HENRI BRISSON ET M. OAHIREL
M. Picard. — Ah ! le bon billet !
M. Schœlcher et plusieurs autres membres à Gauche. — Quel roi ? lequel ? lequel ?
M. Langloîs. — Non, non, vous ne l'aurez pas !
M. Henri Brisson. — Messieurs, l'honorable M. Dahirel me dit : Rendez-nous le roi. Vous conviendrez que pour que M. Dahirel s'adresse à moi pour lui rendre son roi, il faut que sa cause soit bien désespérée.
M. Dahirel. — Nous l'aurons sans vous et malgré vous I
Au discours excellent, aux arguments pressants et décisifs de M. Henri Brisson, M. Lucien Brun répondit par un semblant de discussion et par quelques injures ; M. Emoul, par le grand air de la défense sociale, qu'il couronna de cette conclusion inattendue : < Ce sont les Républiques tyranniques et corrompues qui ont enfanté les Césars. » Un bon juge en matière d'éloquence et de langue française, le député qui avait fait descendre M. Grévy du fauteuil, parce que M. Grévy ne trouvait pas que le mot bagage, appliqué au travail d'une Commission, fût une insulte, ne put contenir son enthousiasme, en entendant le Garde des Sceaux, c Magnifique langage, s'écria-t-il, c'est Berrj^er à ses plus beaux moments. » M. Emoul, en corrigeant les épreuves de YOffl» ciel, vit certainement l'interjection du marquis de Grammont. Elle lui parut l'exacte expression de la vérité, et il la respecta. Le bâtonnier de Poitiers trouva toute naturelle cette comparaison entre lui et le Berryer des grands jours. Gambetta n'avait pu obtenir la parole pour combattre cette loi, qui était en réalité dirigée contre lui, cette loi ad hominem, comme il l'appela ; elle fut adoptée par 383 voix contre 254.
La Commission de permanence fut nommée le lendemain, au scrutin de liste; elle comptait 25 membres, dont 18 de la Droite et 7 de la Gauche, qui furent élus dans l'ordre suivant :
24 LE PREMIER MINISTÈRE DE BROGLIE (24 Mai-26 Nov. 1873)
MM. d*Audiffret-Pasquier, de Beauvillé, de Flaghac, de Kergorlay, Courbet-Poulard, Merveilleux-Duvignaux, Moreau, Callet, Combler, de Juigaé, Saisset, Pagès-Duport, de Raineville, La Roncière-le-Noury, d'Haussonville, Laboulaye, La Rochefoucauld Bisaccia, Beau, Lefèvre-Pontalis, Noël- Parfait, Schérer, Jozon, Léon Say, Journault et de Mahy.
Le 29 Juillet, un bref Message assurait TAsseniblée qu'en son absence Tordre public serait maintenu et que son autorité légitime serait partout respectée. M. de Broglie, qui n'avait pas répondu, dans la séance du 21 Juillet, aux reproches d'ingratitude lancés par Jules Favre, voulut bien, cette fois, faire rendre justice par le Maréchal à M. Thiers, € qui avait puissamment contribué, par d'heureuses négociations, à préparer la libération >.
Le Journal officiel du 9 Septembre annonçait que, le 8 Septembre précédent, le paiement d'une somme de 263,466,000 francs avait été effectué par le Gouvernement français ; c'était le solde de notre rançon et le gage de la délivrance. Huit jours plus tard, le même journal insérait cette note laconique, datée de Versailles, le 16 Septembre : « Gonflans et Jarny, dernières localités occupées, ont été évacuées ce matin à 7 heures. A 9 heures, les troupes allemandes ont franchi la frontière ; le territoire est entièrement libéré. » Ge grand événement, qui provoqua le plus vif enthousiasme parmi les généreuses populations de l'Est, ne fut pas fêté comme il aurait dû l'être, parce que le Gouvernement empêcha les manifestations qui auraient tourné à la glorification du libérateur, et aussi parce que les populations de l'Est, comme celles de l'Ouest, du Nord et du Midi se demandaient alors, avec une angoisse que ressentaient les chefs les moins pessimistes du parti républicain, si une autre occupation n'allait pas succéder à l'occupation étrangère, si un prince, inconnu de la masse rurale, détesté de
LOI d'organisation de l armée !25
la masse ouvrière, n'allait pas remonter sur le trône que la France avait renversé deux fois, en 1792 et en 1830.
