‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 118 sur 230 · LES FUNÉRAILLES DR M. THIERS · texte numérisé non relu

LES FUNÉRAILLES DR M. THIERS

railles dont parle le poète. MM. Grévy, Pothuau, de Sacy, Vuitry et Jules Simon saluèrent dignement son cercueil; mais le véritable hommage lui fut rendu par le million de Parisiens, inquiets de l'avenir, qui suivirent silencieusement sa dépouille jusqu'au Père-Lachaise. Le recueillement du cortège, celui de la foule qui se pressait respectueusement sur son passage, firent une profonde impression. Le lendemain, Tune des feuilles de la coalition, V Assemblée nationale, protestait contre ce qu'elle appelait une émeute muette et une insurrection silencieuse.

Quinze jours après cette singulière insurrection, la période électorale était ouverte et, le 27 Septembre, paraissait la profession de foi de M. Thiers, revue par M. Mignet. Ce document, qui est un véritable testament politique, figure à la suite des discours du grand orateur, dans la collection recueillie par M. Calmon. Il était trop développé pour avoir une grande influence sur les électeurs, que Ton ne prend, que l'on n'empoigne que par ces mots à l'emporte-pièce dont M. Gambelta, avait le secret. L'exemple de Thiers, ancien Monarchiste converti à la République, la correction de son attitude Présidentielle, son étroite alliance avec les Gauches et avec M. Gambetta firent plus que son dernier Manifeste pour le succès des 363 ^

Jamais Paris ne reverra l'imposant spectacle du 8 Septembre 1877. A six ans de là, le 8 Janvier 1883, les funérailles de Gambetta n'offrirent rien de pareil à celles de Thiers. La foule immense qui se pressait le long du cortège, cette foule si mobile et si capricieuse, semblait comme saisie d'une morne stupeur; on ne fumait pas, on ne causait pas. De temps en temps, au passage d'un représentant populaire ou d'une députation d'Alsaciens- Lorrains, un inimènse cri de

(I) Appendice XIV. Extrait» du manifeste postîmme de Thiers.

366 LES TROIS MINISTÈRES (12 Dec. 1876-13 Déc. 1877)

c Vive la République! » sortait de son sein, un de des cris profonds et retentissants, que les Parisiens ne poussent avec cette intensité et cet éclat, que lorsqu'ils le poussent contre quelqu'un. Puis le sHencese refaisait morne, lugubre, imposant et toutes les tètes se découvraient devant la dépouille mortelle du grand Français, et dans tous les yeux se lisaient Tanxiété du lendemain, rineertitude sur Tavenir de la patrie. Aucune manifestation n'eut an caractère plus spontané, aucune n*a fait une plus profonde impression ni laissé un souvenir plus durable, non seulement chez les intellectuels, mais dans les âmes instinctives, chez ces ouvriers, chez ces prolétaires auxquels on avait toujours représenté le défunt comme leur ennemi naturel et qui, reconnaissant enfin qu'on les avait trompés, que c'était un des leurs qui s'en allait, lui adressaient un salut respectueusement ému. Plus profonde était la douleur des patriotes et plus grands les regrets mêlés d'une vague inquiétude des représentants de la haute bourgeoisie; les uns pleuraient le Libérateur ; les autres le Chef incomparable qui les avait réconciliés avec la Démocratie et qui ne laissait peut-être pas d'héritier capable de tenir, avec le même succès, ce rôle de conciliateur entre l'élite de la société française et les masses profondes aspirant au partage du pouvoir, des honneurs, du bien-être. Personne, dans le million d'hommes qui ûgurait à ces inoubliables obsèques, ne pensait que le bouillant jeune homme que l'on appelait, avec une ironie familière, le Dauphin de M. Thiers, et qui devait lui survivre si peu, dût être son continuateur et, après lui, le vrai fondateur de la République. Lui-même, se rendait-il compte de sa mission et croyait-il que ce rôle lui fût réservé ?

La période électorale s'était ouverte le 22 Septembre : un Gouvernement effaré et 490 candidats ofHciels se trouvaient, à ce moment, en présence d'un nombre un peu supérieur de

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