‹ Histoire de la troisième république (volume 3)Chapitre 12 sur 230 · INTERPELLATION JULES FAVRE · texte numérisé non relu

INTERPELLATION JULES FAVRE

nationale, à l'Europe qu*il n'était pas asservi à TUltramontanisme ; or, le premier article du programme ultramontain, c'était le salut de Rome avant le salut de la France et la seule façon de sauver Rome, c'était d'y rétablir l'état de choses antérieur à 1870.

La Gauche s'abstenait, par patriotisme, de toute interpellalion sur la politique extérieure, mais elle voulait que la séparation de l'Assemblée fût précédée d'une grande discussion sur la politique intérieure. M. Le Royer déposa, en son nom, une demande d'interpellation qui fut développée par M. Jules Favre. Jamais le grand orateur ne s'exprima avec plus de force contenue, plus de convenance, plus de perfection dans la forme. Jamais non plus il n'opposa aux inter-^ ruptions, aux injures que lui prodiguaient les Légitimistes et les Bonapartistes un dédain plus méprisant. Mal soutenu par la Gauche, il passa en revue pendant deux heures toute la politique du Gouvernement depuis le 24 Mai, il en fit ressortir les contradictions, il fit toucher du doigt les divisions qui séparaient les différents groupes de la majorité, il rendit, avec une singulière hauteur de vues et une sévérité légitime, les ministres responsables de l'ingratitude témoignée par eux au grand citoyen qu'ils avaient renversé.

M. de Broglie répondit à Jules Favre, le 21 Juillet, comme M. Emoul avait répondu à Gambetta, le 12 Juillet, que la Droite formait une c Ligue des honnêtes gens > pour la défense sociale. Les critiques si précises de Jules Favre furent laissées de côté; pas un mot ne fut répondu sur les points qu'il avait touchés et en particulier sur l'alliance avec le Bonapartisme. Le duc de Broglie qui avait débuté par une impertinence, en déclarant que ses explications s'adressaient non pas aux interpellateurs, mais à la majorité, qui avait raconté brièvement le 24 Mai, et soutenu que la Gauche était aussi divisée que la Droite, ne dit pas un mot de la question en cause : le pro-

22 LE PREMIER MINISTÈRE DE BROGLIE (24 Mai-26 Nov. 1873)

gramme et la politique du Cabinet. Un orateur comme Jules Favre, une Opposition qui comptait dans ses rangs les plus grands noms du Parlement, des hommes qui sont restés la gloire de notre pays, n'obtenaient pas une réponse précise, ni ce jour-là ni les autres, des médiocrités vaniteuses et prétentieuses que le 24 Mai avait portées au pouvoir. L'ordre du jour de conflance, qui réunit 388 voix contre 263, avait été déposé par le général Changarnier, l'ancien adversaire et la victime de Louis-Napoléon, par M. de Larcy, l'ancien membre de l'Union libérale sous Napoléon III, par M. d'Audiffret-Pasquier, l'ennemi né de tous les Napoléons. M. Thiers avait annoncé au duc de Broglie et à ses alliés du 24 Mai qu'ils seraient les protégés de l'Empire. Le duc de Broglie et ses alliés auraient pu répondre, le 21 Juillet, que s'ils acceptaient les suffrages des Impérialistes, ils se préparaient, à ce moment même, à relever un trône qui n'était pas le trône impérial.

Mais les membres du Centre Droit se gardaient bien de divulguer leurs projets de derrière la tète. Ce sont les enfants terribles du parti, et l'Extrême Droite en comptait beaucoup, qui laissaient éclater leurs espérances, comme ils le firent dans la séance du 23 Juillet.

On discutait ua projet de loi tendant à donner à la Commission de permanence le droit exorbitant d'autoriser la poursuite des délits d'offense commis contre l'Assemblée nationale pendant la prorogation. M. Henri Brisson combattaitle projet et réclamait le respect d'une loi de 1819, quand rincident suivant se produisit :

M. Dahirel. — Rendez-nous le roi et nous vous donnerons les lois de la Restauration.

M. Farcy. — Ayez donc le courage de venir le proposer, à la tribune, au vote de l'Assemblée.

M. de Carayon-Latour. — Nous l'aurons, je vous le garantis.

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