discussion se poursuivit au milieu des violences systématiques de la Droite, des outrages d'un groupe de Bonapartistes qui semblaient avoir fait la gageure de déconsidérer le régime parlementaire, en remplaçant les arguments par des accès d'épilepsie et les raisons par le « boucan ». M. Bethmont, qui prit le premier la parole, rappela que le 24 Mai avait été suivi d'une tentative de restauration monarchique, à laquelle avaient assisté impassibles les mêmes ministres qui avaient déclaré que rien ne serait changé aux

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