LES BONAPARTISTES A LA CHAMBRE
les groupes libéraux. MM. Louis Blaac et Léon Renault ne parlèrent pas autrement que MM. Gambetta et Jules Ferry et Tordre du jour de blâme, après une dernière intervention de M. Gambetta, fut adopté par 363 voix contre 158, sans qu'un membre de la Droite eut pris la parole pour approuver une politique dont on voulait bien être le bénéQciaire, mais dont on ne voulait pas se faire Tapologiste. On avait vu, dans ces trois journées parlementaires des 16, 18 et 10 Juin, la discussion s'élever à des hauteurs inconnues ; les députés de la Gauche lui avaient donné un intérêt croissant et il semblait toujours que celui qui avait parlé le dernier avait le mieux parlé. Gambetta, Jules Ferry, Louis Blanc, Léon Renault, tous dépassèrent Tattente de leurs amis, de leurs admirateurs et confirmèrent ou établirent solidement leur réputation d'orateurs éloquents et de redoutables polémistes.
Dans son avant-dernière séance la Chambre vota, sur la demande du ministre de la Guerre, les 205 millions du compte de liquidation pour 1877 : c'était sa façon de désorganiser nos institutions militaires. Mais, sur le rapport de M. Cochery, elle refusa le vote immédiat des contributions directes, dont la répartition devait être faite par les Conseils généraux, dans leur session d'Août, pour ne pas fournir au Cabinet le moyen de retarder les élections. La précaution n'était pas inutile.
Le 25 Juin, h l'ouverture de la séance, M. Grévy s'exprimait ainsi : « Je veux remercier une dernière fois la Chambre du grand honneur qu'elle m'a fait et de la bienveillance qu'elle m'a témoignée. Le pays, devant lequel elle va retourner, lui dira bientôt que, dans sa trop courte carrière, elle n'a pas cessé un seul jour de bien mériter de la France et de la République. > Dès que les applaudissements qui accueillent ces paroles ont cessé, le président lit le décret de dissolution et se retire pendant qu'éclatent à Gauche les cris de : « Vive Edg. Zevort. — Troisième République. ii. — 23
354 LES TROIS MINISTÈRES (12 Déc ISTttlS Déc. 1877)
la République! Vive la Paix!, » à Droite ceux de : « Vive la France ! Vive le Maréchal ! »
Un petit incident montrera bien à quels moyens, tour à iour violents et puérils, avaient recours les ministres du 16 Mai, pour agir sur Tesprit public. Comme la Chambre qui se séparait le 2o Juin ne devait plus revenir, il n*y avait aucun danger à falsiOer le procès-verbal de sa dernière séance. Les cris de : « Vive la République * » qui avaient accueilli les paroles de M. Grévy, disparurent du compte rendu officiel. Cette inQdélité de reproduction fut une des nombreuses manières dont le Cabinet témoigna de son respect pour les institutions existantes.
La Chambre de 1876 avait cessé d'exister. Les orateurs de la Gauche lui avaient rendu pleine justice. Notre pays, depuis 1848, n'en a pas connu de plus républicaine ni de plus honnête. La Chambre élue en 4877, celles de 1881, 1885, 1889 et 1893 ne l'ont pas fait oublier. Un seul témoignage lui a manqué, celui d'un écrivain qui a su pourtant rendre justice aux Républicains, dans d'autres circonstances, et au plus calomnié d'entre eux, à M. Gambetta. Dans les remarquables articles politiques de J.-J. Weiss, que l'ona réunis sous le titre de Combat Constitutionnel {[i&S'i8S6y^ le seul qui dépare la collection est celui qui est consacré k la Chambre de 1876. L'auteur reproche à cette Assemblée de courir elle-même au-devant de la crise, d'accentuer le conflit, de traiter la République française comme si elle n'était que la République de la place Saint-Georges, de tuer les Cabinets avec des ordres du jour qu'elle leur donne à dévorer, d'inquiéter le clergé, de blesser la magistrature, de confondre la République avec la Monarchie. Les griefs du ministère de Broglie-de Fourtou contre la Chambre de 1876 se retrouvent tous, sous la plume
1 Un volume in-lS, Paris, Gliarpenlier, 1893.