M. DE FOURTOU ET LE LIBÉRATEUR
institutions existantes. Ces ministres, le 16 Mai les avait ressuscites et le cléricalisme avait coalisé Orléanistes, Légitimistes et Bonapartistes dans une nouvelle entreprise contre la République.
« Nous n'avons pas votre confiance, vous n'avea pas la nôtre, répliqua audacieusement M. de Fourtou. » Et il fit le procès personnel de M. Gambetta, cita sa profession de foi de 1869 et Taccusa de vouloir, en 1877 comme en 1869, supprimer les armées permanentes et désorganiser le pays. Heureusement Tacte t réparateur > du 16 Mai était intervenu, pour empêcher rabaissement irrémédiable de la patrie française et aussi Tavènement légal du Radicalisme dans la personne de M. Gambetta.
M. de Fourtou eut, dans le cours de ses explications, une inspiration malheureuse : il rappelait que TAssemblée de 1871 avait été la pacificatrice, la libératrice du territoire. A ces mots 360 députés se lèvent, tendent les bras vers M. Thiers assis à son banc, le proclament le vrai Libérateur du territoire et, pendant plusieurs minutes, le saluent d'applaudissements frénétiques etd*acclamations prolongées. La gravure a rendu populaire Tovation que M. de Fourtou a procurée, bien involontairement, au grand citoyen. L'histoire de France par l'image n'offrira pas beaucoup de scènes aussi émouvantes.
La première séance fut terminée par un admirable discours de M. Gambetta, où il fit, avec une clairvoyance impitoyable, l'analyse des éléments disparates qui composaient la coalition monarchique, où il reprocha aux membres du Cabinet de se cacher derrière Tépée du Maréchal , d'essayerde troubler son esprit et de lui faire croire qu'il allait sauver l'ordre et la Constitution. Toute la fin du discours fut consacrée à un exposé de l'œuvre accomplie parla Chambre de 1876' et
(1) Voir Appendice XII'.
Soi LES TROIS MINISTÈRES (12 Déc 1876-13 Dec 1877)
ce fut une magniOque oraison funèbre de TAssemblée qui allait mourir de mort violente. Prévoyant Tintervention du duc Decazes, « Républicain très ferme, au point de vue des électeurs parisiens, » M. Gambetta dit qu'il n'avait pas le privilège < de la pudicité patriotique » et détruisit, par avance, l^efTet que le ministre des Affaires Étrangères comptait produire, en énumérant les attestations officielles du bon accueil fait par les puissances au 16 Mai. G*està la déclaration, faite par nos ambassadeurs, que le 16 Mai ne changerait rien à notre politique extérieure et non pas au 16 Mai lui-même que les puissances avaient fait bon accueil : Peuples et Souverains Pavaient unanimement réprouvé ; il n'avait pas trouvé un apologiste à l'étranger
M. Paris répondit à M. Gambetta, tenta de démontrer que la gène des affaires n'était pas imputable au 16 Mai et répéta, contre l'évidence, que ni M. Dufaure ni M. Jules Simon n'avaient eu de majorité dans la Ghambre. M. Jules Ferry, après s'être demandé si la France était sous Tépée d'un Maréchal de France ou sous le régime des lois, affirma que tout était facile avec la Gonstitution de 1873, si, des deux côtés, on l'eût pratiquée loyalement; il prouva l'inanité de tous les griefs formulés contre la majorité et il résuma fort heureusement le coup d'État parlementaire du 16 Mai en disant que, ce jour-là, le Gouvernement occulte était devenu le Gouvernement officiel. Après avoir énuméré tous les abus de pouvoir déjà commis par les agents du 16 Mai, il rappela qu'il y avait des responsabilités civiles et correctionnelles et que, ces responsabilités, la Gauche saurait les appliquer sans faiblesse.
La troisième journée, celle du 19 Juin, fut remplie par les discours de MM. Louis Blanc et Léon Renault. L'intervention de Torateur de l'Extrême Gauche et de l'ancien préfet de police du £4 Mai fit ressortir rintimilé de l'union entre tous