LES ÉLECTIONS DU 14 OCTOBRE
le succès était probable; avec un ou deux candidats dans celles où le succès paraissait douteux. Elles y allaient aussi avec des chances, plus grandes qu'elles ne le croyaient ellesmêmes, grâce à la fermeté de leur résistance, à la solidité de leur union.
Le choix qu'elles avaient fait de M. Grévy pour remplacer M. Thiers dans le IX® arrondissement de Paris, qui était une désignation éventuelle à la Présidence de la République, avait été hautement approuvé en France et à Tétranger. L'adhésion de Monarchistes aussi anciens, aussi avérés que MM. John Lemoinne, Cuvilier-Fleury et de Montalivet, restés Qdèles à la République conservatrice, après la disparition de M. Thiers, n'avait pas produit un moindre effet et avait semblé d'un excellent augure.
Cet augure n'était pas trompeur. Le 14 Octobre 816 députés étaient élus sur S31 : 317 étaient Républicains et 199 étaient Monarchistes. Quinze ballottages restaient à faire pour le 28 Octobre : ils furent réduits à douze, parce que trois Républicains, valablement élus mais non proclamés, refusèrent de se représenter et virent plus tard leur élection validée par la Chambre. Les douze ballottages proOtèrent pour les deux tiers aux Monarchistes, pour un tiers aux Républicains et la Chambre de 1877 compta, sans la représentation coloniale, 323 Républicains contre 208 Monarchistes. M. de Fourtou avait annoncé à tous les préfets que le Gouvernement était assuré d'avoir une majorité de 110 voix : la majorité de 110 voix existait, en effet, mais au proflt des Républicains. Le ministre de l'Intérieur, dans ses supputations, s'était trompé de 220 voix. Un écrivain monarchiste, M. Henry d'Ideville, a raconté que dans la nuit du 14 au IS Octobre, au fur et à mesure qu'arrivaient les nouvelles, place Beauvau, M. de Fourtou s'agitait fiévreux et se répandait en plaintes et en reproches contre ses agents, pendant que
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370 LES TROIS MINISTÈRES (12 Déc 1876-13 Dec. 1877)
M. de Broglie, très calme, pointait froidement les résultats. Quand la débâcle fut certaine, M. de Fourtou dit aux personnes qui Tentouraient : c Tout est fini, je n'ai plus qu*à me retirer ; je vais envoyer ma démission au Maréchal et ce soir je quitterai Paris. J*ai besoin de repos. > — « Pardon, mon cher collègue, dit M. de Broglie, mais j'ai mal entendu... Vous parlez de vous retirer, vous, en ce moment ! Cela est absolument impossible... Nous avions accepté une tâche, nous y avons succombé, mais il nous est interdit, à moi aussi bien qu'à vous, d'esquiver les responsabilités. La mission est pénible et dure, je ne l'ignore pas. Vous devez vous en acquitter jusqu'au bout. Le Cabinet tout entier, entendezvous bien, doit se présenter devant la Chambre et supporter l'attaque... »
Il ne pouvait, d'ailleurs, être question de démission avant les scrutins de ballottage. Quand tous les résultats électoraux furent acquis, les bruits de retraite du Cabinet recommencèrent à circuler ; l'Agence Uavas les démentit et le Cabinet les démentit plus péremptoirement encore, en faisant acte de ministère et de ministère très vivant : il prodigua les avancements et les décorations aux plus compromis de ses agents, il multiplia les destitutions des maires et des juges de paix qui s'étaient montrés rebelles à la pratique de la candidature officielle et à l'emploi des moyens illégaux. Le pays, aussi patient après qu'avant sa victoire, répondit à ces nouvelles provocations par une nouvelle défaite infligée au Gouverne^ ment et aux coalisés. Le renouvellement des Conseils généraux, cette cause principale, peut-être, du 16 Mai, avait été fixé au 4 Novembre. On vota dans 1 .346 cantons ; les Républicains, en vertu de la force acquise les 14 et 28 Octobre, gagnèrent cent sièges et la majorité passa de Droite à Gauche dans quatorze départements. Après cette nouvelle et définitive condamnation par le suffrage universel, le Cabinet de Bro-