‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 119 sur 230 · LES MANIFESTES DU MARÉCHAL · texte numérisé non relu

LES MANIFESTES DU MARÉCHAL

candidats républicains et d'une nation énigmatique, comme toujours, à la veille d'une grande consultation électorale. Les affiches blanches des candidats officiels couvrirent immédiatement la plupart des circonscriptions où le Gouvernement du 16 Mai soutenait la lutte. Seuls les anciens députés de la Droite, qui n'avaient pas de concurrent de Gauche, ou qui étaient sûrs de leur réélection, renoncèrent au patronage administratif et afi'rontërent la lutte sans l'appui apparent des préfets ou sous-préfets, mais avec le secours très efficace du clergé et de tous ceux qui dépendaient du Gouvernement, à un titre quelconque, c Mon Gouvernement, avait dit le Maréchal, dans un Manifeste du 19 Septembre, où Taccent personnel, où le ton du commandement étaient poussés jusqu'à la rigueur soldatesque, vous désignera, parmi les candidats, ceux qui seuls pourront s'autoriser de mon nom, » entrant ainsi personnellement dans la lutte, et se condamnant, comme on le lui avait annoncé, à une humiliante soumission si les candidats, < qui pouvaient s'autoriser de son nom, > n'avaient pas la majorité. Cette faute, qui fut sévèrement jugée par la presse étrangère, fut renouvelée le 12 Octobre, dans un second Manifeste, qui parut presque à la veille des élections, pour rendre toute réfutation impossible, et qui procédait par affirmations aussi tranchantes qu'inexactes ou par invitations aux électeurs de voter pour les candidats recommandés : « Non, la Constitution républicaine n'est pas en péril. » — c Non, le Gouvernement n'obéit pas à de prétendues influences cléricales. » — c La lutte est entre Tordre et le désordre. » — « Vous voterez pour les candidats que je recommande. »

On a remarqué, non sans raison, que jamais Charles X, l'héritier d'une longue suite de rois et le représentant du droit divin, que jamais Louis-Napoléon Bonaparte, l'héritier du plus grand homme des temps modernes et le représentant

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du droit populaire, n'avaient tenu un langage aussi comminatoire que le Maréchal, instrument d'une coterie, descendant d'une famille irlandaise, qui ne représentait que les rancunes de toutes les réactions, que les prétentions de rUItramontanisme. Le Maréchal avait retourné la formule de Gambetta et déclaré à la France qu'elle devait se soumettre ou se démettre.

Les réunions publiques électorales ne furent marquées par aucun incident digne de mémoire : elles furent calmes, malgré la vivacité de la lutte engagée, la gravité de la question posée et l'intérêt manifeste qu'aurait eu le Gouvernement à réprimer brutalement des désordres matériels : c'est l'évidence même de cet intérêt qui fit de tous les Républicains des gardiens zélés de l'ordre public.

La situation électorale était la suivante, le 13 Octobre au soir : il y avait 531 sièges à pourvoir sur le continent ; le Gouvernement avait donné son investiture à 490 candidats, qui se répartissaient ainsi : 240 Bonapartistes, 125 Monarchistes incolores, 98 Légitimistes et 27 Orléanistes ; dans 41 circonscriptions les candidats officiels faisaient défaut. Les Gauches avaient décidé en principe que les 363 seraient soutenus dans toutes les circonscriptions où ils se représenteraient ; partout où ils renonçaient à la lutte, une autre candidature, unique, était proposée au choix des électeurs. Au contraire, dans toutes les circonscriptions représentées dans l'ancienne Assemblée par des députés de Droite, les Gauches avaient admis le principe des candidatures multiples, mais avec l'expresse réserve qu'au second tour tous les candidats républicains s'effaceraient devant le plus favorisé d'entre eux.

Les Gauches allaient donc au scrutin uninominal, comme on va au scrutin de liste, avec une liste unique, pour ainsi dire, comptant 363 noms, dans autant de circonscriptions où

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