Aussi laborieuse sous la Présidence du Maréchal que sous celle de M. Thiers TAssemblèe avait voté, dans cette session de deux mois, quelques projets de loi très intéressants ou très importants. Elle avait accordé une somme de 250.000 francs pour les fêtes destinées à Nasser-ed-Din, qui eurent à Paris, à Longehamps et à Versailles le plus grand éclat. Elle avait, dans les séances des 5 et 25 Juillet, complété et achevé la délibération commencée le 24 Janvier précédent sur les récompenses nationales. On sait que le décret du 28 Octobre 1870 sur la Légion d'honneur fut abrogé et que les nominations civiles ou militaires au grade de chevalier et aux autres grades durent être faites à raison d'une nomination sur deux extinctions. Enfin on vint à bout, en trois séances, les 7, 8 et 24 Juillet, grâce aux travaux du savant rapporteur, le général Chareton et à l'activité de la Commission, de la loi relative à l'organisation de l'armée. Pour l'organisation de l'armée active, de la réserve de l'armée active, de l'armée territoriale et de sa réserve, le territoire de la France fut divisé en 18 régions et en subdivisions de régions. Chaque région est occupée par un corps d'armée qui y tient garnison; un 19^ corps est affecté à l'Algérie. Chaque corps d'armée comprend deux divisions d'infanterie, une brigade de cavalerie, une brigade d'artillerie, un bataillon du génie, un escadron du train des équipages militaires, les états-majors et les divers services nécessaires.
Comme conséquence de celte loi, un décret du 28 Septembre prononça la dissolution des 1*^, 2®, 4*^, 5*^, 6", 7« et 8* corps qui constituaient l'armée de Versailles et leur répartition dans les nouveaux corps d*armée. Le général de Ladmirault, qui avait remplacé le Maréchal dans le commandement en chef de l'armée de Versailles, devint gouver-
±6 LE PKEMIER MINISTÈRE DE BROGUE (24 Biai-26 Nov. 1873)
neur de Paris et commandant supérieur de la 1*^ division militaire. Les commandants des 18 corps d'armée furent les généraux Giinchant, Montaudon, Lebrun, Deligny, Bataille, Douay, d'Âumale, Ducrot, de Cissey, Forgeot, Lallemand, de Lartigue, Picard, Bourbaki, Espivent de la Villeboisnet, Aymard, de Salignac Fénelon et d'Aurelle de Paladines. Il ne fut pas besoin de pourvoir au commandement militaire du 19* corps : le général Chanzy, gouverneur général civil de l'Algérie, était à sa tête. On se tromperait si l'on voyait dans ce choix un hommage rendu à Tun des héros de la Défense nationale. Le ministère de Droite avait voulu éloigner de TAssemblée et de Versailles Tancien président du Centre Gauche. Les autres choix, militairement parlant, étaient bons. Au point de vue politique, aucun des nouveaux commandants n'était républicain, presque tous étaient cléricaux, mais un seul d'entre eux, qui professait publiquement une haine mortelle contre la démocratie, eût été capable, selon le mot du Maréchal, « de faire le coup » s'il s'était senti soutenu par son ancien compagnon d'armes. Les craintes qu'éprouvèrent à ce sujet les Républicains, comme les reproches de fédéralisme militaire qu'ils adressèrent à la nouvelle organisation, étaient sans fondement. Le maintien sous un seul chef des 7 corps de l'armée de Versailles, dans le courant du mois d'Octobre, eût été plus inquiétant pour les libertés publiques que la division en 18 corps d'armée. Quelle qu'eût été du reste l'organisation militaire, la droiture et la loyauté du Maréchal étaient la plus sûre des garanties. Les Républicains n'en doutaient pas, avant le 16 Mai 1877 ; aussi lurent-ils avec une vive surprise, dans VOffîciel du 28 Octobre 1873, un ordre à V armée du général du Barail et un ordre du jour à Varmée du duc de Magenta.
Vordre disait : c Le ministre de la Guerre a reçu de M. le général de Bellemare, commandant la subdivision de la